Action, Crime - Policier, Drame, Thriller

AN INNOCENT MAN (1989) ★★★✮☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film An Innocent Man montrant le visage serré de Tom Selleck avec une moustache et des barreaux de prison.
Tom Selleck, loin des chemises hawaïennes, face au système.

Moustache en berne, poings serrés…

Peter Yates nous livre une plongée carcérale brute où Tom Selleck troque son sourire de playboy contre la sueur froide des parloirs. Un film de genre qui ne réinvente pas la roue, mais qui cogne avec une honnêteté désarmante sur un système judiciaire à la dérive. Découvrons à travers cette critique de An Innocent Man (1989) comment l’innocence se dissout dans le béton des pénitenciers.
Note : 3.5/5 (★★★✮☆)

Jimmie Rainwood mène une vie d’ingénieur exemplaire jusqu’au jour où deux flics corrompus s’introduisent chez lui par erreur. Abattu puis piégé par des preuves plantées, il est condamné à six ans de prison. Dans cet enfer, Jimmie doit apprendre les règles de la survie et se transformer radicalement pour ne pas être broyé, tout en préparant sa vengeance contre ceux qui l’ont sacrifié.

Notre avis sur AN INNOCENT MAN

L’avis sur An Innocent Man reste positif malgré les années, car il évite le piège du pur film d’action décérébré pour flirter avec le thriller social. En effet, Peter Yates, réalisateur du mythique Bullitt (1968), traite ici la chute de l’Américain moyen avec une sécheresse bienvenue. Le film captive surtout par sa première moitié, véritable descente aux enfers où l’on ressent physiquement l’oppression des murs et l’absurdité kafkaïenne d’une justice aveugle.

Le point fort réside dans la gestion de la tension. Peter Yates prend le temps de montrer la déshumanisation progressive du protagoniste. La mise en scène, nerveuse sans être épileptique, souligne parfaitement l’isolement de Rainwood au milieu d’une faune criminelle impitoyable. Par ailleurs, la relation de mentorat avec le personnage d’un F. Murray Abraham impérial apporte une épaisseur psychologique rare pour ce type de production des années 80. L’ambiance sonore, signée par un Howard Shore déjà très inspiré, renforce ce sentiment d’inéluctabilité tragique.

Bien que le film soit solide, il n’échappe pas totalement aux clichés du « prison movie« . Finalement, la seconde partie bascule un peu trop facilement dans le schéma classique de la vengeance expéditive. Les antagonistes, ces flics corrompus menés par un David Rasche un peu trop caricatural, manquent de nuances. Le scénario sacrifie parfois le réalisme procédural sur l’autel du spectacle, nous offrant un épilogue efficace mais somme toute assez conventionnel qui atténue la portée politique initiale du récit.

Tom Selleck et F. Murray Abraham dans An Innocent Man (1989)
Tom Selleck et F. Murray Abraham dans An Innocent Man (1989)

Tom Selleck trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Il réussit parfaitement sa mutation physique et émotionnelle, passant de l’incompréhension totale à une détermination glaciale. Sa prestation est sobre, loin des cascades de Magnum. La caméra de Peter Yates reste souvent à hauteur d’homme, captant l’inconfort des cellules avec une acuité quasi documentaire, avant de s’accélérer lors des confrontations violentes nécessaires à la survie de Rainwood.

  • Réalisme carcéral : Pour plus d’authenticité, le film a été tourné en partie dans de véritables prisons, notamment au pénitencier d’État de l’Ohio et dans une prison du Nevada, utilisant parfois de vrais détenus comme figurants.

  • Contre-emploi : Tom Selleck tenait absolument à ce rôle pour casser son image de séducteur décontracté acquise à la télévision. Il a d’ailleurs effectué un stage d’observation en milieu carcéral pour préparer sa mue.

An Innocent Man est un thriller honnête qui ravira les amateurs de polars musclés et de drames humains poignants. Il se place confortablement entre le réalisme d’un Midnight Express (toutes proportions gardées) et l’efficacité d’un film de justicier urbain. C’est un témoignage intéressant d’une époque où Hollywood osait encore des portraits d’hommes brisés par l’institution. Pour un autre choc frontal avec le système policier, jetez un œil à 1989 : L’ANNÉE DE L’APOTHÉOSE.

Le film pose une question universelle : jusqu’où un homme intègre peut-il se compromettre pour survivre à l’injustice ? En nous montrant un héros forcé de devenir un criminel pour obtenir réparation, Peter Yates interroge la validité d’un contrat social qui ne protégerait plus le citoyen.

Que pensez-vous du virage radical pris par le personnage de Tom Selleck ? Est-ce une trahison de ses valeurs ou la seule issue logique ?
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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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