Drame, Sport

THE COLOR OF MONEY (1986) ★★★★☆

Temps de lecture : 5 minutes
Affiche du film La Couleur de l'argent avec Paul Newman et Tom Cruise tenant des queues de billard.

Le passage de flambeau…

Un passage de flambeau magistral sous l’œil électrique de Martin Scorsese. En confrontant le flegme légendaire de Paul Newman à l’énergie nerveuse d’un Tom Cruise en pleine ascension, le film transforme le billard en une arène psychologique fascinante. C’est du grand divertissement d’auteur, stylé et percutant. Découvrons à travers cette critique du film La Couleur de l’Argent (1986) comment l’alchimie entre ces deux pointures du cinéma américain fonctionne.

Vingt-cinq ans après L’Arnaqueur, « Fast » Eddie Felson ne joue plus, il vend de l’alcool. Sa passion se rallume lorsqu’il croise Vincent, un jeune prodige du billard arrogant et imprévisible. Eddie décide de le prendre sous son aile pour l’emmener jusqu’au tournoi d’Atlantic City. Mais dans ce milieu, l’arnaque est une seconde nature, et le maître pourrait bien apprendre du disciple.

La mise en scène de Martin Scorsese est électrique. Il filme les tables de billard comme des champs de bataille, avec des mouvements de caméra d’une fluidité incroyable et un montage sonore (le claquement des billes) qui confine à la musique. Le duo Newman/Cruise fonctionne à merveille : Paul Newman, impérial, apporte une mélancolie de vieux lion blessé (Oscar mérité), tandis que Tom Cruise explose avec une énergie nerveuse typique de ses débuts post-Top Gun.

Le scénario reste assez balisé, suivant les codes classiques du film de mentor/élève. On regrette parfois que le personnage de Mary Elizabeth Mastrantonio ne soit pas plus développé au-delà de son rôle de manipulatrice. De plus, le film souffre inévitablement de la comparaison avec le noir et blanc sublime de L’Arnaqueur (1961), perdant un peu de la noirceur originelle au profit d’une efficacité très « années 80 ».

C’est du Martin Scorsese pur jus : rapide, précis, stylé. La photographie de Michael Ballhaus donne une texture organique aux salles de jeu. Paul Newman ne joue pas, il est Felson. Quant à Tom Cruise, c’est l’époque où il osait encore être vulnérable ou antipathique avant de lisser son image de super-héros.

  • L’Oscar du pardon : Paul Newman a enfin remporté l’Oscar du meilleur acteur pour ce film après six nominations infructueuses. Ironiquement, il ne s’est pas présenté à la cérémonie, déclarant : « C’est comme poursuivre une belle femme pendant quatre-vingts ans. Quand elle finit par céder, vous dites : Je suis vraiment désolé, mais je suis fatigué. »
  • L’entraînement de Cruise : Toujours perfectionniste, Tom Cruise s’est entraîné au billard pendant des mois. Dans la scène où Vincent réalise un coup impossible sur la chanson « Werewolves of London« , il a réussi le coup lui-même, sauf pour un seul rebond délicat que Martin Scorsese a dû truquer pour ne pas perdre deux jours de tournage.
  • Le caméo de Forest Whitaker : Ouvre l’œil ! Un jeune Forest Whitaker fait une apparition mémorable dans le rôle d’un joueur qui vient défier Eddie. Une scène courte mais d’une intensité folle qui préfigurait déjà la grande carrière de l’acteur.

Vingt-cinq ans après L’Arnaqueur, Martin Scorsese signe une suite qui n’a pas à rougir de son aînée. Si le film perd un peu de la noirceur poisseuse du premier volet, il gagne en virtuosité technique et en profondeur thématique sur le temps qui passe. La performance de Paul Newman est un monument de retenue, tandis que Tom Cruise prouve qu’il est bien plus qu’un simple sourire de papier glacé. Je recommande cette œuvre sans réserve : c’est une leçon de cinéma sur l’ego, la transmission et l’art de l’arnaque. Un indispensable de 1986.

  • La corruption de l’innocence : Comment Eddie Felson, en voulant former son successeur, finit par briser la pureté du jeu de Vincent pour en faire un manipulateur à son image ?
  • Le billard comme champ de bataille : Analyse de la mise en scène de Martin Scorsese qui utilise les mouvements de caméra et le montage sonore pour transformer une table de jeu en un duel de gladiateurs.
  • Le crépuscule d’un lion : La quête d’Eddie n’est pas tant l’argent que le besoin de prouver qu’il existe encore dans un monde qui semble l’avoir oublié.

Alors, quel est votre camp ? Préférez-vous le noir et blanc nihiliste de L’Arnaqueur ou la fureur électrique de cette suite signée Martin Scorsese ? Le duo Newman/Cruise vous a-t-il convaincu ou trouvez-vous que l’alchimie est forcée ?
Venez partager vos gains et vos pertes dans les commentaires !


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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