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RENDEL (2017) ★★★☆☆

Temps de lecture : 4 minutes

Rendel (2017)

L’ombre qui frappe : Rendel ou la colère masquée d’un anti-héros nordique

Verdict d’entrée

Avec Rendel, Jesse Haaja signe un film de vengeance ancré dans une imagerie sombre et graphique, porté par un sens réel du combat rapproché. Mais derrière l’esthétique soignée, l’émotion peine à émerger, laissant une œuvre efficace mais inégale, davantage guidée par la rage que par la profondeur dramatique.

Synopsis (sans spoiler)

Dans une ville rongée par la corruption et les trafics orchestrés par une entreprise pharmaceutique criminelle, un justicier masqué apparaît pour démanteler le système à la force de ses poings. Mystérieux, inflexible, presque spectral, Rendel semble animé par une blessure enfouie dont les contours ne se dévoilent qu’à travers les éclats de violence qu’il déchaîne.

Les atouts majeurs

Visuellement, Rendel puise autant dans l’esthétique des comics que dans le cinéma d’action nordique. Les cadres resserrés, la palette froide et l’usage contrasté des ombres rappellent parfois l’énergie brute de The Crow ou certaines compositions de Sin City – sans toutefois tendre vers la stylisation extrême. Jesse Haaja privilégie une physicalité tangible : combats à mains nues, impacts lourds, cascadeurs mis en avant. Sur ce terrain, le film trouve son identité.

Rendel (2017)Les affrontements chorégraphiés par Jarno Virtanen respirent la rudesse, presque l’art martial industriel, avec cette volonté de montrer la fatigue, le poids, la friction entre les corps.

Kris Gummerus impose une présence solide sous le masque. Il compose un Rendel mutique, davantage totem qu’individu, qui fonctionne particulièrement bien dans les séquences où l’anti-héros traverse l’image comme une force inarrêtable. Face à lui, les antagonistes, certes caricaturaux, offrent néanmoins une galerie typée qui sert la dimension quasi-bandes dessinées du récit. Matti Onnismaa, notamment, adopte un jeu outré assumé, qui s’accorde avec l’univers stylisé du film.

Techniquement, l’œuvre bénéficie d’un soin marqué dans sa photographie et son design sonore. Les éclairages en clair-obscur renforcent la nature nocturne et viscérale de ce « vigilante movie », tandis que le mixage sonore soutient l’impact physique des combats avec une précision appréciable. On sent la volonté de Haaja de construire un univers cohérent, sombre, légèrement décalé, où la justice ne peut venir que du hors-champ moral.

Les faiblesses et limites

Là où Rendel trébuche, c’est sur son volet émotionnel. L’histoire personnelle du héros, censée porter le moteur tragique de cette quête de vengeance, n’est que partiellement exploitée. Non pas qu’elle soit absente, mais elle manque d’incarnation : les flashbacks paraissent mécaniques, les scènes dramatiques, souvent mal interprétées, peinent à susciter l’empathie. Les enjeux intimes restent schématiques, comme si le film préférait contourner l’émotion plutôt que la travailler.

Cette faiblesse narrative entraîne une certaine monotonie. Les personnages secondaires, malgré leur intérêt visuel, n’ont pas l’épaisseur nécessaire pour enrichir la trajectoire du protagoniste. Le film se replie alors sur son action – réussie, mais répétitive – au détriment d’un rythme qui aurait pu gagner en intensité dramatique. Enfin, la fin ouverte, bien qu’intrigante, paraît plus annoncer une éventuelle suite qu’offrir une conclusion pleinement satisfaisante.

Conclusion et recommandation

Rendel s’adresse avant tout aux amateurs de films de justiciers sombres, de combats secs et de mises en scène graphiques inspirées des comics indépendants. À découvrir en streaming ou en VOD pour savourer son esthétique et ses séquences d’action nerveuses, moins pour la profondeur émotionnelle ou la puissance du récit. Dans la jeune filmographie de Jesse Haaja, l’œuvre apparaît comme un manifeste stylistique : imparfait, mais prometteur, un premier jet rageur qui pose les bases d’un univers à affiner.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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