
La vengeance au scalpel, le scénario au piquet…
Verdict d’entrée
Seiji Tanaka livre avec Demon City (2025) un thriller de vengeance viscéral qui transforme le milieu hospitalier en un théâtre de guerre urbaine d’une brutalité inventive. Si le film sacrifie la complexité psychologique du manga original sur l’autel de l’efficacité, il compense par une fureur graphique qui ravira les amateurs de « revenge movies » musclés. Découvrons à travers cette critique du film comment l’inventivité des chorégraphies tente de masquer une structure narrative aux coutures un peu trop apparentes.
Synopsis
Shûhei Sakata (Toma Ikuta), ex-tueur à gages, se réveille d’un coma de douze ans avec une seule idée en tête : massacrer le syndicat Kimen-gumi responsable de la mort de sa famille. Armé de sa seule volonté et d’objets détournés, il entame une remontée sanglante vers le sommet de cette organisation aux masques démoniaques.
Les atouts majeurs
Le point fort incontestable du film réside dans son ingéniosité chorégraphique. Seiji Tanaka transforme le handicap de son héros — un homme sortant d’une décennie d’immobilité — en une force créative. La séquence de l’hôpital est déjà un classique instantané : voir Sakata utiliser des perfusions, des extincteurs ou des couvertures comme armes improvisées apporte une fraîcheur bienvenue au genre. La mise en scène, nerveuse et organique, souligne chaque impact avec une précision chirurgicale.
Visuellement, l’utilisation des masques oni confère au Kimen-gumi une identité graphique forte. Ce choix esthétique, couplé à une bande originale aux riffs de guitare électrique saturés, donne au film une énergie « trash » assumée. On sent une volonté de cultiver une certaine forme de kitsch héroïque qui rappelle les meilleures heures du cinéma d’action japonais des années 90, loin des standards trop polis d’Hollywood.
Les faiblesses et limites
Cependant, Demon City (2025) souffre d’un mal récurrent dans les adaptations : la dilution narrative. En abandonnant les racines surnaturelles d’Onigoroshi, le film se range dans les clous d’un récit de vengeance ultra-linéaire, frôlant parfois le plagiat de John Wick (2014) ou The Raid (2011). Le scénario manque de relief et les personnages secondaires, notamment les lieutenants du clan, ne sont que de la chair à canon sans épaisseur.
Le rythme subit également un sérieux coup d’arrêt au milieu du métrage. On s’enlise dans des dialogues convenus alors que le film aurait dû maintenir sa tension. Le plus impardonnable reste ce flashback sur le grand antagoniste, parachuté à vingt minutes du générique final. Ce procédé trahit une écriture bâclée qui tente maladroitement de donner une dimension tragique à un méchant dont on se fiche éperdument jusque-là.
Le saviez-vous ?
- L’origine du mal : Le titre original du manga, Onigoroshi, signifie littéralement « Tueur de démons ». Si le film de Seiji Tanaka joue la carte du réalisme urbain, le manga de Masamichi Kawabe est beaucoup plus sombre et flirte avec l’horreur pure, suggérant que la lignée du héros est maudite par un véritable démon.
- Un tournage en apnée : Pour la scène d’action mémorable de l’hôpital, Toma Ikuta a suivi un entraînement intensif de « Close Quarter Combat » (CQC) adapté aux espaces confinés. L’idée était de montrer un corps encore engourdi par douze ans de coma qui retrouve ses réflexes de tueur par instinct de survie, d’où l’utilisation d’objets médicaux comme armes de fortune.
- Le masque et la plume : Les masques oni portés par le clan Kimen-gumi ne sont pas de simples accessoires de série B. Ils ont été sculptés par des artisans japonais traditionnels pour refléter les trois péchés capitaux du bouddhisme : la colère, la cupidité et l’ignorance, chaque lieutenant portant un masque correspondant à son vice principal dans le récit original.
Conclusion et recommandation
Demon City (2025) est un divertissement efficace, à consommer pour ce qu’il est : un défouloir esthétisé et brutal. Il trouvera son public chez les amateurs de polars coréens ou japonais qui privilégient l’impact physique au développement métaphysique. Dans la filmographie de Seiji Tanaka, c’est une œuvre de transition honnête, mais qui manque de l’audace nécessaire pour devenir une référence durable du cinéma d’action.
- Source d’autorité : Consulter la fiche IMDb de Demon City (2025).
- Contexte additionnel : Découvrir le manga original Onigoroshi.
Pistes de réflexion
On peut s’interroger sur cette tendance actuelle à « rationaliser » les mangas à fort potentiel fantastique pour le grand écran. En supprimant l’âme ésotérique d’Onigoroshi, Seiji Tanaka n’a-t-il pas simplement transformé un démon unique en un simple yakuza en colère ? Le cinéma de genre gagne-t-il vraiment à toujours vouloir s’ancrer dans un réalisme froid ?
À vous de juger
Entre la baffe technique et la paresse scénaristique, le cœur de Demon City (2025) balance. Le spectacle est là, mais le fond reste en surface. Et vous, ces masques de démons vous ont-ils convaincus ou n’y voyez-vous qu’un artifice de plus ?
La discussion est ouverte en commentaire.

En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Discussion
Pas encore de commentaire.