Action, Ciné-Asia, Corée du Sud, Espionnage, Thriller

SPECIAL AGENT (2020) ★★★☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
L'acteur Lee Jae-yoon en pleine séquence de combat rapproché dans le film sud-coréen Special Agent.
Lee Jae-yoon distribue les mandales sans compter, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre.

La tatane brute sans fioritures…

Quand la Corée du Sud décide de faire parler les poings, elle ne fait généralement pas les choses à moitié. Shin Jae-myeong délaisse ici les câbles et les fioritures pour nous balancer des mandales brutes de décoffrage en pleine face. Si le scénario tient allègrement sur un ticket de métro, la générosité martiale compense largement cette faiblesse narrative. Découvrons à travers cette critique de Special Agent (2020) comment l’action pure tente de sauver une narration exsangue.

Won-cheol, agent d’élite du renseignement sud-coréen, est missionné pour éliminer des cibles nord-coréennes liées à la prolifération d’armes de destruction massive. Au cœur d’une tension géopolitique à couteaux tirés, sa traque impitoyable se transforme rapidement en un affrontement brutal et viscéral où seule la loi du plus fort prévaut.

Notre avis sur SPECIAL AGENT1

Quand un ancien cascadeur passe derrière la caméra, on sait pertinemment que le script ne visera pas la Palme d’Or. Notre avis sur Special Agent est sans appel : le réalisateur, qui s’est fait les dents sur des œuvres comme Gangnam 1970, signe ici une pellicule de niche purement sensitive. Pendant que le cinéma français récent continue de pleurnicher dans des drames de chambre bourgeois et insipides, le cinéma asiatique nous rappelle ce qu’est l’impact physique brut. L’identité visuelle de Shin Jae-myeong est totalement phagocytée par son passé de cascadeur : l’action prime sur la narration, érigée ici en priorité absolue au détriment d’une quelconque profondeur thématique.

Le véritable tour de force du film réside dans la crédibilité implacable de ses chorégraphies d’action. C’est l’argument de vente principal, et il fait mouche. Face à des productions plus budgétisées, Special Agent compense son manque de moyens par une lisibilité et une intensité redoutables. Impossible de ne pas dresser un parallèle direct avec le cinéma d’action japonais, et plus particulièrement le Re:Born (2016) de Tak Sakaguchi. On y retrouve cette même ambition stylistique : des combats rapprochés, nerveux, quasi tactiques, qui ancrent le film dans un contexte martial asiatique de haute volée.

Ne nous voilons pas la face, la structure narrative est rachitique. Le scénario enfile les clichés génériques comme des perles, avec des personnages secondaires qui peinent à exister au-delà de leurs archétypes de méchants de service. De plus, la gestion du contexte géopolitique (la sempiternelle tension Nord-Sud coréenne) n’est ici qu’un prétexte paresseux. Alors que le cinéma sud-coréen excelle habituellement à utiliser cette fracture pour nourrir des drames poignants (repensez à JSA ou The Spy Gone North), ce contexte n’est ici qu’une toile de fond cartonnée pour justifier le massacre, limitant grandement la résonance de l’œuvre.

Toute la crédibilité de l’entreprise repose sur les épaules – et les poings – de Lee Jae-yoon. Sa performance physique est totale : l’acteur porte le film à bout de bras et vend l’action avec une conviction qui force le respect, garantissant l’immersion du spectateur dans chaque affrontement. Côté réalisation, le montage et le rythme des séquences de combat sont chirurgicaux. Shin Jae-myeong sait parfaitement qu’un mauvais montage (cette fameuse « shaky cam » hollywoodienne indigeste) peut ruiner une excellente chorégraphie. Les plans sont ici suffisamment longs pour apprécier la technicité des coups. Malheureusement, dès que les poings cessent de voler, le rythme s’effondre lamentablement, révélant les immenses lacunes du réalisateur dans la gestion du hors-action.

  • Avant de passer à la réalisation avec ce film, Shin Jae-myeong s’est forgé une solide réputation de coordinateur de cascades en Corée du Sud, un bagage qui transpire dans chaque frame d’action.
  • Lee Jae-yoon n’a pas eu besoin de beaucoup de doublures : l’acteur est un véritable pratiquant d’arts martiaux, détenant notamment une ceinture marron en Jiu-Jitsu brésilien.
  • Le film a été tourné avec un budget extrêmement serré, forçant l’équipe à privilégier l’intensité des combats rapprochés plutôt que de grandes séquences pyrotechniques.

Special Agent ne réinventera pas la roue du thriller d’espionnage. C’est une Série B d’action pure, un « midnight movie » assumé qui s’adresse exclusivement aux esthètes de la tatane et aux orphelins de Re:Born. Si vous cherchez un scénario complexe, passez votre chemin. Si vous voulez voir des mâchoires se décrocher avec style, vous êtes au bon endroit.

Jusqu’à quel point un film d’action peut-il s’affranchir d’une narration solide ? L’excellence technique d’une chorégraphie martiale suffit-elle à légitimer l’existence d’une œuvre cinématographique, ou n’est-ce finalement qu’une simple démonstration de cascadeurs glorifiée ?

Et toi, tu en penses quoi ? L’action pure suffit-elle à te rassasier ou as-tu besoin d’un minimum d’enjeux narratifs pour ne pas décrocher ?
Balance ton avis en commentaire !

  1. Cet article donne notre avis sur Special Agent. Si tu as apprécié cette approche brute de l’action asiatique, je te conseille fortement de replonger dans nos archives et de relire notre critique de THE MAN FROM NOWHERE (2010), un autre sommet du genre sud-coréen. ↩︎


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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