Action, Romance, Science fiction, Thriller

THE GORGE (2025) ★★★✮☆


The Gorge (2025)

 

Au bord du gouffre, le cœur en apesanteur…

Verdict d’entrée

Film hybride par excellence, The Gorge séduit d’abord par l’audace de son postulat et l’alchimie évidente de son duo principal, avant de se replier sur des mécanismes d’action plus balisés. Scott Derrickson y démontre une vraie assurance formelle, mais peine à maintenir l’équilibre fragile entre romance existentielle et thriller de science-fiction.

Synopsis (sans spoiler)

Deux agents d’élite sont postés de part et d’autre d’une gorge immense, dans une zone strictement interdite et coupée du monde. Leur mission est simple en apparence : surveiller, observer, ne jamais franchir la limite. Isolés, soumis à une règle du silence absolu, ils développent pourtant un lien inattendu, tandis que la nature réelle de ce qu’ils surveillent commence à fissurer le cadre rationnel de leur mission.

Les atouts majeurs

Dès ses premières minutes, The Gorge intrigue par son postulat volontairement improbable. Ce qui aurait pu rester un simple concept d’espionnage militaire bascule rapidement vers la science-fiction teintée d’horreur, assumant une étrangeté croissante qui rappelle certaines œuvres paranoïaques des années 1970 tout en les hybridant avec une sensibilité contemporaine. Cette audace conceptuelle constitue l’une des grandes réussites du film.

Mais la vraie colonne vertébrale du récit demeure le duo formé par Anya Taylor-Joy et Miles Teller. Leur dynamique repose sur un mélange de retenue, de curiosité mutuelle et de fragilité émotionnelle qui rend la romance étonnamment crédible, malgré un contexte hautement artificiel. Anya Taylor-Joy, en particulier, insuffle à son personnage une intelligence inquiète et une sensibilité presque mélancolique, tandis que Miles Teller joue avec justesse la tension entre professionnalisme rigide et désir d’évasion.

Lorsque l’intrigue entraîne littéralement les personnages au fond du gouffre, le film atteint son sommet dramatique. Cette séquence centrale, construite autour d’un espace clos hostile et instable, génère une tension remarquable, à la fois physique et émotionnelle. Scott Derrickson y retrouve un sens du suspense organique déjà perceptible dans Sinister (2012), utilisant l’environnement comme moteur dramatique plutôt que comme simple décor.

Sur le plan formel, la mise en scène affiche une confiance certaine. Même dans ses passages les plus convenus, le film reste porté par une direction artistique soignée, jouant sur des contrastes chromatiques marqués et une composition de cadres qui accentue l’isolement des corps. La musique de Trent Reznor et Atticus Ross, aux accents de science-fiction rétro évoquant les partitions des années 1950, confère au film une identité sonore singulière, oscillant entre nostalgie et inquiétude diffuse.

Les faiblesses et limites

Si The Gorge démarre sur des bases prometteuses, son glissement progressif vers une action plus générique constitue sa principale limite. Une fois les règles du monde posées, le scénario choisit parfois la facilité, notamment dans ses scènes de course et de fusillade, qui semblent répondre à des attentes de genre plutôt qu’à une nécessité narrative. Certaines révélations, pourtant centrales, sont survolées, réduisant leur impact émotionnel.

Par ailleurs, la présence de Sigourney Weaver, bien que symboliquement forte, reste sous-exploitée. Son personnage, porteur d’enjeux institutionnels et moraux, aurait gagné à être davantage développé, notamment pour renforcer la dimension politique et éthique du récit. Cette économie de caractérisation contribue à rendre la dernière partie plus prévisible qu’elle ne devrait l’être.

Conclusion et recommandation

The Gorge s’adresse avant tout aux spectateurs curieux de récits hybrides, sensibles aux romances atypiques et aux univers de science-fiction conceptuelle. Idéalement découvert en salle pour profiter pleinement de son travail sonore et visuel, le film s’inscrit dans la continuité de la filmographie de Scott Derrickson, partagé entre cinéma de genre maîtrisé et tentations plus introspectives.

Sans atteindre la radicalité d’un Annihilation d’Alex Garland (2018) ni la rigueur métaphysique de Solaris de Tarkovski (1972), The Gorge demeure une proposition imparfaite mais sincère, dont la force réside moins dans son intrigue que dans l’émotion fragile née de deux regards se répondant au-dessus du vide.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

2 réflexions sur “THE GORGE (2025) ★★★✮☆

  1. Avatar de Rick

    Un film qui s’est prit énormément de critiques dans la face cette année, et que j’ai pourtant trouvé tout à fait potable. Pas parfait, le virage action fait plus jeu vidéo que cinéma au final (avec ces différents niveaux, le boss avant l’évasion de la gorge, le jeu de couleurs – joli mais très factice au final), et oui Sigourney Weaver est tellement en retrait, dommage. Mais à côté, Milles Teller et Anya Taylor Joy sont parfaits et attachants, la mise en scène est solide, l’idée de base intéressante, et la musique du fameux duo Reznor et Ross fabuleuse je trouve (bon ok, j’adore leur taf, je suis peu objectif sur ce point).

    Aimé par 1 personne

    Publié par Rick | 30/12/2025, 16 04 34 123412
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Merci pour ce retour très nuancé, et surtout très juste dans ses contradictions !

      Tu mets le doigt exactement là où le film divise : ce virage action “ludifié”, avec sa logique de niveaux, de boss et de codes visuels très assumés, qui peut séduire par son énergie mais aussi sortir du film ceux qui attendaient quelque chose de plus organique, plus incarné. Ton parallèle avec le jeu vidéo est parlant, et je te rejoins sur le côté parfois un peu trop artificiel du rendu, malgré une vraie maîtrise plastique.

      Même constat sur Sigourney Weaver : sa présence a un poids symbolique énorme, mais le scénario ne lui donne jamais la place dramatique qu’elle mériterait. Un choix frustrant, surtout quand le film esquisse des enjeux institutionnels et moraux qui restent en arrière-plan.

      Là où ton commentaire est précieux, c’est que tu rappelles aussi ce que beaucoup de critiques ont tendance à évacuer un peu vite : le cœur émotionnel du film fonctionne. Le duo Teller / Taylor-Joy est réellement attachant, crédible, et c’est lui qui donne envie de suivre le récit jusqu’au bout, même quand la mécanique devient plus convenue. Et oui, la mise en scène reste solide, lisible, jamais paresseuse.

      Quant à Reznor & Ross, difficile de te donner tort. Même avec un biais assumé, leur musique apporte une identité forte et une vraie épaisseur sensorielle au film — sans elle, certaines séquences perdraient clairement en impact.

      Bref, un film imparfait mais loin d’être indigne, et qui mérite sans doute plus de discussions posées comme la tienne que de procès expéditifs. Merci d’avoir pris le temps de développer ton ressenti, c’est exactement ce genre d’échange qui fait vivre un article !

      J’aime

      Publié par Olivier Demangeon | 30/12/2025, 16 04 51 125112

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