
Wesley Snipes en mercenaire solitaire au cœur de The Detonator (2006), thriller d’action signé Po-Chih Leong.
Explosion programmée, cinéma désamorcé…
Verdict d’entrée
The Detonator (2006) illustre à la perfection ce que le cinéma d’action de seconde zone peut produire de plus mécanique : une accumulation de clichés, une mise en scène tapageuse et une intrigue si artificiellement complexe qu’elle finit par s’auto-saboter. Malgré la présence de Wesley Snipes, le film ne parvient jamais à transformer ses intentions en spectacle cohérent.
Synopsis (sans spoiler)
Ancien agent au passé trouble, Sonni Griffith est chargé d’escorter une femme liée à un secret explosif à travers l’Europe de l’Est. Traqué par diverses factions criminelles et des forces obscures aux motivations floues, il doit survivre à une succession de poursuites, de trahisons et de révélations censées éclairer son traumatisme personnel.
Les atouts majeurs
S’il faut chercher des qualités, elles résident davantage dans l’intention que dans le résultat. Po-Chih Leong tente visiblement de dynamiser un scénario paresseux par une mise en scène nerveuse : ralentis appuyés, montages clippés, angles de caméra agressifs. Ces choix évoquent, dans l’absolu, le cinéma d’action post-Tony Scott, notamment Man on Fire (2004), où l’excès visuel participait à une fièvre émotionnelle.
Le film exploite également une imagerie d’Europe de l’Est alors très prisée, héritière des productions à la Taken (2008, même si postérieur) ou Behind Enemy Lines (2001). Les décors roumains apportent une rugosité industrielle et urbaine qui, sur le papier, pouvait servir une atmosphère de menace constante. Enfin, la présence de Silvia Colloca tente d’introduire un vernis glamour, indispensable ingrédient du genre.
Les faiblesses et limites
C’est précisément là que The Detonator s’effondre. La mise en scène de Po-Chih Leong ne soutient jamais le récit : elle le remplace. Les ralentis et le montage saccadé ne soulignent aucune émotion, ils masquent l’absence de logique interne. Les scènes d’action, pourtant censées être le cœur battant du film, sont exagérées jusqu’à l’illisibilité : poursuites confuses, gunfights sans géographie claire, explosions déconnectées de tout enjeu dramatique.
Le scénario repose sur une équation cynique : prendre Wesley Snipes pour les muscles et le charisme supposé, des méchants roumains interchangeables, une Roumanie réduite à un décor low-cost, une “bombasse” brune pour l’ornement et un vieux traumatisme pour donner l’illusion de profondeur. Cette formule donne un film où chaque élément est fonctionnel, jamais incarné. Wesley Snipes, ici en pilote automatique, n’offre ni la rage contrôlée de Passenger 57 (1992) ni la présence physique de Blade (1998). Les seconds rôles, notamment Tim Dutton et William Hope, semblent perdus dans une intrigue inutilement alambiquée, où les révélations s’empilent sans jamais enrichir le propos.
Le plus problématique reste l’écriture : la complexité artificielle du récit n’est pas synonyme de densité. Les motivations changent au gré des scènes, certaines sous-intrigues apparaissent pour disparaître aussitôt, et le traumatisme du héros n’est qu’un alibi scénaristique, jamais exploré avec sincérité.
Conclusion et recommandation
The Detonator s’adresse avant tout aux complétistes du cinéma d’action des années 2000 ou aux amateurs de curiosités ratées. Une découverte en streaming, à distance critique, semble le cadre le plus approprié. Dans la filmographie de Po-Chih Leong, le film confirme les limites de ses incursions occidentales, tandis que, dans celle de Wesley Snipes, il marque une période de déclin créatif, loin des sommets qui avaient fait sa réputation. Un objet bruyant, interchangeable, et finalement parfaitement oubliable.
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