
La promesse d’un panthéon victorien, le naufrage d’un rêve steampunk…
Verdict d’entrée
Œuvre née d’un concept en or massif, The League of Extraordinary Gentlemen s’effondre sous le poids de ses propres maladresses. À force de raccourcis narratifs, de choix de mise en scène discutables et d’une direction artistique inaboutie, le film sacrifie ce qui aurait pu devenir une grande fresque d’aventure rétro-futuriste. Reste un objet curieux, parfois divertissant, souvent frustrant.
Synopsis (sans spoiler)
À la fin du XIXe siècle, un mystérieux complot menace l’équilibre géopolitique mondial. Pour y faire face, un agent secret recrute une équipe improbable composée de figures légendaires issues de la littérature victorienne. Ces héros, aux capacités hors normes, doivent unir leurs forces pour empêcher une catastrophe aux conséquences planétaires.
Les atouts majeurs
Le principal mérite du film réside dans son concept fondateur, hérité de la bande dessinée d’Alan Moore et Kevin O’Neill : un crossover littéraire avant l’heure, bien avant que le cinéma ne systématise les univers partagés. Voir se côtoyer Allan Quatermain, Mina Harker ou le Capitaine Nemo relève d’une idée profondément cinéphile, qui évoque autant le romanesque de Jules Verne que le gothique de Bram Stoker.
Dans ce cadre, Sean Connery impose une autorité naturelle indéniable. Dans ce qui restera son dernier rôle au cinéma avant sa retraite (et donc son chant du cygne sur grand écran), l’acteur apporte une gravité crépusculaire à Allan Quatermain. On sent chez lui une volonté de donner du poids moral à un personnage usé par l’Histoire, même lorsque le scénario ne lui en donne pas les moyens.
La direction artistique, malgré ses limites, mérite également d’être soulignée. Certains décors — Venise, les repaires secrets, les machines démesurées — témoignent d’une ambition steampunk sincère, parfois proche de l’imaginaire foisonnant de Metropolis (1927) ou de l’aventure pulp à la Sky Captain and the World of Tomorrow (2004). Les thèmes du progrès technologique incontrôlé et de l’hubris impérial, bien que survolés, s’inscrivent dans une tradition littéraire et cinématographique cohérente.
Les faiblesses et limites
Là où le film trébuche lourdement, c’est dans sa réalisation, confiée à Stephen Norrington, déjà responsable du très stylisé Blade (1998). Ici, la mise en scène manque de lisibilité et d’élan. Les scènes d’action s’enchaînent sans véritable montée dramatique, souvent découpées de manière confuse, ce qui nuit à l’impact émotionnel.
Le scénario souffre de problèmes structurels plus graves encore : motivations floues, enchaînements causaux approximatifs, personnages introduits puis sous-exploités. Certaines intrigues secondaires — notamment autour de la cohésion de l’équipe — sont abandonnées en cours de route, donnant l’impression d’un récit bricolé en post-production. Cette absence de logique interne empêche le spectateur de s’investir durablement.
Enfin, le film semble hésiter en permanence entre aventures familiales, blockbuster super-héroïque et fantaisie sombre, sans jamais trancher. Là où From Hell (2001) assumait pleinement son atmosphère oppressante, LXG édulcore ses enjeux, perdant ainsi la singularité qui faisait la force de son matériau d’origine.
Conclusion et recommandation
The League of Extraordinary Gentlemen s’adresse avant tout aux amateurs de concepts rétro et de curiosités cinématographiques imparfaites. Son visionnage est sans doute plus indulgent aujourd’hui, dans un contexte de streaming, que lors de sa sortie en salles en 2003. Dans l’histoire du cinéma de genre, il fait figure de chaînon manquant : précurseur mal maîtrisé des univers partagés modernes, annonçant autant leurs promesses que leurs dérives.
Malgré des critiques largement défavorables, le film fut un succès commercial notable, engrangeant plus de 179 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 78 millions. Un paradoxe qui résume bien LXG : une œuvre bancale, mais suffisamment séduisante sur le papier pour marquer durablement l’imaginaire collectif — ne serait-ce que comme un formidable « et si… » du cinéma d’aventure contemporain.
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