
La fuite en avant d’un héros hanté…
Verdict d’entrée
Unstoppable intrigue par son point de départ psychologique et par la présence charismatique de Wesley Snipes, mais peine à transformer ses intentions en véritable moteur dramatique. Entre thriller mental et film d’action contrarié, l’ensemble avance à contretemps, laissant une impression de potentiel sous-exploité.
Synopsis (sans spoiler)
Anthony Stowe, ancien agent d’élite, est confronté à une série d’événements violents qui brouillent sa perception de la réalité. Traqué autant par ses ennemis que par ses propres traumatismes, il tente de distinguer le réel de l’illusion dans une course contre la montre urbaine. Le film adopte un point de vue subjectif, épousant l’état mental instable de son protagoniste.
Les atouts majeurs
Le premier mérite du film réside dans son approche du syndrome post-traumatique, rarement traité de front dans le cinéma d’action de série B du début des années 2000. Unstoppable choisit de faire du trouble mental de son héros non pas un simple élément de background, mais le cœur même de la narration. Les hallucinations, les ruptures de continuité et les réactions disproportionnées d’Anthony Stowe traduisent une volonté sincère de représenter un esprit fragmenté, même si le dispositif reste parfois maladroit.
Wesley Snipes compose un personnage fatigué, presque absent à lui-même, loin de l’assurance martiale de Blade (1998) ou de l’énergie brute de Demolition Man (1993). Cette retenue peut désarçonner, mais elle correspond à l’angle choisi : un corps en mouvement, un esprit à la dérive. La scène de la chute du camion hors de l’autoroute, point culminant du film, illustre bien ce que Unstoppable réussit ponctuellement : une mise en scène claire, lisible, où la tension naît de la situation plus que de la chorégraphie.
La présence d’Adewale Akinnuoye-Agbaje au casting apporte également une densité bienvenue. Son physique imposant et son regard opaque installent une menace latente, même si son personnage aurait mérité un développement plus substantiel.
Enfin, la production impressionne par son efficacité logistique : le film a été tourné en Bulgarie et à Los Angeles en seulement 42 jours, du 2 mars au 13 avril 2003. Cette contrainte se ressent dans une certaine économie de moyens, mais aussi dans une vraie fluidité des décors urbains.
Les faiblesses et limites
Le principal écueil du film réside dans ses dialogues oubliables et des raisonnements parfois tirés par les cheveux. Les explications censées clarifier les enjeux psychologiques ou narratifs arrivent souvent trop tard, ou sous forme de répliques appuyées, affaiblissant l’immersion.
L’action, quant à elle, reste étonnamment parcimonieuse : on compte à peine un véritable combat, le reste du métrage étant structuré autour de courses, de filatures et d’errances. Ce choix peut se défendre sur le papier, mais il frustre dans l’exécution, surtout pour un film vendu comme un thriller d’action.
La mise en scène de David Carson, plus habitué aux séries télévisées, manque parfois de relief cinématographique. Certaines séquences semblent conçues comme des transitions plutôt que comme de véritables moments de tension, diluant l’impact global.
Conclusion et recommandation
Unstoppable s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers psychologiques modestes, curieux de voir Wesley Snipes dans un registre plus introspectif. Le visionnage en streaming paraît le plus adapté, dans un contexte où l’on accepte un rythme inégal et une action en retrait.
Dans la filmographie de Snipes, le film fait figure de parenthèse expérimentale, tentant d’injecter une dimension mentale à un genre qui privilégie habituellement l’efficacité brute. Une tentative honorable, mais qui ne parvient jamais tout à fait à s’emballer.
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