
Troie ou la guerre des corps : quand l’épopée devient spectacle…
Verdict d’entrée
Troy propose une relecture spectaculaire et résolument terrestre du mythe fondateur de l’Occident. Le film impressionne par son ampleur, son casting et son sens du grand spectacle, mais laisse une impression d’inachevé sur le plan émotionnel et tragique.
Synopsis (sans spoiler)
Dans la Grèce antique, l’enlèvement d’Hélène par le prince troyen Pâris déclenche une guerre d’envergure entre les royaumes de Troie et de Mycènes. Tandis que rois, princes et guerriers convergent vers les murailles de la cité, les destins individuels se heurtent à l’engrenage implacable de la guerre, où l’honneur et la gloire se paient au prix du sang.
Les atouts majeurs

Troy (2004)
Le premier mérite de Troy tient à son ambition industrielle assumée. Avec plus de 497 millions de dollars de recettes mondiales, le film s’est imposé comme le plus grand succès commercial de Wolfgang Petersen, se classant 60e du box-office mondial à sa sortie et huitième film le plus rentable de l’année 2004. Cette réussite financière se traduit à l’écran par une reconstitution massive : décors naturels, milliers de figurants, batailles chorégraphiées avec une lisibilité rare.
La mise en scène privilégie la physicalité brute.Wolfgang Petersen filme la guerre comme un choc de corps plus que comme une fresque mystique, s’éloignant volontairement de l’intervention divine omniprésente dans L’Iliade. Les combats, notamment les duels, sont clairs, lisibles et souvent impressionnants, avec un souci de réalisme martial qui évoque parfois Gladiator (2000) de Ridley Scott, sans en atteindre la densité dramatique.
Les performances d’acteurs constituent un autre pilier du film. Brad Pitt livre un Achille charismatique, tout en tension narcissique et rage contenue. Sa gestuelle, son regard et son engagement physique donnent corps à un héros conscient de sa légende et prisonnier de celle-ci. Face à lui, Eric Bana impose un Hector profondément humain, stratège et père avant d’être guerrier. Leur confrontation symbolique – et morale – structure efficacement le récit.
Enfin, le travail sur les costumes, nommé à l’Oscar lors de la 77e cérémonie, contribue à l’immersion. Les armures, tuniques et parures traduisent une volonté d’ancrage historique crédible, sans tomber dans l’ornementation gratuite.
Les faiblesses et limites
Le principal écueil de Troy réside dans son traitement du matériau mythologique. En choisissant d’évacuer presque totalement la dimension divine, le scénario perd une partie de la verticalité tragique qui faisait la singularité de L’Iliade. Cette approche, jugée infidèle par de nombreux puristes, transforme le poème épique en drame historique classique, plus accessible mais aussi plus plat sur le plan symbolique.
La galerie de personnages secondaires souffre également d’un manque de développement. Des figures pourtant essentielles comme Pâris ou Agamemnon restent esquissées, réduites à des fonctions narratives. Cette économie de caractérisation empêche le film d’atteindre l’intensité émotionnelle d’œuvres comme Braveheart (1995) de Mel Gibson, où chaque trajectoire individuelle nourrit le souffle collectif.
Enfin, malgré sa durée conséquente, le film semble parfois accélérer des arcs dramatiques clés, donnant l’impression que certains enjeux moraux sont survolés au profit du spectaculaire.
Conclusion et recommandation
Troy s’adresse avant tout aux amateurs de grands spectacles historiques, friands de batailles épiques et de figures héroïques incarnées avec sérieux. Idéalement découvert en salle pour profiter de son ampleur visuelle, le film se révèle aujourd’hui comme une œuvre charnière dans la filmographie de Wolfgang Petersen : moins introspective que Das Boot (1981), plus massive que En pleine tempête (2000), mais emblématique de son goût pour les récits de survie et de confrontation humaine.
Un divertissement solide et maîtrisé, qui impressionne plus qu’il n’émeut, et qui rappelle que la guerre de Troie, même dépouillée de ses dieux, reste un mythe cinématographique puissamment fédérateur.
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