Action, Crime - Policier, Espionnage, Thriller

HANNA (2011) ★★★★☆


Hanna (2011)

 

Hanna, l’innocence armée…

Verdict d’entrée

Avec Hanna (2011), Joe Wright confirme le goût des objets cinématographiques hybrides. Thriller de poursuite sous adrénaline, le film conjugue une énergie formelle quasi ludique à une sensibilité intime, transformant un récit de vengeance en fable initiatique tendue et singulière.

Synopsis (sans spoiler)

Élevée loin du monde par son père, ancien agent secret, Hanna est entraînée dès l’enfance à survivre, se battre et tuer. Lorsque son existence clandestine est révélée, elle devient la cible d’une redoutable agente de la CIA. Commence alors une traque à travers l’Europe, où l’adolescente va devoir confronter ses compétences extrêmes à une réalité humaine qu’elle connaît mal.

Les atouts majeurs

Dès ses premières minutes, Hanna s’impose comme un thriller de poursuite exubérant, débordant d’énergie. Joe Wright y déploie une mise en scène nerveuse, jouant sur des transitions audacieuses, des ellipses graphiques et un montage parfois presque abstrait. Certaines séquences d’action — notamment l’assaut dans un bâtiment désert ou les affrontements en forêt — privilégient la lisibilité et la chorégraphie à la surenchère pyrotechnique, évoquant davantage la physicalité sèche de The Bourne Ultimatum (2007) de Paul Greengrass  que l’emphase d’un blockbuster classique.

La grande réussite du film réside cependant dans son équilibre paradoxal entre stylisation et sensibilité. Joe Wright, connu pour ses drames élégants comme Atonement (2007), injecte ici une attention réelle aux émotions enfouies de son héroïne. Hanna n’est pas qu’une machine à tuer : c’est une enfant façonnée par la violence, dont la découverte progressive du monde — la musique pop, la famille, le désordre affectif — devient un contrepoint délicat à la brutalité du récit.

Cette dualité est magnifiquement portée par Saoirse Ronan, impressionnante de maîtrise et de retenue. Son jeu physique, précis, presque animal, n’écrase jamais la fragilité du personnage. Face à elle, Cate Blanchett compose une antagoniste mémorable, oscillant entre froideur bureaucratique et menace imprévisible, à mille lieues du simple archétype de la méchante.

Impossible enfin de ne pas souligner le rôle essentiel de la bande originale signée The Chemical Brothers. Pulsative, électronique, parfois agressive, parfois presque hypnotique, elle agit comme un moteur narratif à part entière. Plus qu’un simple accompagnement, elle impose un rythme, une texture sensorielle, donnant au film une identité sonore aussi marquée que celle de Drive (2011) de Nicolas Winding Refn.

Les faiblesses et limites

Cette approche très stylisée peut toutefois dérouter. Certains choix de mise en scène — ralentis symboliques, ruptures de ton, motifs visuels appuyés — frôlent parfois l’exercice de style, au risque de créer une distance émotionnelle. De même, quelques personnages secondaires, notamment dans la dernière partie, restent esquissés plutôt que développés,
ce qui limite l’impact dramatique de certaines confrontations.

Le scénario, volontairement épuré, sacrifie également une part de complexité politique ou psychologique. Là où La Mémoire dans la peau de Doug Liman (2002) explorait plus frontalement les zones grises du renseignement, Hanna préfère le conte cruel à la réflexion géopolitique — un choix cohérent, mais qui laissera certains spectateurs
sur leur faim.

Conclusion et recommandation

Hanna s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers stylisés, sensibles à une mise en scène inventive et à une narration sensorielle. Idéalement découvert en salle pour profiter pleinement de sa bande-son et de son travail visuel, le film occupe une place à part dans la filmographie de Joe Wright, comme une parenthèse pop et nerveuse entre ses fresques plus classiques.

Son influence ne s’est pas arrêtée là : une série télévisée inspirée du film a vu le jour en 2019, s’étalant sur trois saisons, preuve que cet univers — entre violence, innocence et identité fracturée — possède un potentiel narratif durable. Sans être parfait, Hanna demeure une proposition audacieuse, où l’action devient un langage émotionnel à part entière.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

4 réflexions sur “HANNA (2011) ★★★★☆

  1. Avatar de Rick

    Tiens c’est marrant je l’ai justement revu hier en Blu-Ray. J’avais beaucoup aimé à sa sortie ciné, et ça fonctionne toujours aujourd’hui alors qu’en soit ça ne raconte rien de neuf ni même de cliché. Mais le sérieux de la mise en scéne, le casting (toujours adoré Saoirse Ronan), l’action ainsi que la bande son de The Chemical Brothers font du film un trés solide métrage.

    Aimé par 1 personne

    Publié par Rick | 27/12/2025, 15 03 33 123312
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Tout à fait d’accord avec toi. Hanna est justement intéressant par ce paradoxe : il ne révolutionne ni le récit de l’enfant-soldat ni le thriller d’espionnage, mais il les traite avec un tel sérieux formel qu’il évite l’écueil du simple exercice de genre. La mise en scène de Joe Wright, très contrôlée mais jamais figée, donne une vraie tenue au film, et le casting y est pour beaucoup — Saoirse Ronan y impose déjà une présence impressionnante, à la fois physique et intérieure.
      Et tu as raison d’insister sur la bande-son : celle de The Chemical Brothers ne se contente pas d’accompagner l’action, elle en devient presque la pulsation vitale. C’est sans doute ce mélange de rigueur, d’énergie et de style assumé qui fait que le film tient aussi bien la distance aujourd’hui.

      J’aime

      Publié par Olivier Demangeon | 27/12/2025, 17 05 32 123212
  2. Avatar de The Butcher

    It’s been a while since I watched it but I still remember it clearly. This was a really interesting movie, a little gem that deserved more in my opinion, woth great actors and a very good rythm.

    J’aime

    Publié par The Butcher | 28/12/2025, 12 12 15 121512
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Absolutely, « Hanna » tends to linger in the memory, which is often a sign of a film doing something right beyond its surface thrills. Its sense of rhythm is indeed one of its strongest qualities, driven as much by Joe Wright’s precise direction as by the performances and the pulsating score. Even if the story itself isn’t radically new, the way it’s told — with style, control and a real emotional undercurrent — gives it that “hidden gem” status you mention. It’s definitely one of those films that has aged better than many more loudly celebrated thrillers from the same period.

      Aimé par 1 personne

      Publié par Olivier Demangeon | 28/12/2025, 13 01 34 123412

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