
Quand la fièvre du stade vire à l’obsession…
Verdict d’entrée
Avec The Fan, Tony Scott s’aventure sur le terrain glissant du thriller psychologique, mêlant sport et obsession maladive. Le film intrigue par son malaise diffus et son sujet dérangeant, mais peine à transformer cette tension en véritable suspense. Une œuvre bancale, plus troublante qu’exaltante.
Synopsis (sans spoiler)
Gil Renard, représentant en ventes solitaire et passionné de baseball, voit son existence se désagréger tandis qu’il projette ses frustrations sur sa fascination pour Bobby Rayburn, star montante d’une équipe de San Francisco. Lorsque l’idolâtrie se mue en fixation toxique, le sport devient le théâtre d’un engrenage psychologique inquiétant, où la frontière entre admiration et possession se dissout.
Les atouts majeurs

The Fan (1998)
Le principal intérêt de The Fan réside dans son thème central : l’obsession. À travers le personnage de Gil, interprété par Robert De Niro, le film explore la manière dont l’échec personnel et l’isolement social peuvent nourrir une relation fantasmatique à une figure publique. Robert De Niro compose un personnage volontairement inconfortable, oscillant entre pathétique et menace latente, rappelant par instants l’aliénation de Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese, bien que sans la même profondeur psychologique.
La mise en scène de Tony Scott reste fidèle à son style flamboyant : caméra mobile, montage agressif, saturation des couleurs. Ce parti pris crée une atmosphère de fièvre permanente, cohérente avec la psyché instable du protagoniste. Certaines séquences de matchs exploitent efficacement la ferveur du stade, transformant la foule en caisse de résonance émotionnelle.
La bande originale, signée Hans Zimmer, accompagne cette tension de nappes synthétiques insistantes. Sans être mémorable, elle participe à l’oppression constante du récit, soulignant la spirale mentale du personnage plutôt que l’action pure.
Enfin, le film s’inscrit dans un contexte économique révélateur : avec 42,2 millions de dollars de recettes mondiales, The Fan témoigne de l’attrait de la fin des années 1990 pour les thrillers sombres portés par des stars établies, même lorsque le succès critique reste mitigé.
Les faiblesses et limites
Le principal écueil du film tient à un déséquilibre entre fond et forme. Le style viscéral de Tony Scott, parfaitement adapté à des œuvres comme Man on Fire (2004), semble ici trop démonstratif pour un récit qui aurait gagné à davantage de retenue. La surenchère visuelle atténue parfois le malaise psychologique au lieu de l’approfondir.
Le casting souffre également de choix discutables. Avec le recul, il apparaît clairement que Wesley Snipes est plus convaincant dans des rôles d’action affirmés que dans celui d’une “victime” passive. Son Bobby Rayburn manque d’épaisseur dramatique, ce qui affaiblit la dynamique obsessionnelle censée structurer le film.
Le scénario, enfin, peine à exploiter pleinement ses pistes secondaires. Certaines intrigues professionnelles ou familiales sont esquissées sans être réellement intégrées au propos, donnant une impression de fragmentation. Là où un film comme Cape Fear (1991) de Martin Scorsese parvenait à maintenir une tension constante par une construction rigoureuse, The Fan dilue son impact par un étirement narratif inégal.
Conclusion et recommandation
The Fan s’adresse avant tout aux amateurs de thrillers psychologiques imparfaits, curieux d’explorer une facette plus sombre du cinéma de Tony Scott. Le visionnage est préférable en streaming ou en séance domestique, où l’on peut apprécier ses intentions sans attendre un suspense haletant.
Dans la filmographie de Tony Scott, le film apparaît comme une expérimentation maladroite, coincée entre le thriller mental et le spectacle nerveux. Une œuvre intéressante pour son sujet et son malaise persistant, mais qui confirme que le style hyperbolique du réalisateur trouve sa pleine mesure ailleurs que dans l’introspection obsessionnelle.
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