
Quand le chasseur devient le regard…
Verdict d’entrée
Avec Predator : Badlands, Dan Trachtenberg signe une proposition audacieuse et étonnamment émotive, qui renouvelle en profondeur une franchise souvent prisonnière de ses propres codes. En inversant radicalement le point de vue et en assumant une narration presque dénuée d’humanité au sens littéral, le film parvient à conjuguer spectacle viscéral, clarté dramaturgique et véritable empathie.
Synopsis (sans spoiler)
Dans un territoire hostile et minéral, un Predator isolé se retrouve engagé dans une trajectoire de survie et d’affrontement qui dépasse la simple logique de la chasse. Privé de tout repère familier, il doit composer avec des règles inédites, des adversaires imprévisibles et une quête qui prend progressivement une dimension presque initiatique.
Les atouts majeurs

Predator – Badlands (2025)
Le geste fondateur de Badlands réside dans son renversement de perspective. Dan Trachtenberg ose filmer la franchise comme si Terminator 2 : Judgment Day avait été entièrement raconté du point de vue du T-800 : un récit d’action mené par une créature perçue jusque-là comme purement prédatrice. Ce choix narratif, loin d’être un simple gimmick, irrigue toute la mise en scène. La caméra épouse le regard, les stratégies et même les hésitations du chasseur, transformant l’expérience spectatorielle en immersion subjective.
Le scénario relève un défi a priori insensé : humaniser un film où aucun humain n’apparaît réellement. Par un travail précis sur le langage corporel, le rythme des actions et la hiérarchie interne des rituels Yautja, Badlands parvient à créer une empathie inattendue. Chaque blessure, chaque décision tactique a un poids dramatique tangible. On pense parfois à la rigueur quasi ethnographique de Apocalypt (2006) de Mel Gibson, dans sa manière de raconter un monde à travers ses propres codes, sans médiation explicative.
Sur le plan formel, le film impressionne par la lisibilité de ses scènes d’action. Dan Trachtenberg privilégie une géographie claire, des axes lisibles et une violence sèche, jamais gratuite. Les affrontements sont chorégraphiés avec une précision chirurgicale, rappelant par moments l’efficacité narrative de Mad Max: Fury Road (2015) de George Miller, mais transposée dans un univers plus silencieux et contemplatif. Une pointe d’humour, discrète mais bien dosée, vient parfois désamorcer la tension sans la diluer.
Enfin, les antagonistes se distinguent par leur originalité visuelle et conceptuelle. Loin de simples obstacles, ils participent pleinement à la réflexion du film sur la hiérarchie, l’honneur et la survie, enrichissant un univers souvent réduit à la seule brutalité.
Les faiblesses et limites
Cette audace formelle a toutefois un coût. Le choix d’une narration quasi muette et introspective peut dérouter les spectateurs attachés à une progression plus classique. Certaines séquences contemplatives, notamment dans le deuxième acte, étirent volontairement le temps et risquent de freiner l’adhésion de ceux qui attendent une escalade constante de l’action.
Par ailleurs, si l’humanisation du Predator est globalement réussie, elle frôle parfois l’anthropomorphisme symbolique. Quelques choix musicaux et cadrages appuyés suggèrent des intentions émotionnelles très lisibles, là où une plus grande ambiguïté aurait renforcé la puissance du propos.
Conclusion et recommandation
S’inscrivant dans la continuité qualitative amorcée par Dan Trachtenberg depuis Prey (2022), Predator : Badlands marque une étape décisive dans l’histoire de la franchise Predator. Le film a d’ailleurs trouvé son public, soutenu par des critiques globalement positives et un solide succès commercial avec 184,4 millions de dollars de recettes mondiales, preuve que l’audace peut encore rimer avec adhésion populaire.
Recommandé avant tout aux amateurs de science-fiction conceptuelle et d’action maîtrisée, Badlands se savoure idéalement sur grand écran, où sa mise en scène ample et son design sonore prennent toute leur dimension. Plus qu’un simple épisode de plus, il s’impose comme une relecture intelligente et courageuse d’un mythe cinématographique, rappelant que même les icônes les plus figées peuvent encore surprendre lorsqu’on ose changer de regard.
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