
Le retour du thriller domestique vénéneux…
Verdict d’entrée
Paul Feig délaisse la comédie pure pour un exercice de style périlleux : ressusciter le thriller psychologique érotisant à la sauce 2025. Si le film n’évite pas certains clichés du genre, il s’appuie sur un duo d’actrices impérial et une ironie mordante qui transforme ce huis clos en un jeu de massacre jouissif. Découvrons à travers cette critique du film The Housemaid1(2025) comment la manipulation devient un art de vivre dans les hautes sphères.
Note : 3,5/5
Le pitch
Millie (Sydney Sweeney), une jeune femme au passé trouble cherchant un nouveau départ, est engagée comme domestique par les Winchester, un couple richissime. Entre une Nina (Amanda Seyfried) aux comportements erratiques et un Andrew trop parfait pour être honnête, Millie réalise vite que les murs de cette demeure cachent des secrets bien plus toxiques que sa propre condition.
Les atouts majeurs
L’atout maître réside dans l’alchimie entre Sydney Sweeney et Amanda Seyfried. Paul Feig installe une tension constante, jouant sur les codes du « Gaslighting« . La photographie est léchée, transformant la maison en un personnage oppressant, presque gothique malgré sa modernité. Le scénario, bien que balisé, distille un humour noir salvateur qui évite au film de sombrer dans le premier degré pompeux. C’est un plaisir régressif, mais exécuté avec une précision chirurgicale.
Les faiblesses et limites
On regrettera une certaine frilosité dans le dernier acte qui, bien que satisfaisant, manque de l’audace viscérale d’un Park Chan-wook (on est loin du chef-d’œuvre coréen éponyme). Certains rebondissements se voient venir à des kilomètres pour un œil exercé au polar. Enfin, les personnages masculins, notamment celui de Michele Morrone, manquent cruellement d’épaisseur face au duel féminin central.
La mise en scène / Le jeu
Paul Feig surprend par sa rigueur formelle. Il utilise des cadres larges pour souligner l’isolement de Millie dans cette cage dorée. Amanda Seyfried est absolument délicieuse en bourgeoise borderline, alternant fragilité et menace avec une aisance déconcertante. Sydney Sweeney, quant à elle, confirme qu’elle sait porter un film sur ses épaules, offrant une performance tout en retenue avant une explosion finale nécessaire.
Le saviez-vous ?
- Budget vs Box-office : Avec 35 millions de dollars de budget, le film a réalisé un hold-up avec 360,9 millions de recettes, prouvant que le public a soif de thrillers mid-budget.
- Inspiration : Le film est adapté du best-seller de Freida McFadden, souvent comparé à Gone Girl pour ses twists à répétition.
- Suite confirmée : Le succès est tel qu’une suite est déjà lancée, avec le retour du noyau dur de la production.
Conclusion et recommandation
The Housemaid (2025) s’adresse aux nostalgiques des thrillers sulfureux type Basic Instinct (1992) ou Mainmise (1994), mais avec une sensibilité moderne. C’est efficace, cruel et diablement divertissant. Un indispensable pour une soirée cinéma sous haute tension.
Pistes de réflexion
Le film interroge la lutte des classes sous le prisme de la psychopathie : la richesse justifie-t-elle l’aliénation de l’autre ? Ou n’est-ce qu’un décor interchangeable pour des prédateurs nés ?
À vous de juger
Aviez-vous vu venir le twist final ou vous êtes-vous laissé piéger comme des bleus ?
La discussion est ouverte en commentaire.

- Pour aller plus loin dans le malaise domestique, retrouve ma Critique du film « The Housemaid » (2010) d’Im Sang-soo, le remake chic et choc du classique coréen de 1960. ↩︎
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Découvert récemment également (en même temps, il vient de sortir), et bien aimé. Pas autant que toi, les passages dits musicaux m’ont un peu sortis du film, notamment pour les scènes gentiment coquines, et le jeu des actrices me semblait un peu trop prononcé, surjoué lors de l’ouverture (mais tout s’explique ensuite pour ça), mais sinon, bien aimé, ça se suit bien, puis j’adore ce genre de films manipulateurs donc je suis bon client de toute façon.
Publié par Rick | 20/02/2026, 17h52Salut Rick ! Content de voir que tu as survécu à ce duel de manipulatrices.
Je te rejoins sur le côté « surjoué » de l’intro, même si comme tu le dis, le scénario vient légitimer cet excès de zèle par la suite. C’est un peu le péché mignon de Paul Feig : il a parfois du mal à lâcher totalement ses réflexes de metteur en scène de comédie, d’où ces moments un peu trop soulignés.
Quant aux scènes musicales sur les séquences « coquines », c’est typiquement ce que je reproche à une certaine frilosité hollywoodienne actuelle : on emballe ça dans du papier cadeau un peu trop clinquant au lieu de laisser la tension brute faire le boulot (ce qu’un Park Chan-wook aurait fait sans sourciller). Mais bon, pour un thriller domestique de 2025, ça reste du haut de panier comparé aux purges qu’on nous sert parfois.
Ravi que tu aies mordu à l’hameçon malgré tout. À bientôt pour le prochain round ! »
Publié par Olivier Demangeon | 20/02/2026, 21h18A livre populaire, film populaire, et dans son domaine, oui, ça aurait pu être tellement pire, ça fait clairement le job tant que l’on n’attend pas un chef d’oeuvre, et la dernière partie va tellement loin qu’elle a un petit côté jouissif je trouve (je vais aller cacher ma porcelaine 😀 ).
Je trouve que le souci des musiques toujours « pop » ou « connues » sur ce genre de séquences, c’est un souci du cinéma Américain en général, comme s’ils avaient peur du silence pour ce genre de scènes, et donc peur de montrer le plaisir de manière plus réaliste et donc frontale. C’est tout con mais je suis sûr que ça doit même jouer quand les films sont présentés à la MPAA pour avoir leur classement, la sexualité doit moins les déranger ou ils doivent moins demander de coupes avec un tel enrobage qui fait donc plus cinéma et factice.
Publié par Rick | 20/02/2026, 21h46Tu as mis le doigt dessus, Rick. Le silence au cinéma, c’est ce qui rend l’intimité réelle, et le réel, c’est précisément ce qui terrifie les studios US.
Ta théorie sur la MPAA est plus que probable : une playlist pop et un montage rythmé transforment une scène charnelle en un simple clip vidéo inoffensif. C’est le syndrome ‘papier peint’ : on enrobe tout pour que ça passe mieux à la caisse. C’est là que le cinéma coréen ou européen (celui d’avant la panne d’inspiration actuelle) nous manque, car ils n’ont pas peur de la frontalité brute, sans cette béquille musicale systématique.
Pour la porcelaine, tu fais bien de la planquer. La dernière partie lorgne presque vers le Grand Guignol domestique, et c’est ce qui sauve le film de l’oubli. On est dans le plaisir coupable pur, mais assume.
Allez, bon week-end et fais gaffe à ta vaisselle, on ne sait jamais quelle Millie traîne dans les parages !
Publié par Olivier Demangeon | 20/02/2026, 22h01