Action, Corée du Sud, Drame, Science fiction

THE GREAT FLOOD (2025) ★★★✮☆


Submersion (2025)

 

Séoul sous boucle : quand la catastrophe devient un logiciel émotionnel !

Verdict d’entrée :

Avec The Great Flood (ou Submersion), Kim Byung-woo signe un film-catastrophe qui démarre en mode “survie urbaine” pour mieux dériver vers une science-fiction mentale, inquiétante par ce qu’elle suggère du futur du spectacle. Chimérique, parfois fragile, mais assez audacieux pour laisser une impression tenace : et si la montée des eaux n’était qu’un prétexte… à la montée d’un système ?

Synopsis (sans spoiler) :

Séoul est submergée par un déluge inédit. Dans un immeuble de trente étages devenu colonne vertébrale d’un monde noyé, An-na (Kim Da-mi), mère épuisée, tente de rejoindre le toit pendant que l’eau monte et que les étages se transforment en niveaux d’un jeu de survie. Sur sa route : des inconnus piégés, des choix rapides, des rencontres qui semblent d’abord contingentes… jusqu’à ce que le film révèle une autre couche de réalité, plus troublante, où la catastrophe se confond avec un protocole.

Les atouts majeurs :

Submersion (2025)

Submersion (2025)

Le premier plaisir du film réside dans sa clarté spatiale. Kim Byung-woo filme l’immeuble comme une carte mentale : couloirs, cages d’escaliers, ascenseurs, paliers — chaque zone possède une fonction dramatique précise. La mise en scène privilégie une tension verticale, l’ascension, plutôt qu’une fuite horizontale, donnant au récit une dynamique presque mythologique : monter pour survivre.

Le film bascule toutefois vers un territoire bien plus stimulant lorsqu’il révèle la véritable nature d’An-na. De simple survivante, elle devient co-responsable scientifique d’un projet clé, transformant le récit en structure récursive. La catastrophe cesse d’être un événement pour devenir un processus. Le montage épouse alors cette logique de correction permanente, comme si chaque itération servait à recalibrer des comportements, des choix, des réactions émotionnelles.

Les influences sont perceptibles sans être écrasantes : l’apprentissage par répétition évoque Edge of Tomorrow (2014), tandis que l’étrangeté progressive du récit, presque bureaucratique, rappelle les constructions mentales de Charlie Kaufman. Les menaces de méga-tsunamis et le ton mélancolique donnent également au film une ampleur existentielle proche de Interstellar (2014), non par son imagerie cosmique, mais par son rapport au destin collectif.

La stratification sociale est intégrée de manière organique au dispositif narratif. Gravir trente étages revient à traverser des couches sociales distinctes, chacune imposant ses propres dilemmes moraux. Kim Da-mi incarne avec justesse cette fatigue multiple — physique, émotionnelle, éthique — tandis que les rencontres ponctuant l’ascension deviennent des points de réglage émotionnel plutôt que de simples pauses dramatiques.

À mesure qu’An-na « corrige » ses réactions initialement égoïstes, le film suggère que l’empathie elle-même peut être modulée. Le logo Netflix Original prend alors une valeur presque ironique : The Great Flood semble réfléchir au divertissement algorithmique, à la répétition des images de catastrophe, à l’optimisation des réponses émotionnelles du spectateur. Le drame devient interface, la catastrophe un module narratif recyclable.

Les faiblesses et limites :

Cette ambition conceptuelle fragilise parfois la narration. L’absence d’un antagoniste clairement identifié, ou même d’une force bienveillante incarnée, peut laisser un sentiment de vide dramatique. Le conflit est remplacé par une logique de système, cohérente sur le fond, mais parfois moins percutante sur le plan émotionnel.

Le film entretient également une ambiguïté volontaire quant à sa position critique. Dénonciation du futur optimisé ou simple constat déjà complice ? Cette hésitation nourrit le malaise, mais peut aussi être perçue comme un manque de prise de position franche. Enfin, certaines transitions du virage science-fictionnel auraient gagné à être plus solidement ancrées émotionnellement, afin d’en renforcer l’impact.

Conclusion et recommandation :

The Great Flood s’adresse aux spectateurs attirés par les films-catastrophe qui interrogent leur propre nature, préférant le trouble conceptuel au spectaculaire pur. À découvrir idéalement en streaming, dans de bonnes conditions sonores, tant son ADN de production fait partie intégrante de son discours.

Dans la filmographie de Kim Byung-woo, le film marque une inflexion audacieuse : moins un grand spectacle apocalyptique qu’une réflexion sur la catastrophe comme produit narratif — et sur ce que deviennent nos émotions lorsqu’elles se laissent optimiser.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

2 réflexions sur “THE GREAT FLOOD (2025) ★★★✮☆

  1. Avatar de Rick

    Bon, même si je ne partage pas ton avis, une analyse intéressante à lire, et l’on souligne tous les deux l’influence d’un certain Nolan, en particulier son INTERSTELLAR, sur le film. Je trouvais, à titre de comparaison, le film THE TERROR LIVE du même réalisateur plus intéressant dans son concept à l’époque, même si ça commence à dater aujourd’hui, sans doute moins prétentieux vis-à-vis de son sujet également, plus simple.

    Aimé par 1 personne

    Publié par Rick | 26/12/2025, 11 11 35 123512
    • Avatar de Olivier Demangeon

      Entièrement d’accord avec toi sur The Terror Live (2013). Avec le recul, il me paraît effectivement plus cohérent dans son dispositif et surtout plus sûr de ce qu’il voulait raconter. Son concept était simple, frontal, et tenu de bout en bout, sans cette volonté de surenchère thématique qui finit par parasiter Submersion (2025).

      Là où je te rejoins aussi, c’est sur la question de la prétention. The Terror Live utilisait un cadre unique et un concept fort sans chercher à “faire plus grand que lui”. À l’inverse, Submersion semble parfois vouloir prouver qu’il dépasse le simple film catastrophe, quitte à se perdre dans des ambitions qui dépassent son socle dramatique initial.

      Cela dit, je trouve intéressant que Kim Byung-woo soit aujourd’hui attiré par ce type de récits plus abstraits, même s’il n’en maîtrise pas encore totalement les équilibres. Entre The Terror Live et Submersion, on sent un même goût pour les dispositifs fermés et les situations sous pression, mais avec une envie nouvelle de tirer le film vers une réflexion plus métaphysique — quitte à flirter dangereusement avec les références “nolaniennes”.

      En tout cas, échange très stimulant, et c’est typiquement ce genre de film imparfait qui permet de vraies discussions de cinéma.

      J’aime

      Publié par Olivier Demangeon | 26/12/2025, 12 12 27 122712

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