
Tron: Ares, quand le néon éclaire une conscience trop lisse…
Verdict d’entrée
Avec Tron: Ares, Joachim Rønning livre une œuvre somptueuse sur le plan sensoriel, fidèle à l’ADN visuel de la franchise, mais freinée par un récit qui préfère la posture conceptuelle à l’émotion incarnée. Fascinant à regarder, stimulant à analyser, le film peine pourtant à transformer ses idées en véritable expérience humaine.
Synopsis (sans spoiler)
Dans un futur proche où les frontières entre le monde réel et le numérique deviennent poreuses, Ares, une entité issue du cyberespace, est envoyée dans notre réalité pour une mission aux implications existentielles majeures. Cette rencontre entre l’humain et l’algorithme va mettre à l’épreuve notre rapport à la création, au contrôle et à la responsabilité morale des intelligences artificielles.
Les atouts majeurs
Le premier choc est évidemment visuel. Tron: Ares s’inscrit dans la continuité esthétique initiée par Tron (1982) et magnifiée par Tron: Legacy (2010). Joachim Rønning exploite pleinement les textures numériques, les lignes géométriques et les contrastes néon pour créer un univers cohérent, lisible et constamment en mouvement. La mise en scène privilégie des cadres larges et épurés, où les corps semblent parfois avalés par l’architecture digitale, soulignant la petitesse de l’humain face à ses créations.

Jared Leto dans Tron – Ares (2025)
La bande originale, hypnotique et pulsative, agit comme un prolongement organique des images. Elle ne se contente pas d’accompagner l’action : elle impose un rythme, une respiration artificielle qui rappelle combien ce monde est régi par des logiques non humaines.
Au cœur de ce dispositif, la performance de Jared Leto surprend par sa retenue. Là où l’acteur est souvent associé à une expressivité démonstrative, il opte ici pour une sobriété presque clinique. Son Ares n’imite pas l’humain : il l’observe, le jauge, le corrige. Cette économie de jeu confère au personnage une étrangeté troublante, renforcée par un regard fixe et une diction parfaitement maîtrisée. Jared Leto incarne moins une menace qu’un miroir froid, renvoyant à l’humanité ses propres incohérences.
Le film mérite également d’être salué pour son respect des fondations de la saga. Les concepts clés — dualité créateur/créature, espace numérique comme projection idéologique — sont non seulement préservés, mais actualisés. Joachim Rønning ne se contente pas de recycler : il fait évoluer la mythologie vers des préoccupations contemporaines, notamment la délégation morale aux systèmes intelligents.
Les faiblesses et limites
C’est précisément sur le terrain du scénario que Tron: Ares montre ses limites. Le film avance une idée stimulante : l’IA n’est pas nécessairement vouée à détruire l’humanité, mais pourrait chercher à la “corriger”. Cette perspective, potentiellement vertigineuse, reste cependant trop théorique. Ares adopte une posture moralisatrice, presque professorale, qui finit par neutraliser toute tension dramatique. Son perfectionnisme esthétique — visage impeccable, gestes mesurés, regard prolongé — devient un symbole appuyé d’une supériorité intellectuelle qui lasse plus qu’elle n’inquiète.
Les personnages humains, malgré un casting solide (Greta Lee, Evan Peters, Jodie Turner-Smith), peinent à exister autrement que comme fonctions narratives. Leurs dilemmes sont souvent exposés, rarement vécus. À force de vouloir illustrer des idées, le film oublie parfois de les incarner, là où Her (2013) ou Ex Machina (2014) parvenaient à faire émerger l’émotion de la confrontation intime avec l’IA.
Enfin, la progression dramatique souffre d’un certain formatage. Les enjeux sont clairs, mais trop balisés, donnant au spectateur averti une longueur d’avance qui atténue l’impact des séquences clés.
Conclusion et recommandation
Tron: Ares s’adresse avant tout aux amateurs de science-fiction conceptuelle et aux spectateurs sensibles à une mise en scène stylisée. Idéalement découvert sur grand écran, pour profiter pleinement de sa richesse visuelle et sonore, le film s’inscrit honorablement dans l’histoire de la franchise, sans toutefois atteindre la puissance iconique de ses modèles.
Dans la filmographie de Joachim Rønning, il marque une volonté affirmée de conjuguer spectacle et réflexion, même si l’équilibre penche ici davantage vers la démonstration que vers l’émotion. Un chapitre solide, stimulant, mais encore trop lisse pour devenir pleinement marquant dans le panthéon de la science-fiction contemporaine.
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Franchement, j’ai passé un super moment devant ce film !
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Publié par Vampilou fait son Cinéma | 31/12/2025, 17 05 16 121612Ravi que le film t’ait embarquée !
Tron: Ares fonctionne clairement comme expérience sensorielle, et sur ce terrain-là il a de vrais arguments. De notre côté, on est restés un peu plus sur notre faim côté récit, mais c’est aussi ce qui fait la richesse des échanges autour d’un film comme celui-ci.
J’aimeAimé par 1 personne
Publié par Olivier Demangeon | 31/12/2025, 17 05 25 122512