
AKIRA (1988) : Le Big Bang cyberpunk qui a pulvérisé l’Occident…
Verdict d’entrée
Une déflagration visuelle qui n’a pas pris une ride en près de quarante ans. Katsuhiro OTOMO ne s’est pas contenté d’adapter son manga, il a redéfini les limites de l’animation mondiale avec une violence et une maestria technique qui laissent encore aujourd’hui la concurrence sur le carreau, bien loin des comédies dramatiques franchouillardes insipides. Découvrons à travers cette critique de Akira (1988) comment Neo-Tokyo a durablement infecté notre imaginaire collectif.
Note : 5/5
Le pitch
En 2019, trente ans après une mystérieuse explosion nucléaire, Neo-Tokyo est une mégapole dystopique au bord du chaos. Kaneda et Tetsuo, deux jeunes voyous d’un gang de motards, se retrouvent entraînés dans un complot militaire top secret. Lorsque Tetsuo développe des pouvoirs télékinésiques dévastateurs, c’est l’équilibre de la ville entière, et le mystère du projet Akira, qui menacent d’éclater au grand jour.
Notre avis sur AKIRA
Donner notre avis sur Akira aujourd’hui, c’est comme devoir juger l’invention du feu. C’est un long-métrage matriciel, une œuvre fondatrice qui a littéralement atomisé les standards de l’époque. Alors que le cinéma français des années 80 se regardait souvent le nombril dans des intrigues bourgeoises, l’animation japonaise livrait ici son chef-d’œuvre absolu, d’une violence et d’un sang-froid inouïs. Ce film n’est pas qu’une simple claque d’action, c’est le point de bascule historique qui a ouvert la voie à l’essor massif de l’anime et de la culture populaire japonaise en Occident.
Les atouts majeurs
L’animation phénoménale et l’énergie cinétique débordante d’Akira définissent encore aujourd’hui les standards de l’animation pour adultes. Katsuhiro OTOMO insuffle une vie organique et poisseuse à Neo-Tokyo : chaque ruelle crasseuse, chaque éclat de néon transpire la décadence d’une société à l’agonie. C’est un condensé pur et dur de cyberpunk japonais. Le film brille par son ampleur prophétique et son refus absolu de prendre le spectateur pour un idiot. Il s’impose ainsi comme une influence tentaculaire sur la culture populaire mondiale, irradiant des décennies d’œuvres d’animation, de bandes dessinées, de films hollywoodiens, de musique et de jeux vidéo.
Les faiblesses et limites
Si l’on doit chercher la petite bête, avec notre niveau d’exigence habituel, on notera que l’intrigue diffère considérablement du matériau d’origine. Et pour cause : la publication du manga s’est poursuivie pendant deux ans après la sortie du film ! Toute la seconde moitié de l’œuvre papier est donc balayée. Cela se ressent dans une narration qui doit violemment condenser ses enjeux philosophiques dans un dernier tiers frénétique et cryptique, risquant de laisser sur le carreau ceux qui attendent une résolution prémâchée.
La mise en scène / Le jeu
La réalisation de Katsuhiro OTOMO est une leçon de découpage que bien des tâcherons hexagonaux devraient étudier. La gestion de l’espace, de la profondeur de champ et de la lumière est époustouflante, sublimant les mythiques poursuites en moto. Du côté du casting vocal original, les performances de Mitsuo IWATA (Kaneda) et Nozomu SASAKI (Tetsuo) sont viscérales, retranscrivant à la perfection la rage adolescente et la terreur d’un pouvoir incontrôlable. Ils sont brillamment secondés par Mami KOYAMA, Tarō ISHIDA et Tesshō GENDA, qui apportent une gravité glaçante à l’ensemble.

Le saviez-vous ?
La bande originale est une anomalie géniale. Composée par Shōji YAMASHIRO et interprétée par le collectif Geinoh Yamashirogumi, elle est fortement inspirée du gamelan indonésien traditionnel et du théâtre nô japonais, insufflant au métrage son aura tribale et angoissante. Par ailleurs, distribué par Toho le 16 juillet 1988 au Japon, le film a attendu l’année suivante pour frapper les États-Unis via Streamline Pictures. C’est au fil des sorties en salles et en VHS qu’il a bâti son statut culte international, raflant finalement plus de 80 millions de dollars de recettes vidéo à travers le monde.
Conclusion et recommandation
Akira (1988) est un monument incontournable pour tout cinéphile, amateur d’animation ou drogué de science-fiction. Il écrase de sa superbe la quasi-totalité de la production de son époque. D’ailleurs, pour mieux comprendre le contexte de sa sortie, je t’invite ardemment à lire notre dossier 1988 : L’ANNÉE DE LA DÉFLAGRATION pour renforcer ta culture cinéphilique. Et si tu as aimé cette ambiance poisseuse et cybernétique, je te conseille trois alternatives majeures : Ghost in the Shell (1995) de Mamoru OSHII, Tetsuo (1989) de Shinya TSUKAMOTO ou encore Perfect Blue (1997) de Satoshi KON.
Pistes de réflexion
La destruction totale de la métropole est-elle le seul purgatoire possible pour une humanité corrompue ? La dégénérescence de Tetsuo n’est-elle pas le miroir de notre propre hubris technologique, une métaphore toujours plus brûlante aujourd’hui ?
À vous de juger
Et toi, tu es du camp de la moto de Kaneda ou de la rage destructrice de Tetsuo ?
Laisse ton avis dans les commentaires, et essaie de me prouver qu’une œuvre contemporaine a autant d’audace visuelle.
Bon courage.

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