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RE:BORN (2016) ★★★☆☆

Temps de lecture : 5 minutes
Tak Sakaguchi en posture furtive de combat rapproché dans la forêt, armé d'une lame courte.
Tak Sakaguchi déploie le redoutable « Zero Range Combat« , le véritable atout maître du film.

Le ballet sanglant du retraité…

Tak Sakaguchi revient distribuer des mandales mortelles dans un requiem martial inégal mais fascinant. Oublie nos polars franchouillards anémiques et aseptisés, ici on tranche des carotides avec la précision d’un horloger sous ecstasy. Découvrons à travers cette critique de Re:Born (2016) comment une audace chorégraphique brutale tente, tant bien que mal, de masquer un naufrage scénaristique.
Note : 3/5.

Toshiro, un ancien mercenaire redoutable surnommé « Ghost« , mène une existence effacée d’épicier tout en élevant sa jeune nièce. Mais son passé sanglant refait surface lorsqu’une armée d’assassins d’élite est déployée pour l’éliminer. Contraint de réveiller ses instincts meurtriers, il se lance dans un ultime carnage en forêt.

Notre avis sur RE:BORN

Quand Yuji Shimomura retrouve son vieux complice Tak Sakaguchi, on s’attend logiquement à une authentique déflagration cinétique. Notre avis sur Re:Born est finalement celui d’une admiration un peu frustrée : l’œuvre frappe extrêmement fort, mais trébuche lourdement sur ses propres ambitions narratives. Conçu à l’époque comme le grand chant du cygne de Tak Sakaguchi avant une retraite annoncée, le métrage a au moins le mérite de proposer une vraie vision martiale, à des années-lumière du montage épileptique qui gangrène trop souvent le cinéma d’action industriel d’aujourd’hui.

Le véritable tour de force du film réside dans l’intégration magistrale du « Zero Range Combat ». Ce système de combat rapproché, basé sur des ondulations corporelles déroutantes et une furtivité absolue, transforme notre antihéros en un prédateur clinique. Fini les grands coups de pied circulaires chorégraphiés pour la galerie ; on plante ici des lames courtes dans les points vitaux en un fraction de seconde. Cette identité visuelle radicale justifie à elle seule le visionnage, érigeant la pellicule en lettre d’amour brutale au genre, doublée d’un geste testamentaire viscéral pour son acteur principal.

Malheureusement, la construction globale s’effondre dans une seconde moitié atrocement redondante. Après avoir plutôt habilement installé un ancrage émotionnel entre Toshiro et sa nièce pour humaniser la machine à tuer, le scénario jette cette belle promesse par la fenêtre. On se retrouve séquestrés dans un bois avec des hordes de sbires à abattre à la chaîne. Le confinement dans ces décors naturels trahit un budget famélique (l’esthétique low-cost pique parfois les yeux) et la logique déserte totalement l’écran : pourquoi diable une escouade lourdement équipée d’armes à feu s’obstine-t-elle à venir se faire égorger au corps-à-corps ? Cette répétitivité narrative finit par anesthésier l’impact organique des affrontements.

Derrière la caméra, Yuji Shimomura capte l’action avec une lisibilité exemplaire, s’appuyant entièrement sur le charisme mutique et la gestuelle animale de son acteur vedette. Tak Sakaguchi porte littéralement tout le projet sur ses épaules voûtées. Hélas, l’immersion est sévèrement plombée par la partition musicale du pourtant illustre Kenji Kawaii. Étrangement apathique, sa bande-son manque cruellement de dynamisme et échoue à soutenir la montée en tension dramatique de ce massacre ininterrompu.

  • Le « Zero Range Combat » n’est pas une fantaisie de scénariste : c’est une discipline bien réelle développée par Yoshitaka Inagawa (qui joue l’antagoniste Abyss Walker), pensée pour l’élimination en combat ultra-rapproché.
  • Tak Sakaguchi s’est entraîné de façon intensive pendant un an à cette technique spécifique, modifiant sa musculature et ses réflexes pour offrir une authenticité totale à ce rôle pensé comme ses adieux au cinéma d’action.
  • Kenji Kawaii a dû composer une grande partie de la musique sans avoir accès aux montages finaux des scènes de combat, ce qui explique en grande partie le décalage flagrant de rythme.

En conclusion, Re:Born est un objet filmique hybride, taillé sur mesure pour les puristes de la tatane et les inconditionnels de la série B asiatique. C’est une œuvre bancale, sabordée par ses limites financières et un script rachitique, mais qui offre paradoxalement les combats à l’arme blanche les plus novateurs vus depuis longtemps. Si tu cherches de l’écriture fine, passe ton chemin. Si tu veux admirer l’équivalent nippon d’un John Wick sous stéroïdes martiaux, fonce.

Le cinéma d’action contemporain peut-il décemment survivre uniquement sur la base de ses innovations chorégraphiques, en sacrifiant avec autant de désinvolture l’écriture et le développement de ses enjeux dramatiques passée la première demi-heure ?

Et toi, t’as pensé quoi de ce carnage forestier ? La maestria du Zero Range Combat t’a retourné le cerveau ou tu as fini par t’assoupir sur la musique de Kenji Kawaii ? Lâche ton avis dans les commentaires.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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