
Le temps perdu comme tragédie…
Verdict d’entrée
Œuvre-somme, Once Upon a Time in America est le chant du cygne d’un cinéaste au sommet de son art. Sergio Leone y sublime le film de gangsters en une méditation vertigineuse sur le temps, la mémoire et la culpabilité, portée par une mise en scène d’une ampleur rare et des interprétations inoubliables.
Note : 9/10
Synopsis (sans spoiler)
De l’enfance misérable dans les quartiers juifs de New York à l’âge adulte rongé par les regrets, le film suit Noodles et ses amis, gangsters liés par une amitié fondatrice. À travers une narration éclatée, Sergio Leone recompose une vie faite d’ascensions criminelles, d’amours impossibles et de trahisons irréversibles.
Les atouts majeurs
Le premier atout tient à l’ambition narrative. Adapté du roman semi-autobiographique The Hoods (1952) de Harry Grey, le film refuse toute linéarité confortable. Sergio Leone fragmente le récit en strates temporelles qui se répondent, donnant à la mémoire un statut dramatique central. Ce choix formel transforme le polar en tragédie du souvenir, où chaque scène semble contaminée par la nostalgie et le remords.
La mise en scène atteint un niveau de maîtrise exceptionnel. Fidèle à son sens du cadre et du rythme hérité de la trilogie du dollar, Sergio Leone étire le temps, multiplie les silences et confère aux regards une force narrative équivalente aux dialogues. La photographie de Tonino Delli Colli enveloppe New York d’une mélancolie crépusculaire, tandis que la musique d’Ennio Morricone, l’une de ses partitions les plus bouleversantes, agit comme une mémoire sonore obsédante.

Les acteurs participent pleinement à cette grandeur. Robert De Niro incarne Noodles avec une intériorité douloureuse, tandis que James Woods compose un Max ambigu, fascinant et inquiétant. Autour d’eux, Elizabeth McGovern apporte une fragilité lumineuse à un personnage féminin tragiquement inaccessible.
Les faiblesses et limites
L’ampleur même du film peut constituer un obstacle. Dans sa version longue européenne (3h49), la densité narrative exige une attention soutenue et une disponibilité émotionnelle totale. Certains spectateurs pourront ressentir une distance, voire une froideur, face à des personnages volontairement opaques. Par ailleurs, la représentation de certaines relations, notamment sexuelles, suscite aujourd’hui des débats légitimes sur le regard porté par Sergio Leone, oscillant entre romantisation tragique et malaise moral.
Conclusion et recommandation
Dernier film de Sergio Leone, et premier long métrage après treize ans de silence, Once Upon a Time in America s’impose comme une pierre angulaire du cinéma de gangsters, aux côtés de The Godfather (1972). À découvrir impérativement dans sa version européenne, dans un contexte de visionnage propice à l’immersion. Il s’adresse aux cinéphiles patients, sensibles aux récits amples et aux œuvres qui privilégient la résonance émotionnelle à l’efficacité immédiate.
Pistes de réflexion
Le film est-il le récit objectif d’une vie criminelle ou la reconstruction subjective d’un homme prisonnier de ses regrets ? La fragmentation du temps ne serait-elle pas la véritable arme tragique de Sergio Leone, transformant le souvenir en condamnation éternelle ?
À vous de juger
Œuvre sur la fidélité et la trahison, Once Upon a Time in America interroge moins le crime que le poids du passé et l’impossibilité de réparer ses fautes. Reste à savoir si cette mémoire fragmentée éclaire la vérité ou la déforme à jamais. La discussion est ouverte en commentaire.
Bande-annonce
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