Ciné-Asia, Corée du Sud, Crime - Policier, Drame, Politique, Thriller

THE MAYOR (2017) ★★✮☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
Choi Min-sik en costume sombre lors d'un discours politique enflammé dans le film The Mayor.
Choi Min-sik porte littéralement le métrage sur ses épaules.

Cynisme en costard sur mesure

Le cinéma sud-coréen nous a habitués à l’excellence poisseuse de ses thrillers politico-criminels, reléguant au passage nos productions françaises ronronnantes au rang de sympathiques téléfilms régionaux. Avec The Mayor (2017), Park In-je tente de surfer sur la réelle destitution de Park Geun-hye, mais trébuche sur les marches du palais faute d’ambition narrative. Découvrons à travers cette critique du film si la maestria technique suffit à sauver une intrigue cousue de fil blanc.
Note : 2,5/5.

À la veille d’une élection décisive, le maire de Séoul, Byeon Jong-gu, brigue un troisième mandat historique. Épaulé par son directeur de campagne impitoyable et une jeune publicitaire prodige, il plonge dans les abysses de la machination. Coups bas, manipulation médiatique et alliances douteuses rythment une course au pouvoir frénétique, révélant les rouages d’une corruption politique systémique et totalement décomplexée.

Notre avis sur THE MAYOR

Formuler un avis définitif sur ce métrage est un exercice délicat. Park In-je signe une œuvre visuellement soignée, captant l’urgence d’une campagne sous haute tension. Le contexte politique de sa sortie, en pleine tourmente électorale sud-coréenne, lui conférait une aura sulfureuse évidente. Pourtant, le réalisateur opte pour un détachement cynique, traitant la corruption endémique et les crimes collatéraux avec une distance quasi clinique. Ce ton satirique divise fatalement : s’agit-il d’une dissection brillante du pouvoir ou d’une démission morale face à un sujet grave ? Toujours est-il que cette distance empêche l’émergence d’enjeux émotionnels clairs, plombant un rythme pourtant soutenu durant plus de deux heures.

Là où le film tire son épingle du jeu, c’est dans sa modernité de façade et son exécution technique. L’intégration des médias et des nouvelles technologies s’avère particulièrement pertinente. L’utilisation frénétique des réseaux sociaux, l’écoute illégale et la surveillance omniprésente ne sont pas de simples gadgets esthétiques, mais de véritables armes de destruction massive au service d’une manipulation 2.0. Ce constat froid sur notre ère numérique apporte un vernis contemporain salvateur à une mécanique par ailleurs très classique.

Mais ne t’y trompe pas, dans un genre pourtant saturé où la Corée du Sud excelle, le scénario peine cruellement à innover. L’originalité est aux abonnés absents, le script se contentant de recycler paresseusement des tropes vus et revus. Le véritable naufrage réside dans la profondeur psychologique des protagonistes, proche du néant. Pourquoi Byeon s’accroche-t-il si maladivement au pouvoir ? Qu’est-ce qui anime son conseiller machiavélique au-delà de la simple cupidité ? Leurs motivations restent désespérément obscures et unidimensionnelles. Cette écriture de surface t’empêche de ressentir la moindre implication, te transformant en spectateur passif face à des rebondissements sans véritable résonance.

Heureusement, l’immense Choi Min-sik sauve les meubles. Il porte le métrage sur ses épaules, savourant chaque facette performative de ce maire véreux avec une aisance carnassière. Sa prestation est l’unique caution de crédibilité pour un personnage atrocement creux sur le papier. Face à lui, Kwak Do-won fait le job en conseiller patibulaire mais manque de nuances. Quant à Shim Eun-kyung, bien qu’essentielle au récit, elle se retrouve inévitablement écrasée par des figures masculines omnipotentes, récitant des dialogues trop souvent didactiques.

  • Le tournage a exploité d’imposants décors institutionnels à Séoul pour traduire physiquement l’écrasante mégalomanie des élites dirigeantes.
  • La bande originale emprunte volontairement ses codes au thriller d’espionnage de la guerre froide, accentuant la paranoïa ambiante de la campagne.
  • La sortie coréenne du film a coïncidé presque parfaitement avec les véritables élections présidentielles anticipées de 2017, offrant une chambre d’écho inespérée (mais sous-exploitée) au propos du réalisateur.

En définitive, The Mayor s’apparente à un beau costume vide. Un thriller politique passable qui divertira les amateurs de manigances électorales cherchant un produit calibré et efficace. Toutefois, si tu cherches la claque viscérale d’un Inside Men (2015) ou la noirceur étouffante d’un Asura: The City of Madness (2016), tu risques fort de rester sur ta faim1.

Le traitement cynique et détaché de crimes graves dans le cinéma politique moderne ne finit-il pas par anesthésier notre propre indignation ? La frontière entre la satire acerbe et l’opportunisme paresseux semble ici particulièrement poreuse.

As-tu été happé par cette impitoyable course au pouvoir ou partages-tu mon constat de vacuité scénaristique ?
Laisse ton avis dans les commentaires, on en débat en bas de l’article !

  1. Si cet avis sur The Mayor t’a laissé un goût d’inachevé concernant la corruption coréenne, je te conseille vivement de parcourir notre blog et de te replonger dans l’excellent The King (2017). ↩︎

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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