
Quand la démesure technique étouffe la légende…
Verdict d’entrée
Suite très attendue du succès surprise de 2022, Troll 2 ambitionne plus grand, plus fort, plus spectaculaire. Mais à force de vouloir transformer une légende nordique en blockbuster globalisé, le film perd ce qui faisait son identité. Le résultat est une œuvre techniquement imposante, mais dramatiquement creuse et étonnamment impersonnelle.
Synopsis (sans spoiler)
Alors que la Norvège tente de tourner la page des événements du premier film, une nouvelle menace surgit des profondeurs de ses montagnes. Les autorités sont contraintes de rappeler d’anciens experts et de mobiliser des moyens sans précédent pour contenir ce danger ancestral. Entre enjeux politiques, mémoire collective et catastrophe imminente, le pays se retrouve une nouvelle fois face à ses propres mythes.
Les atouts majeurs
Impossible de passer à côté du poids industriel de Troll 2. Présenté comme la plus importante production cinématographique jamais réalisée dans les pays nordiques, le film affiche des moyens considérables. Les effets spéciaux, globalement solides, témoignent d’un réel savoir-faire technique et d’une volonté assumée de rivaliser avec les standards internationaux du film de monstres. Certaines séquences de destruction, notamment en milieu urbain, impressionnent par leur ampleur et leur lisibilité.
La réalisation de Roar Uthaug reste efficace sur le plan purement fonctionnel. Il sait gérer l’espace, le mouvement et la menace, et conserve un sens du spectacle hérité de Tomb Raider (2018). La photographie, quant à elle, continue de magnifier les paysages norvégiens, même si leur rôle devient davantage décoratif que narratif.
Côté interprétation, le casting — mené par Ine Marie Wilmann — fait preuve d’un professionnalisme indéniable. Les personnages sont travaillés avec soin, leurs relations et leurs dilemmes occupent une place centrale dans le récit, au point que le film prend parfois des allures de drame humain avant d’être un film de monstres.
Les faiblesses et limites
C’est précisément là que le bât blesse. À force de consacrer autant de temps à rendre les protagonistes attachants et familiers, le film relègue son idée la plus intéressante — une réévaluation contemporaine du rapport d’une nation à ses légendes fondatrices — à l’arrière-plan. Cette thématique, esquissée dans le premier opus, n’est ici qu’effleurée, diluée dans un scénario trop bavard et souvent incohérent.
Le rythme souffre d’un montage haché, alternant longues scènes explicatives et accélérations brutales, sans réelle progression dramatique. Certaines sous-intrigues, introduites avec insistance, n’aboutissent à rien de significatif, donnant l’impression d’un récit étiré artificiellement pour justifier sa durée.
Enfin, la comparaison avec Godzilla devient difficile à ignorer. Non seulement dans la structure narrative — l’État face à une menace titanesque — mais aussi dans l’imagerie promotionnelle et la mise en scène de la créature. Là où Troll (2022) proposait une approche plus enracinée culturellement, Troll 2 semble parfois singer un modèle qui n’est pas le sien, au risque de perdre toute singularité.
Conclusion et recommandation
Troll 2 s’adresse avant tout aux amateurs de films de monstres spectaculaires, peu regardants sur la cohérence du récit, et aux spectateurs curieux de voir jusqu’où le cinéma nordique peut pousser le curseur du blockbuster. Le visionnage en streaming, sur Netflix, paraît parfaitement adapté à cette expérience inégale.
Dans la filmographie de Roar Uthaug, le film marque un tournant : celui d’un cinéaste définitivement attiré par les codes du cinéma catastrophe international, quitte à s’éloigner de l’ancrage culturel qui faisait la force du premier Troll. Une suite symptomatique d’un filon exploité trop vite, où la démesure technique ne parvient jamais à remplacer la magie perdue.
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