Drame, Musique, Romance

STAYING ALIVE (1983) ★✮☆☆☆


Quand la fièvre devient gesticulation…

Suite tardive et maladroitement clinquante, Staying Alive illustre à merveille ce qu’il se passe lorsqu’un film culte est vidé de sa substance au profit d’une esthétique tapageuse. Là où l’original trouvait sa force dans l’observation sociale et la mélancolie, ce second volet s’enferme dans une démonstration narcissique de danse et d’énergie creuse.
Note : 3/10

Tony Manero a quitté Brooklyn pour New York. Il rêve désormais de Broadway, des projecteurs et de la reconnaissance artistique. Entre répétitions harassantes, relations sentimentales instables et ego surdimensionné, le danseur tente de transformer son énergie brute en carrière durable.

Le principal intérêt de Staying Alive réside dans la continuité qu’il offre au personnage de Tony Manero, toujours incarné par John Travolta. L’acteur s’investit physiquement, avec une maîtrise chorégraphique indéniable, et conserve une présence magnétique, même lorsque le scénario le dessert.

La bande-son cherche également à capitaliser sur l’héritage disco du premier film. Le titre du film reprend celui d’un tube des Bee Gees, et la chanson “Stayin’ Alive” accompagne la scène finale comme un clin d’œil appuyé à la mythologie de la saga.

Enfin, d’un point de vue industriel, le film reste un succès commercial notable : sorti le 15 juillet 1983, il engrange 127 millions de dollars pour un budget de 22 millions, preuve que la marque Tony Manero conserve alors un fort pouvoir d’attraction.

La réalisation de Sylvester Stallone constitue pourtant le principal écueil du film. Son style visuel, saturé de néons, de ralentis et de poses virilistes, écrase toute subtilité psychologique. Là où Saturday Night Fever captait une jeunesse en quête d’échappatoire social, Staying Alive ne montre qu’un individu autocentré, coupé de tout ancrage réaliste.

Le scénario est famélique, répétitif, et confond ambition artistique et autosatisfaction. Les personnages secondaires sont à peine esquissés, réduits à des fonctions décoratives. Même la romance peine à exister autrement que comme moteur artificiel de conflit.

La musique originale n’échappe pas à ce déséquilibre : si “Far from Over”, interprétée par Frank Stallone, atteint le Top 10 des classements américains, elle symbolise surtout un film plus préoccupé par le placement de tubes que par la cohérence émotionnelle de son récit.

Staying Alive s’adresse avant tout aux complétistes, aux curieux de trajectoires cinématographiques accidentées ou aux amateurs de cinéma pop des années 80 dans ce qu’il a de plus excessif. À voir davantage comme un objet de contraste que comme une véritable suite artistique, le film occupe une place marginale, presque embarrassante, dans l’histoire de Tony Manero et dans la filmographie de Sylvester Stallone.

Le film se comprend surtout en miroir de Saturday Night Fever (1977), dont il trahit l’esprit, et peut être comparé à d’autres suites des années 80 cherchant à capitaliser sur un succès sans en retrouver la profondeur, comme Grease 2 (1982).

Peut-on prolonger un personnage iconique sans le priver de son contexte social et de sa charge symbolique ? Staying Alive pose, malgré lui, la question de la frontière entre évolution narrative et récupération commerciale.

Suite illégitime ou curiosité symptomatique de son époque, Staying Alive divise encore par son approche radicalement opposée à celle de son modèle. Faut-il y voir une trahison ou le reflet sincère des années 80 triomphantes ? La discussion est ouverte en commentaire.


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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