
« Sinners » : Les ténèbres en héritage !
Verdict d’entrée
Avec Sinners, Ryan Coogler signe son premier blockbuster original et prouve qu’il sait conjuguer ampleur épique et sensibilité intime sans jamais sacrifier l’un à l’autre. Fusion d’action brutale, d’horreur nerveuse et de thriller psychologique, le film repose sur une narration visuelle d’une précision remarquable et un motif central puissant : le lien quasi sacré entre deux jumeaux confrontés à une force qui les dépasse. Dense, vibrant et audacieux, Sinners est une œuvre qui respire l’invention et confirme l’imagination singulière de son auteur.
Synopsis (sans spoiler)
Dans une ville rongée par une série d’événements violents et inexplicables, deux enfants jumeaux se retrouvent au cœur d’un mystère qui attire l’attention d’une figure paternelle rongée par ses propres démons. L’arrivée de forces hostiles, physiques comme psychologiques, entraîne une succession de choix extrêmes où survie, loyauté et identité deviennent indissociables.
Les atouts majeurs
Ryan Coogler fait ici preuve d’une maturité de mise en scène impressionnante. Il articule son récit autour d’un motif double : l’opposition constante entre destin individuel et lien fraternel. Les jumeaux, incarnés avec une justesse déconcertante (Michael B. Jordan), deviennent le cœur battant du film. Leur relation, faite de synchronisation instinctive et de fractures émotionnelles, rappelle les dynamiques miroir explorées par David Cronenberg dans Dead Ringers, mais transposées dans un cadre résolument contemporain et social.
Sur le plan visuel, Ryan Coogler s’éloigne de ses premiers films pour adopter une stylisation qui évoque parfois le travail de James Wan : contrastes tranchants, ombres mouvantes, profondeur de champ anxiogène. La caméra glisse, s’élance, s’interrompt brusquement, comme si elle suivait la respiration irrégulière des personnages. Les scènes d’action, chorégraphiées avec une précision chirurgicale, rappellent quant à elles l’efficacité cinétique de Creed : chaque coup porte un poids narratif.
La musique, mélange de percussions organiques et d’influences électroniques, amplifie constamment l’état émotionnel des protagonistes, tout en faisant honneur à la musique soul/blues de l’époque. Ryan Coogler utilise le son non pas comme simple accentuation dramatique, mais comme vecteur d’émotion, de tension, presque comme un langage parallèle liant les jumeaux entre eux. Cette dimension sensorielle culmine lors d’un montage séquentiel audacieux, fragmenté, qui évoque certaines audaces de Us (Jordan Peele) dans sa manière d’exposer symboliquement les dualités internes.
Les faiblesses et limites
Si Sinners impressionne par son ambition formelle, certains spectateurs pourraient trouver que Ryan Coogler pousse parfois un peu trop loin la densité thématique. Le récit s’alourdit brièvement dans son deuxième acte, où les enjeux émotionnels se superposent au risque de diluer la lisibilité d’ensemble. Quelques personnages secondaires, notamment ceux incarnés par Jack O’Connell et Wunmi Mosaku, auraient gagné à bénéficier d’un développement plus nuancé pour renforcer l’ampleur dramatique du dernier tiers.
Enfin, l’hybridation des genres, bien que maîtrisée, crée parfois un léger décalage rythmique : le film oscille entre horreur atmosphérique et action frontale sans toujours trouver une transition totalement fluide. Rien de rédhibitoire, mais cela peut tempérer l’immersion chez les spectateurs les plus sensibles à la cohésion tonale.
Conclusion et recommandation
Avec Sinners, Ryan Coogler s’offre une nouvelle place dans le paysage hollywoodien : celle d’un auteur capable de transformer une narration spectaculaire en exploration intime des liens humains — ici, ceux d’une fratrie qui fait face à l’inconcevable.
Le film séduira autant les amateurs d’horreur sophistiquée que les passionnés de thrillers psychologiques, et il mérite clairement une découverte en salle pour saisir toute la richesse de sa mise en scène et de sa bande-son.
Dans la filmographie de Ryan Coogler, Sinners apparaît comme un tournant : un laboratoire d’idées où se cristallisent ses obsessions thématiques (transmission, héritage, blessures intimes) tout en élargissant son registre esthétique. Un film ambitieux, audacieux, parfois imparfait mais profondément vivant.
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Vu non pas en salle mais en blu-ray, j’arrive aux mêmes conclusions que cet article rondement tourné. Il y a en effet quelques épaisseurs baveuses dans la mise en scène, quelques erreurs tactiques dans le montage qui ne sait trop comment composer avec des dialogues superflus. Mais qu’importe, l’ambiance est là, le blues brûle d’un feu d’enfer, et on pourrait passer la nuit qui suit à s’en écouter.
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Publié par princecranoir | 22/12/2025, 11 11 11 121112Merci pour ce retour très finement formulé — et ravi que le visionnage, même hors salle, t’ait mené aux mêmes sensations. Tu mets le doigt exactement là où ça vacille… et là où ça brûle. Cette ambiance poisseuse, ce blues incandescent, finissent par tout emporter. Un film qu’on écoute autant qu’on regarde.
Tu l’as revu depuis, ou c’était une séance unique ?
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Publié par Olivier Demangeon | 22/12/2025, 11 11 28 122812Merci à toi Olivier,
Première séance pour moi. Mais je compte bien le montrer à un ami fan du genre. J’aurais donc double rasade.
La critique devrait suivre d’ici la fin d’année.
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Publié par princecranoir | 22/12/2025, 11 11 32 123212J’attends cela avec impatience alors !
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Publié par Olivier Demangeon | 22/12/2025, 11 11 39 123912