
Astres meurtriers et coups de poing : la dérive obscure de Kill Switch !
Verdict d’entrée
Kill Switch est un film paradoxal : bancal et fascinant à la fois. Sous l’emballage d’un thriller policier très années 2000, Jeff F. King tente une incursion inattendue dans un territoire plus sombre, presque ésotérique, où un tueur astrologue orchestre une série de meurtres rituels. Ce mélange audacieux fonctionne… jusqu’à ce que la mise en scène et les tics habituels d’un “véhicule Seagal” brident l’ambition initiale.
Synopsis (sans spoiler)
Jacob King, inspecteur violent et inflexible, traque un meurtrier surnommé Lazerus. Ce dernier laisse sur les scènes de crime des indices inspirés de constellations et de symboles astrologiques, dessinant une énigme macabre que le policier devra déchiffrer avant que le rituel ne s’accomplisse.
Les atouts majeurs
L’un des éléments les plus surprenants du film est la construction du personnage de Lazerus. Là où beaucoup de thrillers policiers se contentent d’un tueur spectaculaire mais vide, Kill Switch propose une démarche presque ritualisée : chaque meurtre est associé à une symbolique astrale, évoquant autant Seven de David Fincher que Resurrection de Russell Mulcahy dans sa manière d’inscrire le crime dans une logique pseudo-mythologique. Cette strate supplémentaire donne au récit une densité thématique inattendue pour un film estampillé Steven Seagal.
Jeff F. King, réalisateur habitué aux productions télévisuelles musclées, s’essaie ici à une stylisation plus froide, jouant avec les ombres, les reflets et une caméra nerveuse. Le montage — parfois trop haché — cherche à créer une tension permanente, rappelant certains thrillers “post-Fincher” de la fin des années 90.
Les scènes d’action, quant à elles, portent la signature Steven Seagal : mouvements rapides, impact visuel fort, chorégraphies nerveuses. Elles sont filmées de manière à dissimuler la doublure, mais l’énergie brute demeure, donnant au film un rythme solide. Steven Seagal, même dans un registre très codifié, apporte à Jeff F.King ce mélange de froideur et d’autorité qui fait de son personnage un bloc impénétrable, presque mythologique lui aussi.
La présence d’Isaac Hayes ajoute une gravité discrète mais bienvenue, ancrant le film dans une tonalité plus sérieuse que ce que l’on aurait pu craindre.
Les faiblesses et limites
Là où Kill Switch surprend par son ambition, il se heurte à ses propres limites. La mise en scène abuse de découpages désordonnés, notamment dans les combats, ce qui fragmente l’action au point de la rendre parfois illisible. On sent la volonté de dynamiser, mais le résultat tient davantage du bricolage que d’une signature esthétique maîtrisée.
Le scénario, lui, souffre de ruptures de ton. Le versant astrologique — fascinant sur le papier — n’est jamais pleinement développé : Lazerus laisse des indices, mais ceux-ci restent souvent sous-exploités, comme si le film n’osait pas aller au bout de son concept ésotérique. La fin, surtout, laisse un sentiment d’inachevé. Elle semble précipitée, presque tronquée, et mériterait des explications supplémentaires pour donner du sens au cheminement du personnage principal. On a l’impression que le film coupe juste avant le moment où il aurait pu révéler quelque chose de vraiment fort.
Enfin, l’habituelle glorification du flic vengeur façon Steven Seagal plombe parfois la nuance du récit, écrasant certaines pistes plus psychologiques au profit d’un schéma très bourrin.
Conclusion et recommandation
Kill Switch est une curiosité dans la filmographie de Steven Seagal : à la fois plus ambitieux narrativement et plus contraint formellement que d’autres titres de sa période 2000. Les amateurs de thrillers codés, d’énigmes macabres et des dérives astrologiques du récit y trouveront de bonnes surprises, tandis que les fans de Steven Seagal apprécieront ses séquences d’action rapides et brutales.
Ce film s’adresse surtout à ceux qui aiment explorer les marges du thriller policier, ces œuvres hybrides qui tentent, parfois maladroitement, de dépasser leur cahier des charges. En streaming ou en séance nocturne, il peut offrir une expérience étrange mais captivante, un pied dans le polar télévisuel et l’autre dans un symbolisme obscur que l’on aurait aimé voir pleinement éclore.
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