
Naufrage scénaristique ou série B débridée ?
Verdict d’entrée
Entre thriller maritime claustrophobe et film de vengeance improbable, John Barr livre une œuvre hybride qui ne s’embarrasse d’aucune subtilité. Si le film finit par sombrer dans l’absurde, il offre une rampe de lancement musclée à sa jeune interprète. Découvrons à travers cette critique du film Dangerous Waters (2023) comment une croisière familiale vire au « survival » azimuté.
Note : 2.5/5
Le pitch
Rose (Odeya Rush) embarque sur un yacht vers les Bermudes avec sa mère et Derek (Eric Dane), le nouveau compagnon de cette dernière. La lune de miel tourne au cauchemar lorsque des mercenaires prennent le bateau d’assaut. Seule survivante, l’adolescente taciturne doit puiser dans ses ressources les plus sombres pour affronter un réseau criminel dirigé par un mystérieux « Capitaine ».
Les atouts majeurs
L’efficacité de la narration épurée de John Barr est à saluer. En évitant les tunnels de dialogues inutiles, le film gagne en nervosité dès que l’action prend le dessus. La transformation d‘Odeya Rush, qui passe de la gamine boudeuse à la « Nikita » des mers, apporte un dynamisme certain. Mention spéciale à l’ambiance poisseuse du bordel flottant en fin de métrage, qui rappelle les heures de gloire des séries B d’action des années 90, l’humour involontaire en prime.
Les faiblesses et limites
On ne va pas se mentir : la cohérence prend l’eau de toutes parts. Les changements de cap narratifs sont erratiques, pour ne pas dire forcés. Voir une gamine apprendre à manier un fusil d’assaut en un claquement de doigts relève du pur fantasme cinématographique. De plus, le personnage de Derek devient une caricature de méchant de BD, perdant toute la nuance que le talent d’Eric Dane aurait pu apporter avec un script plus solide. C’est du cinéma « bourrin » qui manque cruellement de la finesse qu’on trouve chez les maîtres coréens du genre.

La mise en scène / Le jeu
John Barr filme l’océan avec une tension réelle, exploitant bien l’isolement du yacht. Cependant, sa direction d’acteurs est inégale. Eric Dane insuffle une menace physique indéniable, rendant son départ prématuré des écrans d’autant plus regrettable. Ray Liotta, pour son ultime tour de piste, cabotine avec une intensité dérangeante, presque spectrale. Quant à Odeya Rush, elle porte le film sur ses épaules avec une détermination qui compense les failles logiques du récit.
Le saviez-vous ?
- Le film est tristement célèbre pour être le dernier projet de Ray Liotta, décédé dans son sommeil à Saint-Domingue pendant le tournage en mai 2022.
- Le tournage s’est intégralement déroulé en République Dominicaine, utilisant des décors naturels pour renforcer l’aspect sauvage de cette dérive maritime.
Conclusion et recommandation
Dangerous Waters (2023) s’adresse aux amateurs de séries B qui ne cherchent pas la vraisemblance à tout prix. C’est un divertissement honnête pour un samedi soir, à placer quelque part entre un film de survie classique et un Steven Seagal au féminin.
Pistes de réflexion
Le film interroge, malgré lui, la figure de l’héroïne d’action moderne : la survie justifie-t-elle un passage aussi radical et instantané à l’ultra-violence ? Une thématique effleurée qui aurait mérité un traitement moins superficiel.
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