
Ziam : quand la rage ne suffit pas à réinventer le zombie !
Verdict d’entrée
Ziam avance avec l’assurance d’un film prêt à dynamiter les codes du zombie… avant de revenir prudemment vers un terrain connu. Kulp Kaljareuk signe une œuvre contrastée : audacieuse dans sa violence, sincère dans son approche dramatique, mais encore hésitante dans sa volonté de renouveler le genre. On en ressort secoué, intrigué, parfois frustré — mais pas indifférent.
Synopsis (sans spoiler)
Alors qu’une épidémie dévaste une région reculée de Thaïlande, un homme décidé à protéger ce qu’il lui reste s’engage dans une traversée meurtrière où humains et infectés se confondent en une même menace. Rapidement, la lutte pour la survie déborde vers quelque chose de plus ambigu, jusqu’à un final ouvert, clairement pensé pour prolonger l’univers.
Les atouts majeurs
La première force de Ziam réside dans sa physicalité. Kulp Kaljareuk filme les corps comme des armes improvisées, des masses heurtées, des silhouettes propulsées contre des murs poisseux de sang. Prin Suparat, intense et ancré au sol, développe une présence qui rappelle les performances viscérales de Tony Jaa — sans jamais chercher à en imiter les acrobaties. Ses combats contre des adversaires humains comptent d’ailleurs parmi les plus impressionnants du film : brutaux, secs, chorégraphiés avec une lisibilité qui évoque l’efficacité de The Raid davantage que les canons hollywoodiens.
Face à lui, Nuttanicha Dungwattanawanich apporte un contrepoint émotionnel précieux : son jeu repose sur la retenue, le doute, la peur lucide. Cette dynamique renforce la tension interne du film, qui oscille constamment entre tragédie personnelle et survie impitoyable.
Sur le plan visuel, Kulp Kaljareuk opte pour une mise en scène proche du survival thaïlandais contemporain : contrastes marqués, caméra portée nerveuse, espaces confinés saturés de fumée et de poussière. L’image n’est pas seulement sale ; elle est lourde, épaisse, comme si le décor transpirait autant que ses personnages. Et lorsque l’action explose, Ziam ne recule devant rien : les litres d’hémoglobine déversés sont presque un manifeste esthétique. Chaque éclaboussure semble rappeler que le film assume pleinement son statut d’œuvre viscérale.
Le son participe à cette corporalité : coups sourds, craquements d’os, grognements gutturaux. Il y a là une volonté claire de matérialiser la violence, presque de la rendre tactile.
Les faiblesses et limites
Si Ziam s’ouvre des portes prometteuses, il se referme trop souvent sur des conventions déjà vues. Le film semble effleurer un renouvellement du mythe zombie — en suggérant une origine, une conscience résiduelle, un enjeu politique latent — mais ne pousse jamais ces pistes assez loin pour en faire de véritables propositions artistiques.
L’écriture reste fonctionnelle, parfois schématique, et certains personnages secondaires manquent d’incarnation, réduits à des moteurs narratifs ou à de simples victimes sacrificielles.
Le rythme connaît également quelques creux : l’alternance entre scènes de combat inspirées et passages explicatifs plus lourds crée un déséquilibre qui tempère l’impact global. Enfin, la fin ouverte, si elle stimule la curiosité, apparaît aussi comme un aveu : Ziam n’a pas encore trouvé son identité définitive et semble miser sur une suite pour affirmer pleinement son univers.
Conclusion et recommandation
Ziam s’adresse avant tout aux amateurs de cinéma d’action extrême, de gore assumé et de récits de survie sans concession. À voir idéalement en salle, pour ressentir pleinement la densité sonore et la brutalité des combats. Sur le plan du genre, il s’inscrit dans cette vague asiatique qui tente d’explorer le zombie autrement, mais sans atteindre la singularité d’œuvres comme Train to Busan ou The Sadness.
Kulp Kaljareuk livre ici un opus imparfait mais prometteur, dont l’énergie brute pourrait servir de socle à une franchise plus ambitieuse. Si suite il y a — et la fin ne laisse guère de doute — elle aura tout intérêt à creuser ses pistes thématiques et à assumer franchement son envie de sortir des sentiers battus.
Un film imparfait, mais qui cogne fort : le genre n’est pas réinventé, mais il est indéniablement secoué.
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Petite info intéressante : Ziam a été tourné en grande partie dans d’anciennes infrastructures industrielles abandonnées en périphérie de Bangkok, choisies parce qu’elles offraient déjà une atmosphère de ruine presque « organique ». L’équipe a expliqué avoir volontairement réduit l’usage d’effets numériques pour privilégier des environnements réels, plus poussiéreux, plus labyrinthiques — une décision qui a directement influencé la brutalité et la matérialité des scènes de combat. Résultat : l’hémoglobine qu’on voit à l’écran se mêle à de la boue, de la rouille, du béton fracturé… ce qui renforce cette impression de chaos physique qui marque tout le film.
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Publié par Olivier Demangeon | 15/12/2025, 22 10 35 123512