
Le pouvoir en héritage : quand l’Amérique se raconte à travers le crime…
Verdict d’entrée
Avec The Godfather, Francis Ford Coppola signe bien plus qu’un film de gangsters : une tragédie américaine d’une ampleur rare, où la chronique criminelle devient un miroir moral, politique et familial. À la fois fresque intime et mythe fondateur, Le Parrain impose une vision du pouvoir dont l’écho résonne encore aujourd’hui.
Synopsis (sans spoiler)
Au tournant des années 1940, la famille Corleone règne sur une partie du crime organisé new-yorkais sous l’autorité de Don Vito Corleone. Lorsqu’un refus stratégique bouleverse l’équilibre fragile entre les familles mafieuses, la violence s’invite dans la sphère privée. En marge de ce monde, Michael Corleone, le fils cadet, se retrouve peu à peu aspiré par un héritage qu’il croyait pouvoir éviter.
Les atouts majeurs
Une réinvention du film de gangsters
Jusqu’alors dominé par l’énergie brute de Scarface (1932) ou le romantisme criminel de The Public Enemy (1931), le genre trouve ici une profondeur inédite. Francis Ford Coppola ralentit le tempo, privilégie l’observation et fait du crime un système social. Le film doit autant à la tragédie classique qu’au polar moderne, évoquant parfois la rigueur morale de On the Waterfront (1954) d’Elia Kazan.
Une mise en scène d’une précision souveraine
La photographie de Gordon Willis, surnommé “le prince des ténèbres”, impose une esthétique crépusculaire : visages mangés par l’ombre, intérieurs feutrés, pénombres qui traduisent visuellement la corruption morale. Chaque plan est composé comme un tableau, où le hors-champ et le silence ont autant de poids que les dialogues.
Des interprétations devenues légendaires
La performance de Marlon Brando redéfinit l’autorité à l’écran : une voix éraillée, un corps affaibli, une douceur paradoxale qui rend la violence plus glaçante encore. Face à lui, Al Pacino orchestre l’une des plus impressionnantes métamorphoses du cinéma américain, passant d’une réserve presque effacée à une froideur calculatrice, sans jamais forcer le trait. James Caan, Robert Duvall et Diane Keaton complètent un ensemble d’une cohérence remarquable.
Une musique devenue langage universel
La partition de Nino Rota, enrichie par Carmine Coppola, agit comme une mémoire émotionnelle. Le thème principal, d’une mélancolie funèbre, inscrit la saga dans une dimension presque mythologique, reliant l’Ancien Monde sicilien à l’Amérique moderne.
Un ancrage historique et industriel majeur
Succès planétaire, Le Parrain devient en 1972 le film le plus lucratif de l’année, pulvérisant les records du box-office. Acclamé par la critique, il est immédiatement perçu comme un jalon du cinéma américain et du genre gangster. Le tournage, principalement à New York et en Sicile, est achevé en avance, défiant les nombreux obstacles de production qui auraient pu le condamner.
Les faiblesses et limites
La richesse même du film peut, pour certains spectateurs contemporains, devenir un point de friction. Le rythme délibérément posé, notamment dans son premier tiers, exige une attention soutenue et une acceptation de la durée. Certaines figures féminines, volontairement reléguées à la périphérie du récit, incarnent davantage une fonction symbolique qu’une véritable autonomie dramatique, reflet assumé mais daté du regard porté sur ce milieu.
Conclusion et recommandation
Le Parrain s’adresse autant au cinéphile averti qu’au spectateur curieux de comprendre comment Hollywood a basculé dans une ère plus adulte au début des années 1970, aux côtés de The French Connection (1971) de William Friedkin. Vision idéale : la salle, pour apprécier pleinement la composition sonore et la densité visuelle, mais une découverte en streaming reste précieuse à condition de lui accorder une attention totale.
Couronné lors de la 45e cérémonie des Oscars (meilleur film, meilleur acteur pour Brando, meilleur scénario adapté pour Francis Ford Coppola et Mario Puzo), le film lance durablement la carrière de Francis Ford Coppola et de Pacino. Classé deuxième meilleur film américain par l’American Film Institute, conservé au Registre national du film en 1990, il engendrera The Godfather Part II (1974) et The Godfather Part III (1990).
Plus qu’un classique, Le Parrain demeure une leçon de cinéma : celle d’un art capable de transformer une histoire de criminels en une méditation universelle sur le pouvoir, la famille et le prix de la loyauté.
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