
Mission accomplie à la verticale : l’art du spectacle maîtrisé…
Verdict d’entrée
Avec Mission: Impossible – Ghost Protocol, la saga trouve un second souffle spectaculaire. Brad Bird injecte une clarté de mise en scène et un sens du rythme qui transforment chaque séquence d’action en chorégraphie lisible, tendue et jubilatoire. Un blockbuster élégant, qui réconcilie virtuosité technique et plaisir pur.
Synopsis (sans spoiler)
Accusée à tort d’un attentat d’envergure mondiale, l’IMF est dissoute et ses agents livrés à eux-mêmes. Ethan Hunt et son équipe doivent agir dans l’ombre pour blanchir leur organisation, empêcher une escalade nucléaire et démêler une conspiration aux ramifications internationales. Une course contre la montre, sans filet institutionnel.
Les atouts majeurs
Un thriller chorégraphié. Brad Bird, venu de l’animation, pense l’action comme un langage. Les scènes majeures — l’infiltration au Kremlin, l’ascension vertigineuse du Burj Khalifa — ne sont pas de simples démonstrations de bravoure, mais des partitions où chaque geste a un sens, chaque silence une fonction. Cette “poésie chorégraphique” rappelle l’épure et la tension mécanique de Bullitt (1968), transposées à l’ère du numérique.
Une mise en scène lisible et inventive. Là où le cinéma d’action contemporain sacrifie parfois la clarté au montage frénétique, Ghost Protocol privilégie la lisibilité spatiale. Le spectateur comprend toujours où il se trouve, ce qui est en jeu et comment l’obstacle sera négocié. Les gadgets high-tech deviennent des moteurs dramaturgiques (et comiques), jamais des béquilles scénaristiques.
Un casting au diapason. Tom Cruise, infatigable, fait de l’engagement physique un manifeste. À ses côtés, Jeremy Renner apporte une gravité bienvenue, Simon Pegg assume un contrepoint burlesque parfaitement dosé, et Paula Patton impose une présence athlétique et élégante. Le film tire profit de cette alchimie pour varier les tonalités sans rompre l’élan.
Un spectacle total, assumé. Le film embrasse le plaisir du grand écran : décors iconiques, rythme millimétré, images “plus grandes que nature”. Cette ambition se traduit aussi par un succès public massif : 209,4 millions de dollars en Amérique du Nord, 485,3 millions à l’international, pour un total mondial de 694,7 millions. Une consécration qui valide la vision.
Les faiblesses et limites
Une intrigue volontairement fonctionnelle. Le récit, conçu comme un vecteur de set-pieces, accepte une certaine simplification psychologique. Certaines motivations antagonistes restent esquissées, là où Mission: Impossible (1996)de Brian De Palma cultivait davantage l’ambiguïté paranoïaque. Une émotion tenue à distance. Le film privilégie l’adrénaline et l’ingéniosité à l’introspection. Cette retenue, cohérente avec le projet, peut laisser sur le bord du chemin les spectateurs en quête d’un ancrage émotionnel plus appuyé.
Conclusion et recommandation
Ghost Protocol s’adresse aux amateurs d’action élégante, précise et généreuse — un film à voir en salle pour profiter pleinement de son sens de l’échelle et de sa spatialisation. Dans l’histoire de la franchise, il marque un tournant décisif : la consolidation d’une grammaire visuelle claire et d’un ton ludique qui ouvriront la voie à Mission: Impossible – Rogue Nation. À la croisée du classicisme hollywoodien et de la modernité technique, Brad Bird signe un épisode-clé, où le divertissement à gros budget devient un art de la mise en scène — précis, spectaculaire et résolument cinématographique.
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