
Entre espionnage frontal et promesse inaboutie…
Verdict d’entrée
Avec Yaksha: Ruthless Operations, Na Hyeon signe un thriller d’espionnage solide dans sa mise en place mais rapidement contraint par un scénario trop balisé. Le film intrigue par son décor et ses figures opposées, sans jamais exploiter pleinement la richesse de son postulat.
Note : 6/10
Synopsis (sans spoiler)
Envoyé en Chine après une mise à l’écart professionnelle, le procureur Han Ji-hoon est chargé d’enquêter sur une unité clandestine des services secrets sud-coréens opérant à Shenyang. Il y rencontre Ji Kang-in, surnommé « Yaksha », agent brutal et pragmatique, à la tête d’un réseau officieux mêlant mensonges, manipulations et violence assumée.
Les atouts majeurs
Un cadre géopolitique rare et stimulant
Le premier mérite du film est son choix de Shenyang, ville-carrefour présentée comme un nœud d’influences entre Corées, Chine, Japon et Russie. Ce déplacement du centre de gravité hors des capitales occidentales traditionnelles apporte une respiration bienvenue au genre. L’environnement urbain, les langues multiples et les jeux de juridictions créent une texture crédible et immersive, notamment dans le premier acte.
Une figure centrale charismatique
Porté par Sol Kyung-gu, le personnage de Yaksha impose une présence immédiatement lisible : agent sans scrupules, stratège cynique, il incarne une vision désenchantée de l’espionnage où la fin justifie systématiquement les moyens. L’acteur parvient à rendre cette brutalité presque banale, ce qui confère au film une tonalité sèche, parfois efficace.
Une ouverture rythmée et tangible
Les premières séquences d’action – poursuites, filatures, explosions pratiques – bénéficient d’une mise en scène lisible et d’un ancrage physique appréciable. Le recours à des décors réels et à des effets non numériques renforce l’impact sensoriel et donne au film un vernis de sérieux souvent absent des productions destinées au streaming.
Les faiblesses et limites
Une richesse géopolitique réduite à l’esquisse
Malgré son potentiel, le film renonce rapidement à toute complexité politique. Les enjeux interasiatiques sont simplifiés, voire caricaturés, notamment à travers un antagoniste japonais stéréotypé incarné par Hiroyuki Ikeuchi. Là où le décor appelait une lecture ambiguë et nuancée, le scénario se replie sur des oppositions binaires peu stimulantes.
Une dynamique de duo sous-exploitée
La confrontation idéologique entre le procureur rigide Han Ji-hoon (interprété par Park Hae-soo) et le pragmatisme violent de Yaksha constitue l’axe dramatique central. Pourtant, cette relation n’évolue que superficiellement. Les personnages secondaires – en particulier l’agente nord-coréenne – restent à l’état de fonctions narratives, privés de toute épaisseur émotionnelle.
Un second acte en perte de tension
Après un premier tiers prometteur, le récit devient prévisible : trahisons attendues, retournements mécaniques, montée dramatique sans réel suspense. La résolution expéditive et l’épilogue ouvert, manifestement conçus pour préparer une suite, affaiblissent la cohérence d’ensemble et donnent au film un parfum de produit calibré.
Conclusion et recommandation
Yaksha: Ruthless Operations s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers d’espionnage efficaces, sensibles aux ambiances urbaines et aux figures d’agents amoraux. Il se regarde sans déplaisir, idéalement en séance isolée, mais peine à s’imposer comme une œuvre marquante dans le paysage du cinéma d’action coréen. Dans la filmographie de Na Hyeon, il apparaît davantage comme une tentative de montée en gamme que comme une réussite pleinement assumée. Un film disponible sur Netflix.
Références à d’autres œuvres
Le film évoque, sans les atteindre, les tensions morales de The Man from Nowhere ou les jeux d’alliances troubles de A Hard Day, mais sans leur densité dramatique.


Pistes de réflexion
En privilégiant l’efficacité immédiate au détriment de la complexité politique, Yaksha pose une question récurrente du cinéma d’espionnage contemporain : faut-il simplifier le monde pour maintenir le rythme ? Ou accepter une narration plus exigeante, quitte à perdre en spectaculaire ?
À vous de juger
Entre ambition géopolitique et conformisme narratif, Yaksha: Ruthless Operations semble hésiter sur sa véritable identité. Doit-on y voir un divertissement assumé ou l’ébauche d’un univers plus ambitieux resté en friche ? La discussion est ouverte en commentaire.
Bande-annonce
En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Discussion
Pas encore de commentaire.