
La nuit où la loyauté se fissure…
Verdict d’entrée
Avec The Rip, Joe Carnahan signe un retour inattendu mais salutaire à un cinéma de tension sèche et morale trouble. Loin de la surenchère pyrotechnique, le film privilégie l’étau psychologique, porté par un scénario dense et un casting en état de grâce. Un thriller nocturne imparfait mais stimulé par une vraie ambition de mise en scène et d’écriture.
Note : 8 / 10
Synopsis (sans spoiler)
Le temps d’une nuit, une unité de police est confrontée à un coup risqué dont les ramifications menacent de faire imploser le groupe de l’intérieur. Entre mensonges, non-dits et loyautés fragiles, chaque décision devient suspecte. The Rip enferme ses personnages dans un huis clos où la vérité circule comme une arme.
Les atouts majeurs
Le retour en forme de Joe Carnahan
Après plusieurs œuvres inégales, Carnahan semble renouer ici avec ce qui faisait la force de Narc (2002) ou Le Territoire des loups (2011) : une tension progressive, presque suffocante, et une fascination pour les zones grises de la morale. La mise en scène privilégie les espaces confinés, les regards lourds de sens et une temporalité resserrée. Cette économie de moyens renforce l’impact dramatique et donne au film une identité claire, loin des automatismes du thriller d’action contemporain.
Un scénario et des dialogues au-dessus du lot
Coécrit avec Michael McGrale, le script s’impose comme l’un des véritables moteurs du film. Les dialogues, chargés de jargon policier crédible, dessinent un univers professionnel opaque, où chaque mot peut trahir une intention cachée. La narration joue habilement avec les informations contradictoires, installant une paranoïa diffuse qui évoque autant le jeu du Loup-garou que certains thrillers de Michael Mann (Heat – 1995). Si quelques fausses pistes sont un peu appuyées, l’ensemble reste remarquablement tenu.
L’alchimie du casting
La complicité entre Matt Damon et Ben Affleck constitue l’un des piliers émotionnels du film. Leur relation, faite de non-dits et de confiance fragile, donne chair aux enjeux moraux du récit. Autour d’eux, Steven Yeun, Teyana Taylor et Sasha Calle apportent une intensité bienvenue, incarnant des figures secondaires qui, même lorsqu’elles sont esquissées, contribuent à la tension collective. Cette solidité interprétative compense largement certaines limites visuelles du film.
Les faiblesses et limites
Un climax visuellement brouillon
Si la montée en tension est maîtrisée, le dénouement souffre d’un excès de chaos visuel. Le montage alterné est ingénieux sur le papier, mais la lisibilité de l’action s’en trouve parfois affectée. Carnahan semble hésiter entre sa volonté de sobriété et les réflexes plus tapageurs du cinéma d’action moderne.
Des archétypes persistants
Malgré la qualité de l’écriture, certains personnages secondaires restent cantonnés à des fonctions répétitives. Ces figures archétypales, fréquentes dans le genre, nuisent ponctuellement à la fluidité narrative et rappellent que The Rip n’échappe pas totalement aux codes qu’il cherche pourtant à dépasser.
La question du budget
Avec un budget estimé à 100 millions de dollars, le film interroge. Le dispositif narratif, très resserré et quasi claustrophobe, donne parfois l’impression d’une série B luxueuse, dont les ambitions financières dépassent légèrement les besoins artistiques.
Conclusion et recommandation
The Rip s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers psychologiques et de récits de groupe minés par la suspicion. Idéal pour un visionnage nocturne, le film trouve une place intéressante dans la filmographie de Carnahan : celle d’un retour à une tension plus adulte, moins démonstrative. Malgré des imperfections techniques, il confirme que le cinéaste n’a rien perdu de son sens du rythme et de son goût pour les dilemmes moraux.
En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Vu hier soir, j’ai un peu le même ressenti, beaucoup aimé en tout cas. C’est vrai que le final est brouillon niveau action, mais je l’ai pris comme un choix en fait, pour coller à l’ambiance chaotique et aux très longs moments de doute qu’il y avait avant. J’étais par contre plus surpris de voir Scott Adkins ne même pas distribuer une seule mandale, déception là haha. Mais un très bon polar, dont le budget a dû partir dans les acteurs en tout cas, car autant il y a du très gros casting principal, mais même les rôles secondaires, on a Kyle Chandler, Scott Adkins et d’autres.
Pour le premier film de 2026 que je vois en tout cas, je suis bien content que ce soit une aussi bonne pioche.
J’aimeAimé par 1 personne
Publié par Rick | 17/01/2026, 20 08 06 01061Merci Rick, ravi qu’on se rejoigne sur le ressenti 👍
Je te rejoins totalement sur le final : brouillon, oui, mais pas incohérent pour autant. Ton interprétation tient la route, surtout après toute cette montée en tension basée sur le doute et la paranoïa — le chaos devient presque logique à ce stade.
Et je plaide coupable 😄 : voir Scott Adkins sans distribuer la moindre mandale, c’est clairement une anomalie cinéphile ! Mais ça participe aussi à cette idée d’un polar plus mental que physique.
En tout cas, casting dingue jusque dans les seconds rôles, et c’est effectivement une première pioche sympathique pour 2026, on ne pouvait pas espérer un meilleur départ.
Hâte d’échanger sur les prochaines sorties de l’année !
J’aimeAimé par 1 personne
Publié par Olivier Demangeon | 17/01/2026, 20 08 17 01171