
Tokyo Drift : quand le style dérape plus vite que le récit !
Verdict d’entrée
Avec Fast and Furious: Tokyo Drift, Justin Lin injecte une énergie visuelle indéniable dans la franchise, mais ce troisième volet peine à trouver sa trajectoire narrative. Si les séquences de drift comptent parmi les plus impressionnantes de la saga, la faiblesse dramatique et l’interprétation calamiteuse de certaines têtes d’affiche empêchent le film de prétendre à plus qu’un divertissement mécanique.
Synopsis (sans spoiler)
Exilé au Japon pour éviter la prison, un adolescent passionné de vitesse découvre la culture du drift à Tokyo et se retrouve rapidement plongé dans un milieu où la maîtrise du volant rivalise avec les codes d’honneur locaux.
Les atouts majeurs
La force de ce troisième opus réside avant tout dans la mise en scène nerveuse et chorégraphiée de Justin Lin, qui exploitera plus tard ce talent pour revitaliser la franchise avec Fast Five. Ici, chaque scène de course semble pensée comme un ballet motorisé : mouvements circulaires, caméra fluide, montage qui privilégie la lisibilité plutôt que l’esbroufe—on est loin des surdécoupages frénétiques propres au cinéma d’action des années 2000.
Le cadre tokyoïte apporte également un souffle esthétique nouveau. Justin Lin capte l’urbanité verticale, les néons saturés, la densité visuelle de la ville avec un sens du rythme proche des films de Sabu ou des premières œuvres de Takeshi Kitano : vitesse et géométrie s’entremêlent pour donner au film une identité visuelle immédiate. Sung Kang, dans le rôle de Han, constitue par ailleurs la seule véritable présence charismatique du casting ; son flegme et sa douceur atypique enrichissent le film d’une profondeur inattendue.
La bande-son, généreuse en rythmes électroniques et hip-hop, s’accorde parfaitement à cet univers où la route devient scène et le moteur instrument. Sur le plan formel, Tokyo Drift propose ainsi un laboratoire stylistique qui préfigurera l’évolution stylistique ultérieure de la franchise.
Les faiblesses et limites
Mais si la carrosserie brille, le moteur narratif tousse. Le scénario, dépourvu d’enjeux solides, ressemble davantage à un prétexte à aligner les figures de drift qu’à un récit pensé. Là où les premiers volets tentaient au moins de concilier infiltration, rivalités criminelles et drame intime, ce troisième épisode se contente d’une structure prévisible, presque scolaire.
Le vrai point noir reste cependant le jeu d’acteur. La prestation de Lucas Black est désastreuse : monolithique, incapable d’incarner la moindre nuance, il semble passer d’une scène à l’autre sans jamais trouver le ton juste. Sa rigidité expressive nous fait regretter, avec une certaine nostalgie, le naturel maladroit mais sincère de Paul Walker. Le reste de la distribution oscille entre caricature et effacement, à l’exception notable de Sung Kang et de Sonny Chiba, trop peu exploité.
Cette faiblesse dramatique fragilise l’ensemble : sans alchimie entre les personnages, sans tension émotionnelle ou morale, les courses—aussi belles soient-elles—semblent flotter dans un vide narratif.
Conclusion et recommandation
Tokyo Drift trouvera sans doute son public parmi ceux qui cherchent avant tout un spectacle de conduite virtuose, à voir sur grand écran pour apprécier pleinement la dynamique des séquences de drift. Dans la filmographie de Justin Lin, il s’agit d’un brouillon enthousiasmant mais inabouti, qui annonce les ambitions futures du cinéaste sans en maîtriser encore la dimension dramatique.
Pour les amateurs de la saga, ce film représente une curiosité : une parenthèse esthétique qui s’éloigne des codes de la franchise, parfois pour le meilleur (le style), souvent pour le pire (le casting). À voir pour comprendre l’évolution de Fast and Furious, mais pas comme un opus essentiel.
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