Crime - Policier, Mystère, Romance, Thriller

BASIC INSTINCT (1992) ★★★✮☆


Basic Instinct (1992)

 

Le vertige du désir, entre maîtrise formelle et vacuité morale…

Verdict d’entrée

Thriller érotique aussi célèbre que controversé, Basic Instinct fascine par sa puissance de mise en scène et par l’aura magnétique de Sharon Stone. Paul Verhoeven signe un objet de cinéma provocateur et viscéral, dont l’efficacité sensorielle masque difficilement une intrigue souvent fragile et volontairement racoleuse.

Synopsis (sans spoiler)

À San Francisco, un policier tourmenté enquête sur un meurtre particulièrement violent lié au milieu artistique. Rapidement, son investigation le mène vers une romancière brillante et sulfureuse, dont l’intelligence et la liberté sexuelle brouillent les frontières entre suspecte et manipulatrice. Entre attirance, méfiance et obsession, l’enquête devient un jeu dangereux où le désir perturbe la raison.

Les atouts majeurs

Basic Instinct (1992)

Basic Instinct (1992)

Dès les premières minutes, Paul Verhoeven transpose son savoir-faire du cinéma d’action dans un thriller psychosexuel assumé. Comme dans RoboCop (1987) ou Total Recall (1990), il privilégie l’impact immédiat, la frontalité et une violence stylisée. Ici, ces qualités irriguent une intrigue se voulant hitchcockienne, évoquant explicitement Vertigo (1958) ou Psycho (1960), sans jamais atteindre leur rigueur narrative. Peu importe : l’expérience est d’abord sensorielle, presque physique, et fonctionne à plein régime.

La mise en scène est d’une précision redoutable. Le découpage, le montage tendu et la musique obsédante de Jerry Goldsmith instaurent une atmosphère de menace permanente. Chaque scène est pensée comme une montée de tension, qu’elle passe par un interrogatoire, un échange verbal ou un face-à-face intime. Paul Verhoeven ne cherche pas la subtilité psychologique, mais l’effet brut.

Le film doit cependant l’essentiel de sa postérité à Sharon Stone. Catherine Tramell est devenue une icône des années 1990, mais réduire sa performance à une image serait injuste. Sharon Stone joue avec une ironie froide, capable de basculer du rire au mépris, de la provocation à une forme de vulnérabilité feinte. Elle comprend parfaitement la logique verhoevenienne : son personnage n’est pas réaliste, il est une figure, presque un fantasme cinématographique. Face à elle, Michael Douglas reprend son emploi d’homme puissant en déliquescence morale, déjà exploré dans Fatal Attraction (1987), avec une efficacité certes convenue mais toujours crédible.

Les faiblesses et limites

Si Basic Instinct séduit par sa forme, son scénario demeure son talon d’Achille. L’intrigue accumule les fausses pistes sans toujours en assumer les conséquences, laissant certaines sous-intrigues en suspens et des motivations psychologiques à peine esquissées. Là où Hitchcock construisait une mécanique implacable, Paul Verhoeven privilégie l’effet choc au détriment de la cohérence.

Le développement des personnages secondaires est minimal, parfois purement fonctionnel, ce qui affaiblit la portée dramatique de l’enquête. Cette superficialité narrative nourrit aussi les controverses qui ont accompagné le film : représentation caricaturale des relations homosexuelles, sexualité pensée avant tout comme un outil de provocation, et regard cynique qui frôle parfois l’exploitation. Ces choix, assumés par le cinéaste, interrogent moins qu’ils ne provoquent, ce qui limite la profondeur du propos.

Conclusion et recommandation

Basic Instinct s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers stylisés et de cinéma provocateur, conscients de ses excès comme de ses impasses. Idéalement découvert en salle ou dans de bonnes conditions de visionnage, il s’apprécie comme un objet emblématique des années 1990, à la croisée du film noir, du thriller érotique et du cinéma de la provocation.

Dans la filmographie de Paul Verhoeven, il constitue un jalon essentiel de sa période hollywoodienne, annonçant les ambiguïtés de Showgirls (1995). Film imparfait mais marquant, Basic Instinct reste moins une énigme à résoudre qu’une expérience à ressentir, entre fascination, malaise et plaisir coupable.

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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