
Cerveau de pierre, cœur mécanique : l’espionnage sous algorithme…
Verdict d’entrée
Heart of Stone ambitionne de conjuguer le spectaculaire de l’espionnage contemporain et les angoisses technologiques liées à l’intelligence artificielle. Le résultat est un divertissement solide, impeccablement produit, mais prisonnier d’un moule trop familier pour réellement marquer le genre.
Note : 7/10
Synopsis (sans spoiler)
Rachel Stone est une agente opérant dans l’ombre d’une organisation secrète chargée de préserver l’équilibre mondial grâce à une technologie d’intelligence artificielle surpuissante. Lorsqu’une mission tourne mal, cette entité numérique devient l’enjeu d’une course contre-la-montre internationale, opposant services clandestins, mercenaires et ambitions personnelles.
Les atouts majeurs
La première réussite de Heart of Stone tient à son professionnalisme formel. Le réalisateur Tom Harper maîtrise parfaitement les codes du thriller d’action globalisé : décors internationaux, montage nerveux, chorégraphies lisibles et effets numériques omniprésents. Le budget conséquent – environ 150 millions de dollars, l’un des plus élevés jamais alloués par Netflix à un film original – se ressent à chaque instant, notamment dans des séquences d’action spectaculaires, pensées pour le grand écran malgré une diffusion exclusivement en streaming.
Le point central du récit, à savoir la toute-puissance de l’intelligence artificielle lorsqu’elle tombe entre de mauvaises mains, constitue également un axe thématique pertinent. Le film explore la dépendance croissante des systèmes de sécurité mondiaux à un algorithme supposé infaillible, soulevant des questions intéressantes sur la délégation du pouvoir décisionnel à la machine. Sans être approfondie de manière philosophique, cette idée confère au film une assise contemporaine bienvenue, en écho aux inquiétudes actuelles sur la cybersécurité et la surveillance globale.
Côté interprétation, Gal Gadot livre une performance efficace dans un rôle taillé pour elle : une agente physiquement crédible, déterminée, mais dotée d’un minimum d’intériorité émotionnelle. Autour d’elle, Jamie Dornan et Alia Bhatt apportent un contrepoint appréciable, incarnant des figures plus ambiguës, même si leurs arcs narratifs restent parfois sous-exploités.
Les faiblesses et limites
Le principal écueil de Heart of Stone réside dans son manque criant de singularité. Malgré son vernis technologique, le film aligne une succession de scènes d’action qui évoquent systématiquement des références plus marquantes, au premier rang desquelles Mission: Impossible – Fallout (2018) de Christopher McQuarrie. Poursuites aériennes, infiltrations ultra-sécurisées, gadgets futuristes : tout est exécuté avec compétence, mais rarement avec surprise.
Le traitement de l’intelligence artificielle, pourtant central, demeure fonctionnel plutôt que réellement interrogatif. Là où des œuvres comme Ex Machina (2014) d’Alex Garland ou Her (2013) de Spike Jonze exploraient les implications morales et existentielles de la technologie, Heart of Stone se contente d’en faire un MacGuffin sophistiqué, moteur de l’action mais peu nourri sur le plan conceptuel.
Enfin, certaines sous-intrigues – notamment les motivations profondes de certains antagonistes – restent inabouties, donnant parfois l’impression que le scénario privilégie l’enchaînement des morceaux de bravoure au détriment de la densité dramatique.
Conclusion et recommandation
Heart of Stone s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers d’action calibrés, à apprécier dans un contexte de visionnage détendu, idéalement sur grand écran domestique pour profiter de sa débauche visuelle. Dans la filmographie de Tom Harper, le film marque une incursion assumée dans le blockbuster international, sans toutefois renouveler les codes du genre espionnage.
Sorti le 11 août 2023, le film a rencontré un succès public indéniable, se hissant à la deuxième place des films les plus visionnés sur Netflix au second semestre 2023, avec près de 110 millions de vues. Ce décalage entre réception critique mitigée et popularité massive illustre parfaitement la nature de l’œuvre : un produit spectaculaire, efficace, mais dont le cœur reste trop mécanique pour battre durablement dans la mémoire du spectateur averti.
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