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CINÉMA : L’empire de la pluie

Temps de lecture : 4 minutes

L’eau à l’écran : un déluge de sens et d’émotions…

La pluie au cinéma n’est jamais une simple question de météo. À Hollywood, faire tomber l’eau coûte cher et demande une logistique complexe, des camions-citernes aux rampes d’arrosage. Si les réalisateurs s’imposent de telles contraintes, c’est parce que la pluie est un outil narratif d’une puissance inégalée. Elle sature l’image, modifie la lumière et, surtout, elle agit comme un miroir des âmes.

Il est rare que la pluie naturelle soit visible à la caméra. En effet, les gouttes sont trop fines pour imprimer correctement la pellicule. Pour pallier ce problème, les techniciens doivent tricher. À l’époque des classiques comme Singin’ in the Rain (1952), on mélangeait parfois du lait à l’eau pour que les gouttes captent mieux la lumière. De plus, un rétro-éclairage précis est indispensable pour donner du relief à l’averse. Ainsi, chaque orage de cinéma est une construction millimétrée.

Dans le genre Cyberpunk, la pluie est devenue un élément de décor permanent.

Critique – Blade Runner : Dans le Los Angeles de 2019 imaginé par Ridley Scott, la pluie n’est pas météorologique, elle est atmosphérique. Elle tombe sans relâche, comme un linceul liquide sur une humanité en décomposition. Chaque goutte capture le reflet des néons publicitaires, transformant la ville en un aquarium géant et étouffant. La pluie ici ne lave rien, elle noie l’espoir et souligne la solitude de Deckard face à ses propres doutes existentiels.

Par conséquent, cette humidité constante renforce le sentiment d’aliénation. Le spectateur ressent physiquement le froid et l’oppression de cette métropole futuriste où le soleil semble avoir disparu à jamais.

Los Angeles dystopique sous une pluie incessante dans Blade Runner, avec Deckard de dos face aux néons publicitaires se reflétant sur les rues détrempées.

David Fincher utilise l’eau pour créer un malaise viscéral tout au long de son chef-d’œuvre policier.

Critique – Seven : Fincher utilise l’eau comme un agent de corruption. Dans Seven, la pluie est grasse, lourde, presque sale. Elle accompagne l’enquête de Mills et Somerset comme un compte à rebours vers l’inévitable. On sort de la projection avec l’envie de s’essuyer ; c’est un tour de force sensoriel où le climat devient le complice silencieux du tueur John Doe.

Cependant, la pluie s’arrête brutalement pour l’acte final. Ce passage sous un soleil de plomb dans le désert est d’autant plus terrifiant qu’il ne laisse plus aucune ombre pour se cacher. La pluie était un voile ; le soleil devient le projecteur d’une vérité insoutenable.

Visuel cinémascope inspiré de Seven de David Fincher opposant une enquête sous une pluie poisseuse en ville à la scène finale sous un soleil écrasant dans le désert, avec le logo Critiks Moviz.

Dans la romance hollywoodienne, la pluie possède une fonction radicalement différente : elle fait tomber les masques.

Critique – Breakfast at Tiffany’s : La scène finale sous l’averse new-yorkaise est le point d’orgue émotionnel du film. La pluie agit ici comme un révélateur. Sous le déluge, Holly Golightly perd son masque mondain et ses artifices. Trempée, cherchant son chat dans une ruelle sombre, elle retrouve son humanité. Le baiser final n’est pas seulement romantique, il est la preuve que l’amour survit au naufrage des apparences.

De plus, l’eau crée une proximité physique inévitable. Les vêtements collés et les visages ruisselants apportent une tension que le cinéma classique utilisait pour contourner la censure tout en suggérant une passion intense.

L’usage le plus célèbre reste sans doute celui de la purification. Dans The Shawshank Redemption, après avoir rampé dans l’indicible pour s’échapper, Andy Dufresne émerge sous un orage violent. Ici, la pluie n’est pas une punition. Au contraire, elle lave symboliquement les années de prison et de salissure. C’est un grand baptême cinématographique qui marque le début d’une vie nouvelle.

Silhouette d’Andy Dufresne sous une pluie battante, bras ouverts dans l’obscurité nocturne, symbolisant la libération et la renaissance dans Les Évadés (1994), avec le logo Critiks Moviz en bas à droite.

Que ce soit pour noyer un espoir, masquer un crime ou célébrer un amour, la pluie reste le chef d’orchestre invisible de nos émotions. Elle transforme une simple scène de rue en un moment d’éternité cinématographique.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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