
La défiance comme dernier refuge…
Verdict d’entrée
Œuvre mal aimée à sa sortie, The Thing s’impose aujourd’hui comme une expérience radicale, où la terreur naît moins des monstres que de l’impossibilité de faire confiance. En alliant une mise en scène d’une rigueur clinique à un pessimisme sans concession, John Carpenter signe un film qui dissèque l’angoisse collective avec une précision glaçante.
Note : 9/10
Synopsis (sans spoiler)
En Antarctique, une équipe de chercheurs américains se retrouve confrontée à une entité extraterrestre capable d’imiter parfaitement toute forme de vie. Coupés du monde par l’hiver polaire, les hommes doivent identifier l’ennemi avant qu’il ne les assimile tous. Le danger n’est pas seulement extérieur : il s’insinue au cœur du groupe, rendant chaque regard suspect.
Les atouts majeurs
Une mise en scène de la paranoïa.
John Carpenter filme l’espace comme une prison mentale. Les couloirs étroits, les pièces communes, les plans larges sur l’immensité blanche composent un paradoxe visuel : plus l’environnement est ouvert, plus les personnages étouffent. La caméra de Dean Cundey privilégie une lisibilité constante, refusant l’esbroufe pour installer une tension durable. Cette clarté visuelle renforce l’horreur : tout est visible, donc rien n’est rassurant.
Un groupe plutôt qu’un héros.
Si Kurt Russell incarne un MacReady charismatique, le film se distingue par son approche chorale. Chaque personnage est défini par sa fonction plus que par sa psychologie, ce qui accentue la déshumanisation progressive du groupe. John Carpenter observe comment la peur dissout toute solidarité, transformant la communauté en agrégat d’individus méfiants.
Des effets spéciaux comme manifeste.
Les créatures conçues par Rob Bottin ne cherchent pas la joliesse mais la rupture. Chairs qui se déchirent, corps qui se recomposent : l’horreur est frontale, presque obscène, mais jamais gratuite. Elle matérialise l’idée centrale du film : l’identité est instable, le corps n’est qu’une enveloppe trompeuse. Cette approche tranche avec l’optimisme technologique d’E.T. ou l’émerveillement futuriste de Tron, sortis la même année.
Une musique contre-intuitive.
La partition minimaliste d’Ennio Morricone repose sur des pulsations sourdes, presque mécaniques. Loin de souligner l’action, elle installe une fatalité implacable, annonçant l’échec possible de toute tentative de survie.
Les faiblesses et limites
Le refus délibéré de l’identification émotionnelle peut créer une distance chez certains spectateurs. John Carpenter ne cherche jamais à attendrir ni à rassurer : l’absence de personnages véritablement empathiques rend l’expérience éprouvante. De plus, certaines scènes d’exposition scientifique, volontairement sèches, ralentissent légèrement le premier acte, au risque de désarçonner un public en quête d’un rythme plus spectaculaire.
Conclusion et recommandation
Aujourd’hui reconnu comme un pilier du cinéma d’horreur, The Thing a connu une réhabilitation critique exemplaire. Dès les années 1990, Peter Nicholls évoquait déjà un futur classique, intuition confirmée par son statut de film culte et sa présence dans 1001 Movies You Must See Before You Die. Son influence irrigue aussi bien The X-Files que Stranger Things, ou encore des jeux comme Among Us.
De nombreux cinéastes, de Guillermo del Toro à Quentin Tarantino, ont revendiqué son héritage. Tarantino en a même prolongé l’esprit avec Les Huit Salopards, reprenant la paranoïa d’un groupe confiné et certaines compositions de Morricone.
À privilégier dans un contexte de visionnage attentif — idéalement en salle ou dans une pièce plongée dans le noir — The Thing s’adresse aux spectateurs curieux d’un cinéma d’horreur adulte, conceptuel et profondément nihiliste. Plus qu’un simple film de genre, il demeure l’une des propositions les plus cohérentes et dérangeantes de la filmographie de John Carpenter, et l’un des sommets indépassables de l’horreur moderne.
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Analyse parfaite, impeccablement ciselée dans un bloc de glace. Rappelons que « The Thing » est aussi l’adaptation du roman « Who goes there? » Et le remake du film de Christian Nyby sorti en pleine période de chasse aux sorcières.
La version de Carpenter, comme tu l’as très bien dit, propose une approche plus organique, terriblement novatrice et magistralement mise en scène par un Carpenter très inspiré. C’est aussi sa réponse au succès de « Alien » pondu par son vieux rival Dan O’Bannon. Une réplique qui, en effet, sera à contamination lente puisque la reconnaissance tardera à venir.
« The Thing » est incontestablement un de mes Carpenter préférés.
Au passage, je recommande l’excellent jeu de plateau qui a été tiré du film, une merveille d’adaptation aux ambiances paranoïaques.
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Publié par princecranoir | 16/01/2026, 17 05 43 01431Merci beaucoup pour ce retour, vraiment.
Tu fais bien de rappeler que Who Goes There? est la matrice de tout, et que le film de Christian Nyby s’inscrivait déjà dans un contexte politique très chargé. John Carpenter, lui, déplace clairement le curseur : moins idéologique, plus viscéral, plus organique, comme tu le soulignes parfaitement.
La filiation avec Alien est passionnante, d’autant plus qu’elle passe par Dan O’Bannon. Carpenter ne copie pas, il répond — avec sa grammaire, son pessimisme et cette obsession de la contamination lente, presque invisible. Et oui, la reconnaissance tardive fait partie intégrante de la légende du film.
Entièrement d’accord aussi sur le jeu de plateau : une adaptation brillante qui a compris que The Thing, avant d’être une créature, est avant tout une mécanique de paranoïa.
Ravi de savoir que ce film figure parmi tes Carpenter préférés — on est clairement nombreux dans ce cas aujourd’hui !
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Publié par Olivier Demangeon | 16/01/2026, 22 10 25 01251Clairement l’un de mes films cultes ❤️
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Publié par Vampilou fait son Cinéma | 16/01/2026, 20 08 24 01241❤️ Difficile de ne pas le comprendre !
The Thing fait partie de ces films qui grandissent avec le temps et marquent durablement.
Ravi qu’il fasse partie de tes cultes — tu l’as découvert à sa sortie ou bien plus tard ?
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Publié par Olivier Demangeon | 16/01/2026, 22 10 26 01261