
La naissance douloureuse d’un mythe américain…
Verdict d’entrée
Souvent réduit, à tort, à l’acte fondateur d’une saga musclée, First Blood est avant tout un film âpre, tendu et profondément mélancolique. Derrière le thriller d’action se cache une œuvre politique et humaine, qui observe l’Amérique du début des années 1980 à travers le regard brisé d’un vétéran abandonné.
Synopsis (sans spoiler)
John Rambo, ancien soldat des forces spéciales, erre sur les routes des États-Unis à la recherche d’un ancien frère d’armes. Son passage dans une petite ville de l’État de Washington déclenche une confrontation avec les autorités locales, dont l’incompréhension et la brutalité réveillent chez lui des traumatismes enfouis. Ce qui débute comme un simple contrôle dégénère rapidement en une traque à grande échelle.
Les atouts majeurs
La première force de First Blood réside dans sa tonalité résolument sombre. Ted Kotcheff signe une mise en scène sèche, presque clinique, qui refuse toute glorification héroïque. Les paysages forestiers deviennent un terrain de survie hostile, filmé avec une rigueur quasi documentaire. La nature n’est pas un décor spectaculaire, mais une extension mentale du personnage principal, un espace où la guerre intérieure de Rambo se rejoue.
L’interprétation de Sylvester Stallone est centrale et trop souvent sous-estimée. Loin de la caricature du guerrier invincible popularisée par les suites, il compose ici un personnage mutique, fragile, traversé par des éclats de violence incontrôlable. Son corps, entraîné aux techniques de survie et au combat rapproché, confère au film une physicalité brute qui ancre chaque affrontement dans une logique de nécessité, non de spectacle.
Face à lui, Brian Dennehy impose un antagoniste d’une rare épaisseur. Le shérif Teasle n’est ni un monstre ni un simple obstacle narratif, mais un homme de pouvoir dépassé, prisonnier de son orgueil et de sa vision étriquée de l’ordre. Richard Crenna, dans le rôle du colonel Trautman, apporte quant à lui une gravité crépusculaire, incarnant la responsabilité morale d’un système qui a créé Rambo avant de l’abandonner.
Le film s’inscrit également dans une relecture critique du mythe du vétéran, dans la lignée d’œuvres comme Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese ou Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino. À travers Rambo, First Blood questionne frontalement la place des anciens soldats du Vietnam dans une société qui préfère les oublier.
Les faiblesses et limites
Si le film impressionne par sa cohérence, certains choix scénaristiques trahissent néanmoins son origine de thriller commercial. Les forces de l’ordre secondaires manquent parfois d’individualisation, réduites à une masse fonctionnelle destinée à alimenter la tension. De même, la symbolique du récit, volontairement appuyée dans son dernier acte, peut sembler explicative là où la mise en scène suggérait jusque-là avec plus de subtilité.
Enfin, le rythme, globalement maîtrisé, s’autorise quelques accélérations abruptes, notamment dans la transition entre la traque rurale et le final urbain, qui resserre brutalement l’espace dramatique.
Conclusion et recommandation*
Sorti le 22 octobre 1982, First Blood fut accueilli fraîchement par une partie de la critique avant de devenir un immense succès commercial, rapportant plus de 125 millions de dollars et s’imposant comme un jalon du cinéma d’action moderne. Premier blockbuster hollywoodien projeté en Chine en 1985, il a depuis été largement réévalué pour la richesse de son propos et la justesse de ses interprétations.
À recommander à un public curieux de redécouvrir Rambo sous un jour authentiquement tragique, First Blood se savoure idéalement en salle ou dans de bonnes conditions domestiques, afin de pleinement ressentir sa tension et son atmosphère. Dans la filmographie de Sylvester Stallone comme dans l’histoire du cinéma d’action, il demeure une œuvre fondatrice, bien plus proche du drame psychologique que du simple divertissement musclé, et dont les suites, à partir de Rambo: First Blood Part II (1985), n’exploreront qu’une facette plus spectaculaire et idéologiquement simplifiée.
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