
La Douleur des Ombres : Quand le mythe de La Llorona hante encore le cinéma.
Verdict d’entrée
The Curse of La Llorona tente de mêler mythologie mexicaine et horreur contemporaine, avec quelques jump scares efficacement chorégraphiés et une atmosphère parfois convaincante. Pourtant, derrière ces fulgurances, Michael Chaves peine à donner une réelle profondeur émotionnelle ou culturelle à une légende qui méritait mieux.
Synopsis (sans spoiler)
À Los Angeles, une assistante sociale et ses deux enfants se retrouvent pris pour cible par l’esprit vengeur de La Llorona, figure tragique issue du folklore mexicain. S’ouvre alors une lutte pour la survie, menée aux frontières du surnaturel, où le passé traumatique d’une légende se mêle aux peurs très contemporaines de la cellule familiale.
Les atouts majeurs
1. Une légende mexicaine qui conserve son pouvoir d’évocation
La principale force du film réside dans le choix d’adapter La Llorona, figure incontournable du folklore latino-américain. Le récit s’appuie sur un imaginaire puissant : le deuil dévastateur, la culpabilité irréparable, l’apparition fantomatique qui matérialise des blessures culturelles profondes. Certaines scènes, notamment celles qui font intervenir Marisol Ramirez sous les traits du spectre, captent cette dimension rituelle et quasi mythologique que Michael Chaves effleure davantage qu’il ne l’explore pleinement.
2. Une mise en scène qui privilégie l’efficacité
Michael Chaves – avant de rejoindre officiellement l’univers Conjuring – montre ici son goût pour une horreur scandée, construite autour du choc visuel et du rythme. Le film assume une grammaire de la terreur très codifiée : obscurité perforée par un mouvement brusque, silence suspendu avant l’attaque, montage serré qui rappelle parfois les effets d’horreur d’un James Wan. Les jump scares, bien que prévisibles pour un spectateur averti, sont exécutés avec suffisamment de précision pour provoquer une tension immédiate.
3. Interprétations solides dans un cadre limité
Linda Cardellini porte l’ensemble avec un sérieux qui évite au film de basculer dans la caricature. Raymond Cruz, quant à lui, offre une présence singulière, presque ascétique, dans un rôle de guérisseur qui évoque le cinéma de possession latino des années 70–80.
Les faiblesses et limites
1. Une mythologie sous-exploitée
La plus grande déception réside dans le traitement superficiel de la légende. Là où La Llorona aurait pu devenir le moteur d’une exploration culturelle riche – à l’image de ce que Jayro Bustamante fera brillamment un an plus tard avec La Llorona (2019) –, Michael Chaves réduit le mythe à un simple prétexte narratif. Le folklore demeure décoratif, jamais véritablement intégré aux enjeux dramatiques ou identitaires des personnages.
2. Un scénario trop mécanique
Le film aligne les étapes attendues d’un récit d’horreur américain contemporain sans véritable singularité : découverte du mal, isolement progressif, affrontement final. Le montage, parfois expéditif, sacrifie les transitions émotionnelles, si bien que la peur repose davantage sur la surprise que sur la construction d’un malaise durable.
3. Une appartenance discrète à l’univers Conjuring, mais sans en maîtriser les codes profonds
Bien qu’il s’inscrive en marge de la franchise, The Curse of La Llorona ne parvient ni à enrichir sa mythologie, ni à retrouver l’équilibre entre horreur gothique, ancrage religieux et tension psychologique qui a fait la force de James Wan. Ici, l’exercice semble davantage respecter un cahier des charges qu’exprimer une vision.
Conclusion et recommandation
The Curse of La Llorona séduira les amateurs de frayeurs rapides, de soirées cinéma entre amis ou de films horrifiques accessibles, sans excès de violence graphique. Ceux qui espéraient une réinterprétation ambitieuse de la légende mexicaine resteront sur leur faim, tant l’œuvre demeure cantonnée à une forme d’horreur standardisée. Dans la filmographie de Michael Chaves, il s’agit d’un prélude imparfait à ses réalisations ultérieures dans l’univers Conjuring, révélant un metteur en scène à l’aise dans l’instantané mais encore hésitant sur la profondeur.

En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Discussion
Pas encore de commentaire.