
De John Woo à John Wick : le Gun-fu ou l’art du carnage millimétré…
Le cinéma d’action actuel est malade. Entre la bouillie numérique des blockbusters en pyjama moulant et la tremblote parkinsonienne de certains réalisateurs français qui confondent « immersion » et « crise d’épilepsie », il est temps de rappeler ce qu’est une vraie fusillade. Le Gun-fu, ce mélange de chorégraphie martiale et de virtuosité balistique, n’est pas qu’un étalage de douilles : c’est une profession de foi.
L’Héritage de Hong Kong : L’opéra sanglant
Tout commence à la fin des années 80. Un certain John Woo décide que le flingue n’est plus une arme, mais un instrument de musique. Avec The Killer (1989) et À Toute Épreuve (1992), il invente une grammaire visuelle : le dual-wielding (un Beretta dans chaque main), les ralentis fétichistes sur les étuis qui tintent au sol, et ces héros tragiques qui vident leurs chargeurs comme on déclame des vers. À l’époque, pas de triche numérique. Les impacts de balles étaient de vrais pétards (les squibs) cachés sous les costumes. C’était organique, dangereux, et d’une élégance absolue.
La révolution tactique : L’ère John Wick
Puis est arrivé John Wick (2014). Sous la houlette de Chad Stahelski, le genre a muté. On est passé du lyrisme de John Woo à une brutalité chirurgicale. Ici, on ne tire pas au hasard en espérant que le montage fasse le job. Keanu Reeves a passé des mois en stand de tir pour maîtriser le Center Axis Relock (une technique de tir courte distance).
Le résultat ? Une lisibilité totale. Stahelski filme en plans larges. On voit les rechargements, on compte les munitions, on sent le poids du métal. C’est le retour du cinéma « physique ». On n’est plus dans le fantasme, on est dans la compétence.
Tyler Rake : L’impact à bout portant
Dernièrement, Tyler Rake (2020) (Extraction) a enfoncé le clou avec ses « long takes » (faux plans-séquences) dantesques. Le réalisateur Sam Hargrave colle sa caméra aux basques de Chris Hemsworth pour nous faire bouffer la poussière. Chaque impact a un poids, chaque coup de feu résonne dans les tripes. C’est l’évolution logique : après la grâce de HK et la précision de Wick, voici l’immersion brute.
Le contre-point critique (Le cas Bronx)

Prenez un film comme Bronx (2020). On nous vend du ‘polar burné’, mais dès que la première cartouche est tirée, c’est le naufrage. Entre les effets numériques d’impacts de balles qui semblent dater de 1998 et une mise en scène qui confond chaos et intensité, on est à des années-lumière de la rigueur d’un John Wick. C’est ça, le mal français : on veut l’attitude du dur à cuire, mais on n’a pas la rigueur technique pour filmer le métal qui crache.
Le verdict de CritiKs MoviZ : pourquoi Hollywood et la France échouent ?
Pourquoi ces exemples sont-ils des exceptions ? Parce que la plupart des réalisateurs actuels sont des paresseux.
- La « Shaky Cam » : Secouer la caméra pour masquer le fait que l’acteur ne sait pas tenir un Glock sans trembler est une insulte au spectateur.
- Le syndrome du chargeur infini : Rien ne flingue plus une scène que l’absence de recul et les balles magiques.
- Le cas français : On a des techniciens formidables, mais dès qu’on touche au polar d’action, on retombe dans une mise en scène amorphe où les fusillades ont le punch d’un épisode de Navarro sous Lexomil. On manque de couilles visuelles et de rigueur technique.
Le Gun-fu est une discipline exigeante. Sans entraînement, sans cadrage millimétré et sans respect pour la physique, une fusillade n’est qu’un bruit de fond.
3 Alternatives pour prolonger le plaisir

THE MAN FROM NOWHERE (2010)
La version coréenne du genre : froid, précis et émotionnellement dévastateur.

WANTED (2008)
Pour le côté « n’importe quoi » assumé qui pousse le concept de la balle courbe à son paroxysme (à voir comme un plaisir coupable).

THE RAID 2 (2014)
Pour voir comment on mélange silat et balles perdues avec une sauvagerie inégalée.
Verdict : La précision plutôt que l’esbroufe
Le Gun-fu n’est pas une simple mode passagère, c’est le rappel brutal que la mise en scène est une science physique. Que l’on préfère le lyrisme opératique des années 90 ou la rigueur tactique des années 2020, la règle reste la même : pour que le spectateur ressente l’impact, le réalisateur doit respecter son sujet. Tant que le cinéma français s’obstinera à filmer l’action comme un mal nécessaire, caché derrière un montage épileptique, il restera sur le banc de touche. Le vrai cinéma d’action ne s’écoute pas seulement, il se regarde avec une clarté absolue. Recharger son arme, c’est aussi recharger l’intérêt du public.
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