
L’Apocalypse intime, ou la survie à hauteur de cœur…
Verdict d’entrée
Mother/Android est un film de science-fiction dystopique qui choisit délibérément l’intime plutôt que le spectaculaire. Visuellement maîtrisé et émotionnellement investi, il peine toutefois à donner de l’épaisseur à son univers et à transformer ses promesses thématiques en véritable tension dramatique. Une œuvre touchante mais inégale, qui gagne à être regardée comme un drame humain avant d’être jugée comme un film d’anticipation.
Synopsis (sans spoiler)
Dans un futur proche, l’humanité est confrontée à une révolte violente des androïdes qui servaient jusque-là de main-d’œuvre docile. Georgia et Sam, un jeune couple en fuite, traversent un pays dévasté dans l’espoir d’atteindre un refuge sûr avant la naissance imminente de leur enfant. Leur voyage devient une course contre le temps, autant physique qu’émotionnelle.
Les atouts majeurs
Le principal mérite de Mother/Android réside dans son choix de focale. Plutôt que de développer une fresque dystopique à grande échelle, Mattson Tomlin privilégie une narration resserrée, presque claustrophobique, centrée sur la survie d’un couple et sur la peur primitive de voir un enfant naître dans un monde déjà condamné.
Ce recentrage donne naissance à un noyau émotionnel puissant, porté par l’interprétation habitée de Chloë Grace Moretz. Son personnage incarne une maternité anxieuse, tiraillée entre instinct de protection et sentiment d’impuissance. Le film fonctionne ainsi par fragments émotionnels : silences prolongés, regards chargés, scènes de fuite où la peur n’est jamais spectaculaire mais diffuse, presque épuisante.
Visuellement, Mother/Android transcende clairement ses limitations budgétaires. La mise en scène joue habilement sur les décors naturels, les éclairages froids et une direction artistique épurée qui évoque, par instants, la sécheresse d’un Children of Men (2006) d’Alfonso Cuarón — sans toutefois en atteindre la densité politique ni la virtuosité formelle. L’apocalypse y est sale, morne, silencieuse, davantage ressentie que montrée.
Les faiblesses et limites
C’est précisément dans ce déséquilibre entre l’émotion et le monde qui l’entoure que le film montre ses limites. L’univers dystopique est à peine esquissé : les raisons de la révolte des androïdes demeurent vagues, jamais clairement articulées, et les enjeux globaux du conflit restent flous. Cette absence de contextualisation empêche toute véritable réflexion sur la technologie, l’asservissement ou la responsabilité humaine — pourtant au cœur du genre.
De plus, cette focalisation quasi exclusive sur l’émotion peut devenir terriblement distrayante. À force de laisser de côté les détails logiques ou géopolitiques, le récit fragilise sa crédibilité. Certaines situations semblent survenir par nécessité dramatique plutôt que par cohérence interne, ce qui distend la tension au lieu de la renforcer.
Enfin, malgré une atmosphère globalement soignée, la réalisation n’est ni aussi immédiate ni aussi terrifiante qu’on pourrait l’imaginer. Les androïdes, pourtant au centre de la menace, manquent d’impact visuel et symbolique. Là où l’on attendrait une peur incarnée — à la manière de The Terminator (1984) de James Cameron — le film choisit une approche plus abstraite, parfois trop sage pour véritablement marquer.
Conclusion et recommandation
Mother/Android s’adresse avant tout aux spectateurs sensibles aux drames intimistes et prêts à accepter une science-fiction réduite à l’arrière-plan. Pour en apprécier pleinement la portée, il faut se concentrer sur la relation entre les personnages principaux et leur mission quasi archaïque : protéger un enfant à naître, coûte que coûte, en laissant volontairement de côté les zones d’ombre du récit.
Dans la filmographie encore naissante de Mattson Tomlin, ce film apparaît comme une œuvre de transition, révélatrice d’un auteur plus intéressé par l’émotion brute que par la construction d’univers complexes. À privilégier en streaming, dans un contexte propice à l’immersion émotionnelle, Mother/Android reste une expérience imparfaite mais sincère, où l’angoisse du futur se vit moins comme une menace technologique que comme une épreuve profondément humaine.
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