
One Battle After Another (2025) : la révolution en roue libre…
Verdict d’entrée
Avec One Battle After Another, Paul Thomas Anderson signe une satire politique débridée, aussi stimulante qu’irrégulière. Entre farce burlesque et drame paranoïaque, le film fascine par sa forme mais peine à canaliser son propos.
Note : 8 / 10
Synopsis
Ancien militant révolutionnaire, Bob vit désormais en marge du monde. Cependant, lorsque sa fille adolescente devient une cible politique, il est contraint de replonger dans un combat qu’il croyait terminé. S’engage alors une fuite chaotique à travers une Amérique fracturée.
Ainsi, la quête intime d’un père devient une parabole politique contemporaine.
Les atouts majeurs
Une dualité tonale audacieuse mais risquée
D’abord, le film frappe par son oscillation permanente entre comédie burlesque et thriller politique.
Paul Thomas Anderson détourne les codes du cinéma engagé en injectant une absurdité volontairement déstabilisante.
Par conséquent, certaines scènes frôlent la farce cartoonesque, tandis que d’autres évoquent une angoisse très concrète liée à la surveillance et à la répression. Cependant, cette tension stylistique, brillante sur le papier, devient parfois un frein narratif.
Une mise en scène sensorielle portée par la technique
De plus, le choix du VistaVision confère au film une ampleur visuelle rare dans le cinéma contemporain.
Les cadres larges accentuent la sensation de dérive et d’errance des personnages. Ainsi, les séquences de poursuite bénéficient d’une lisibilité remarquable, notamment lors du final, tendu et chorégraphié avec une rigueur hitchcockienne. Par ailleurs, la musique de Jonny Greenwood impose une dissonance constante, transformant chaque scène en expérience sensorielle instable.
Un trio d’acteurs au cœur du chaos
Leonardo DiCaprio livre une performance volontairement désaxée. Son Bob est un père dépassé, à la fois pathétique et touchant. De plus, la complicité comique avec Benicio del Toro, en sensei martial improbable, apporte une légèreté bienvenue. Ainsi, le film trouve son équilibre émotionnel dans cette relation presque slapstick, mais sincère.
Les faiblesses et limites
Des personnages secondaires réduits à des concepts
Cependant, le traitement de certains rôles clés s’avère problématique.
Le personnage de Perfidia, interprété par Teyana Taylor, incarne davantage une idée politique qu’un être humain crédible. Par conséquent, son arc narratif reste superficiel malgré quelques scènes visuellement fortes. De même, le Colonel Lockjaw campé par Sean Penn manque de nuance, réduit à une caricature réactionnaire sans réelle menace dramatique.
Un rythme inégal et une durée excessive
Néanmoins, le principal écueil réside dans le rythme. Les quarante premières minutes accumulent dialogues verbeux et scènes décoratives. Ainsi, l’intrigue peine à se mettre en place, diluant l’impact émotionnel. Avec ses 162 minutes, le film aurait gagné à une condensation plus rigoureuse.

Conclusion et recommandation
En définitive, One Battle After Another (2025) s’adresse avant tout aux spectateurs familiers de l’univers de Paul Thomas Anderson. De plus, les amateurs de cinéma politique atypique y trouveront une proposition singulière. Cependant, il ne s’agit pas de son œuvre la plus accessible ni la plus aboutie.
Dans sa filmographie, le film s’inscrit comme une expérimentation radicale, moins maîtrisée que There Will Be Blood, mais plus libre que Inherent Vice.
- 👉 Article de fond sur Paul Thomas Anderson et son cinéma politique
Lien : https://www.bfi.org.uk/features/paul-thomas-anderson-american-cinema - The New Yorker – Dossier sur Thomas Pynchon et Vineland
Lien : https://www.newyorker.com/magazine/1990/02/19/pynchons-vineland
Pistes de réflexion
Ainsi, le film interroge la capacité du cinéma contemporain à traiter la satire politique sans ancrage historique précis. Par conséquent, peut-on encore dénoncer sans désigner clairement ?
De plus, l’héritage de Vineland est-il compatible avec une époque dominée par l’instantanéité médiatique ?
À vous de juger
Entre œuvre sensorielle stimulante et récit volontairement chaotique, One Battle After Another (2025) divise autant qu’il intrigue. Faut-il voir dans cette confusion une faiblesse ou un geste artistique assumé ?
👉 La discussion est ouverte en commentaire.

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Fine analyse de ce film choc qui a marqué l’année cinématographique passée. J’avoue qu’il figure en très bonne place dans mon palmarès final.
Je te sens bien moins convaincu par les audaces d’Anderson, gêné par le traitement burlesque. Mais n’est-ce pas la tonalité qui convient à une adaptation de Pynchon, aussi libre fût-elle ? Le Californien n’en est d’ailleurs pas à son premier forfait en la matière, je n’ai pas oublié les mésaventures de Doc Sportello.
Ce qui me marque en y repensant, c’est à quel point Anderson, en choisissant d’adapter Vineland qui se déroule je crois dans les années 80, crée des images qui résonnent avec notre actualité. Quand j’ai vu le film, on ne parlait pas encore beaucoup de ICE, et l’existence de Greg Bovino m’était alors totalement inconnue. Mais comment ne pas, désormais l’associer à l’incroyable Lockjaw ? Qui ne me semble pas si superficiel d’ailleurs, au contraire. Je le trouve bourré d’ambiguïtés et de perclus de paradoxes.
Et je me permets d’ajouter le rayon de soleil que représente dans le film la jeune Chase Infiniti.
Un film que je prendrai assurément plaisir à revoir, comme nombre de films de ce grand cinéaste.
Publié par princecranoir | 26/01/2026, 21h44Merci beaucoup pour ce retour aussi stimulant !
Tu mets le doigt sur quelque chose d’essentiel : la question de la tonalité pynchonienne. Effectivement, le burlesque fait partie intégrante de cet univers, et Inherent Vice l’avait déjà prouvé avec Doc Sportello comme figure du chaos doux-amer. Mon léger recul vient sans doute de cette tension permanente entre farce et gravité, qui m’a parfois sorti de l’émotion plus qu’elle ne l’a nourrie.
Ton parallèle entre Vineland, l’actualité et la figure de Lockjaw est en revanche passionnant. Avec le recul, il est vrai que le film semble presque prophétique, et l’ambiguïté que tu soulignes chez Lockjaw mérite d’être relue sous cet angle : moins un simple grotesque qu’un symptôme, pétri de contradictions.
Et entièrement d’accord pour Chase Infiniti : une vraie lumière dans ce monde désaxé.
Un film qui, comme souvent chez Anderson, gagne clairement à être revu et repensé…
Publié par Olivier Demangeon | 31/01/2026, 12h47Tout simplement l’un de mes coups de cœur de 2025 ❤️
Publié par Vampilou fait son Cinéma | 31/01/2026, 16h49Merci beaucoup ❤️
Un film qui divise, mais quand il touche, il marque durablement.
Ravi qu’il fasse partie de tes coups de cœur de 2025 🎬
Publié par Olivier Demangeon | 31/01/2026, 18h28