
La mécanique froide du monde, réglée comme une montre suisse…
Verdict d’entrée
Avec The Killer, David Fincher signe un thriller clinique, méthodique et volontairement désincarné, qui transforme l’errance morale d’un assassin en expérience de cinéma sensorielle. Derrière son apparente sécheresse se cache une réflexion ironique sur le contrôle, la routine et l’illusion de la maîtrise.
Synopsis (sans spoiler)
Un tueur à gages d’élite commet une erreur lors d’un contrat. Dès lors, il se retrouve engagé dans une trajectoire de représailles et de remise en question, non par vengeance aveugle, mais par fidélité à un code professionnel rigoureusement auto-imposé. The Killer suit cette fuite en avant à travers une narration intérieure obsessionnelle, où chaque geste est pensé, anticipé et disséqué.
Les atouts majeurs

The Killer (2023)
Une adaptation intelligemment transposée
Le film est adapté de la série de romans graphiques The Killer, écrite par Alexis Nolent (alias Matz) et illustrée par Luc Jacamon. David Fincher ne cherche pas la fidélité littérale, mais en capte l’essence : une voix intérieure omniprésente, un anti-héros vidé de toute illusion romantique, et un monde régi par des systèmes impersonnels. La bande dessinée devient ici un terrain d’expérimentation cinématographique, où la voix off remplace le phylactère avec une précision redoutable.
Michael Fassbender, instrument parfait
Dans le rôle principal, Michael Fassbender livre une composition d’une rigueur fascinante. Son assassin, adepte de yoga et de routines mentales, disserte aussi bien sur la morale que sur la musique de The Smiths, créant un contraste permanent entre violence froide et introspection presque absurde. Son visage fermé, impénétrable, devient une surface de projection idéale pour un personnage qui se veut invisible au monde, mais constamment en dialogue avec lui-même.
La mise en scène de l’attente et de l’apprentissage
L’un des choix les plus stimulants du film réside dans son usage du temps différé. David Fincher montre le tueur acheter méthodiquement une série d’objets dans un supermarché — outils, produits, accessoires — sans en révéler immédiatement l’usage. Ce n’est que dans les scènes suivantes que leur fonction apparaît, créant un suspense fondé non sur l’action, mais sur l’anticipation. Cette logique d’apprentissage progressif transforme chaque geste banal en promesse de violence, renforçant une tension narrative singulière.
Une esthétique de la précision
La réalisation est d’une propreté presque inhumaine : cadres géométriques, montage chirurgical, bande-son minimaliste. David Fincher poursuit ici la voie entamée avec Gone Girl (2014), mais en poussant plus loin encore la déshumanisation du récit. Le monde est un système, et l’homme un rouage faillible.
Les faiblesses et limites
Cette rigueur extrême peut aussi devenir un obstacle. Le film assume une distance émotionnelle qui laissera certains spectateurs sur le bord du chemin. Les personnages secondaires — malgré la présence magnétique de Tilda Swinton dans une confrontation mémorable — restent volontairement esquissés, parfois au détriment de l’impact dramatique. De plus, la répétition de la voix off, aussi brillante soit-elle, peut donner l’impression d’un exercice conceptuel qui se contemple lui-même.
Conclusion et recommandation
The Killer s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers cérébraux et de cinéma de mise en scène, plus qu’aux amateurs d’action pure. Idéalement découvert dans un contexte de visionnage attentif — salle obscure ou streaming dans le calme — le film s’inscrit comme une œuvre-miroir dans la filmographie de David Fincher, dialoguant avec Se7en (1995) et Zodiac (2007) par son obsession du contrôle et de la méthode. Froid, élégant et ironiquement existentiel, The Killer confirme que David Fincher reste l’un des plus fins anatomistes du chaos moderne.
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