
The Batman, plongée crépusculaire dans l’âme du justicier…
Verdict d’entrée
Avec The Batman, Matt Reeves signe une relecture radicalement sombre et méthodique du mythe. À mi-chemin entre le polar urbain et le film de super-héros, l’œuvre privilégie l’enquête, l’atmosphère et la psychologie au spectaculaire pur. Une proposition dense, parfois exigeante, mais d’une cohérence esthétique et thématique remarquable.
Synopsis (sans spoiler)
À Gotham City, un tueur en série s’attaque aux élites politiques en laissant derrière lui des énigmes macabres. Dans sa deuxième année d’activité, Batman se retrouve plongé au cœur d’une enquête labyrinthique qui révèle les fondations pourries de la ville. Plus détective que symbole, le justicier doit affronter un mal qui dépasse la simple criminalité.
Les atouts majeurs

The Batman (2022)
Un Batman enfin détective.
Matt Reeves revient à l’essence Detective Comics du personnage. L’enquête structure le récit, évoquant la paranoïa urbaine de Conversation secrète (1974) de Francis Ford Coppola ou la rigueur procédurale de Seven (1995) de David Fincher. Gotham devient un terrain d’investigation poisseux, filmé comme une métropole malade.
La performance de Robert Pattinson.
Robert Pattinson incarne un Bruce Wayne mutique, presque spectral, encore consumé par la vengeance. Ce choix tranche avec les figures plus héroïques précédentes et renforce l’idée d’un Batman inachevé, obsédé par sa mission au point d’en oublier l’homme derrière le masque.
Une alchimie remarquable avec Zoë Kravitz.
La relation entre Batman et Catwoman constitue le cœur émotionnel du film. Zoë Kravitz livre sans doute l’une des meilleures incarnations de Selina Kyle : indépendante, blessée, jamais réduite à un simple contrepoint romantique. Leur dynamique rappelle l’ambiguïté sensuelle de Chinatown (1974) de Roman Polanski.
Une mise en scène et une identité sonore puissantes.
La photographie nocturne de Greig Fraser, noyée de pluie et de néons, confère au film une texture quasi expressionniste. La musique de Michael Giacchino, martelée et funèbre, agit comme un battement de cœur oppressant, participant à faire de The Batman l’un des films de super-héros les plus sombres et les plus captivants de l’ère moderne.
Les faiblesses et limites
Une durée qui pèse sur le dernier acte.
Avec près de trois heures au compteur, le film assume une lenteur contemplative. Si elle sert admirablement la construction de l’atmosphère, elle atteint ses limites dans le troisième acte : certaines révélations s’étirent inutilement, diluant l’impact dramatique et rompant la tension patiemment installée.
Un antagoniste parfois trop conceptuel.
Le Riddler incarné par Paul Dano impressionne par son ancrage réaliste et sa froide méthodologie. Néanmoins, son basculement idéologique final, bien que cohérent sur le fond, manque de clarté dans sa mise en scène, laissant une impression d’inachèvement thématique.
Conclusion et recommandation
The Batman s’adresse avant tout aux spectateurs sensibles au cinéma noir, aux récits d’enquête et aux relectures adultes du mythe super-héroïque. Idéalement découvert en salle pour profiter pleinement de sa puissance visuelle et sonore, le film trouve aussi sa place en visionnage domestique, où sa densité narrative se savoure par touches successives.
Dans la filmographie de Matt Reeves, il prolonge la réflexion sur la civilisation et la sauvagerie déjà à l’œuvre dans La Planète des singes : l’affrontement (2014). Dans l’histoire du genre, il s’inscrit comme un contrepoint réaliste aux fresques plusopératiques, à l’image de The Dark Knight (2008) de Christopher Nolan, tout en traçant sa propre voie.
Succès critique et public, le film a engrangé 772,3 millions de dollars au box-office mondial, a été nommé à trois Oscars, et ouvre la voie à la Batman Epic Crime Saga. La suite, Batman : Partie II, est attendue pour le 1er octobre 2027, tandis que la série dérivée Le Pingouin, centrée sur le personnage incarné par Colin Farrell, prolonge déjà cet univers crépusculaire.

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Très juste analyse.
Retour au Detective Comics en effet, à la fibre essentielle et à l’ambiguïté qui compose ce fascinant personnage imaginé par Bob Kane. Pattinson et décidément très doué car il parvient à nous faire oublier es prédécesseurs. Et je n’imaginais pas Reeves capable de porter un reboot de ce niveau. Une suite et donc programmée pour 2027. Le rendez-vous est pris.
Je n’ai pas eu le plaisir de découvrir la série consacrée au Pingouin. Je ne sais pas si tu l’as vue et/ou chroniquée ?
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Publié par princecranoir | 02/01/2026, 12 12 22 01221Merci beaucoup pour ton retour, ravi que l’analyse t’ait parlé.
Je te rejoins totalement sur Pattinson et Reeves : réussir à faire oublier les incarnations précédentes tout en revenant à la fibre Detective Comics n’avait rien d’évident, et le pari est clairement tenu.
Concernant la série Le Pingouin, je n’ai pas encore eu l’occasion de la découvrir ni de la chroniquer. Elle est clairement sur ma liste, d’autant plus après la performance de Farrell dans le film. Affaire à suivre, donc…
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Publié par Olivier Demangeon | 02/01/2026, 12 12 32 01321Dans ce cas, j’attends le résultat de ton enquête 😉
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Publié par princecranoir | 02/01/2026, 12 12 34 01341