Drame, Horreur

THE SHINING (1980) ★★★★★

Temps de lecture : 5 minutes
Jack Nicholson, le visage dément, armé d'une hache dans une scène culte de The Shining (1980).
Stanley Kubrick a multiplié les prises jusqu’à l’épuisement total de ses acteurs, notamment Shelley Duvall.

Jack Nicholson : l’apocalypse d’un visage face à l’Overlook…

Bien qu’il s’éloigne du roman de Stephen King, The Shining (1980) de Stanley Kubrick est un voyage glaçant et viscéral au cœur de la folie, sublimé par une performance inoubliable de Jack Nicholson. Loin des bluettes intimistes et soporifiques de notre cinéma hexagonal, on est ici face au cinéma avec un grand C, une œuvre au cordeau qui te prend à la gorge sans jamais te lâcher. Découvrons à travers cette critique du film comment le maître a redéfini à tout jamais les codes de l’épouvante.
Note : 5/5

Jack Torrance, écrivain en panne d’inspiration, accepte un poste de gardien d’hiver à l’hôtel Overlook, isolé dans les montagnes du Colorado. Accompagné de sa femme Wendy et de son fils Danny, doté de dons médiumniques, il espère retrouver l’inspiration. Mais les forces maléfiques de l’hôtel se réveillent, plongeant la famille dans un cauchemar absolu.

Jack Nicholson dans The Shining (1980)
Jack Nicholson dans The Shining (1980)

Notre avis sur THE SHINING1 (1980)

Donner son avis sur The Shining revient à ausculter un monument intouchable du septième art. Stanley Kubrick ne se contente pas d’adapter platement l’œuvre littéraire ; il la trahit pour mieux la transcender. L’isolement devient ici une entité à part entière, un virus invisible qui ronge méthodiquement la psyché de Jack. Le réalisateur tisse une toile étouffante où la folie n’est pas tant surnaturelle que profondément humaine, exacerbée par un espace clos aux proportions pourtant vertigineuses. C’est froid, clinique, et redoutablement efficace.

L’œuvre brille par sa maîtrise formelle sidérante. L’utilisation pionnière de la Steadicam2 transforme les couloirs interminables de l’Overlook en un labyrinthe hypnotique, conférant au film une esthétique novatrice et redoutablement immersive. L’œil de Stanley Kubrick glisse, prédateur et organique, épousant le point de vue d’un mal rampant. Associé à la gestion sonore oppressante et aux stridences de Wendy, le film construit un malaise viscéral bien avant que la première véritable effusion de sang n’éclabousse l’écran.

S’il faut vraiment chercher la petite bête dans cette mécanique de précision, on pourrait évoquer la trajectoire de Jack Torrance, privée de l’ambiguïté initiale du roman. Les puristes de Stephen King lui reprocheront toujours d’avoir gommé la lutte interne du père pour en faire, dès le premier acte, un sociopathe en sursis. Certains détracteurs pointent aussi le comportement rapidement hystérique de Wendy. Mais honnêtement, face à la virtuosité écrasante du long-métrage, ces critiques pèsent bien peu.

Stephen King
L’OMBRE PORTÉE DE STEPHEN KING

Maître incontesté de l’épouvante moderne, Stephen King a toujours entretenu un rapport épidermique avec cette adaptation. Pour l’auteur du Maine, le film de Kubrick est une « magnifique Cadillac sans moteur » : visuellement superbe, mais dépourvue de l’âme tragique du roman. King reproche au cinéaste d’avoir transformé Jack Torrance en fou furieux dès la première scène, là où le livre dépeignait la chute lente d’un homme bon dévoré par ses démons. Malgré ce désaveu célèbre, cette trahison artistique reste, paradoxalement, la meilleure publicité jamais offerte à l’univers cauchemardesque du King.

Stanley Kubrick, en démiurge tyrannique, vampirise ses comédiens pour obtenir l’essence même de la terreur. Jack Nicholson livre une partition d’une intensité folle, cabotinant génialement à la lisière du grotesque, rendant sa descente aux enfers d’autant plus terrifiante qu’elle est outrancière. Face à lui, Shelley Duvall offre une vulnérabilité à fleur de peau, authentique et douloureuse. La direction d’acteurs fut brutale, poussant le casting dans ses derniers retranchements psychologiques, mais le résultat reste gravé au fer rouge dans l’histoire de la pellicule.

  • Contrairement aux apparences, le tournage s’est déroulé presque exclusivement en Angleterre, aux studios EMI d’Elstree, avec d’immenses décors minutieusement reconstitués d’après des lieux réels.
  • Stanley Kubrick travaillait avec une équipe réduite pour multiplier les prises à l’infini. Il a poussé Shelley Duvall jusqu’à l’épuisement total pour capturer sa détresse nerveuse.
  • À sa sortie, le film a reçu un accueil étonnamment mitigé, Stephen King allant jusqu’à le renier publiquement. Le temps a fait son œuvre : il a depuis fait l’objet d’une réévaluation critique majeure, s’imposant comme une matrice du genre.
  • Consécration ultime de son importance culturelle et esthétique : il a été sélectionné en 2018 pour être conservé au Registre national du film des États-Unis par la Bibliothèque du Congrès.

Un chef-d’œuvre absolu, glacial et cérébral. À réserver aux cinéphiles avertis et à ceux qui cherchent une horreur qui s’insinue sous le crâne plutôt que de vulgaires jump-scares3 pour ados. Une vraie leçon de mise en scène.

La vraie nature des fantômes de l’Overlook est-elle purement surnaturelle, ou n’est-elle que la matérialisation psychotique des névroses et de la violence domestique latente de Jack ? Le film ouvre une brèche vertigineuse sur la psychanalyse de l’enfermement et de la masculinité toxique.

Et toi, tu fais partie de la secte Stanley Kubrick ou tu restes fidèle à la vision de Stephen King ? Lâche ton avis dans les commentaires, le débat est ouvert.

  1. Pour prolonger cet avis sur The Shining, je te conseille de replonger dans l’angoisse des huis clos paranoïaques avec notre critique de The Thing (1982). ↩︎
  2. Steadicam est un système stabilisateur de prise de vues portatif. Il est utilisé Utilisé en cinéma et télévision. Il permet la prise de vues en travellings fluides, grâce à son système comportant généralement un harnais, un bras articulé, un système de stabilisation de caméra actif. ↩︎
  3. Un jump scare est un principe qui recourt à un changement brutal intégré dans une image pour effrayer brutalement le spectateur. ↩︎


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

2 réflexions sur “THE SHINING (1980) ★★★★★

  1. Avatar de Vampilou fait son Cinéma

    Je ne peux qu’être d’accord avec toi, là encore, un véritable incontournable, chef-d’œuvre du 7ème Art !

    Publié par Vampilou fait son Cinéma | 06/03/2026, 20h31
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Salut Vampilou ! On ne peut pas lutter contre l’évidence : c’est du cinéma total, chirurgical et indémodable. On a d’ailleurs profité de l’occasion pour lui dédier un dossier complet sur le blog. À consommer sans modération, contrairement au nectar de l’Overlook !

      Publié par Olivier Demangeon | 07/03/2026, 13h11

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