Action, Aventure, Science fiction

THE MATRIX RESURRECTIONS (2021) ★★★✮☆


Matrix Resurrections (2021)

 

Renaître ou se répéter ? Le pari vertigineux de Matrix Resurrections

Verdict d’entrée

Avec Matrix Resurrections, Lana Wachowski signe un retour à la fois lucide, ludique et mélancolique dans l’un des univers les plus commentés de la pop culture. Le film n’a ni la radicalité plastique ni l’impact conceptuel du premier volet, mais il propose une réflexion surprenante sur l’héritage, la mémoire et le désir collectif de revoir renaître des mythes qu’on prétend vouloir dépasser.

Synopsis (sans spoiler)

Thomas Anderson, redevenu créateur d’un jeu vidéo à succès, voit son quotidien vaciller lorsque des anomalies persistent à fissurer la réalité qu’il croit maîtriser. À partir de là, le film interroge brillamment — parfois trop frontalement — ce qu’il en coûte de réactiver un récit que l’on pensait clos.

Les atouts majeurs

Lana Wachowski opère un geste méta assumé, presque provocateur : Resurrections regarde son public droit dans les yeux et lui demande s’il veut vraiment replonger dans ce monde. Cette interrogation, formulée dans le récit même, dépasse la simple nostalgie et rejoint une question plus large : la culture actuelle a-t-elle encore de la place pour des blockbusters d’une telle pureté conceptuelle et ambition émotionnelle ?

La mise en scène surprend d’abord par son refus du spectaculaire à outrance. Contrairement au ballet digital de Reloaded, Wachowski opte pour une image plus organique, plus granuleuse, parfois proche d’un drame intime filmé caméra à l’épaule. Jessica Henwick et Yahya Abdul-Mateen II s’inscrivent parfaitement dans cette modernisation esthétique, apportant une énergie nerveuse qui contraste avec la résignation élégante de Keanu Reeves.

Certaines idées de montage — notamment les échos entre le passé filmique et le présent du personnage — rappellent les jeux de mémoire de Cloud Atlas. Le film devient alors une méditation sur les récits qui se réécrivent, sur les images qui persistent, et sur les icônes auxquelles le public refuse de renoncer. La relation Neo/Trinity, magnifiquement ravivée, constitue le véritable cœur émotionnel du projet : deux fantômes culturels qui tentent de retrouver leur sens dans un monde qui a changé plus vite qu’eux.

Techniquement, la bande-son de Johnny Klimek et Tom Tykwer accentue cette sensation de renaissance hésitante, oscillant entre motifs familiers et tensions inédites. Certaines séquences, notamment celles jouant sur la manipulation perceptive, renouent brièvement avec l’audace du cinéma cyberpunk des années 90.

Les faiblesses et limites

L’ambition réflexive du film a un prix : parfois, Resurrections explique trop ce qu’il pourrait laisser sentir. La dimension méta tourne à l’auto-commentaire,  et certaines scènes ressemblent davantage à un manifeste artistique qu’à un moment de cinéma incarné.

La chorégraphie des combats, moins lisible et moins inventive qu’auparavant, pourra décevoir les amateurs de la trilogie originelle. De même, le film peine par moments à concilier son désir de rupture esthétique avec l’obligation de renouer avec les codes d’une franchise culte. Le résultat est hybride : passionnant dans son intention, parfois inégal dans son exécution.

Conclusion et recommandation

Matrix Resurrections n’est ni une simple suite tardive, ni un reniement cynique : c’est une tentative fragile mais sincère de repenser un mythe à l’aune de notre époque saturée d’images. Ceux qui attendent un pur film d’action seront déroutés ; ceux qui s’intéressent à la manière dont les blockbusters interrogent leur propre existence y trouveront un objet fascinant, presque expérimental sous son vernis grand public.

À voir en streaming ou en reprise cinéma, de préférence dans une salle sensible aux nuances visuelles, pour apprécier toute l’étendue du geste créatif. Dans la filmographie de Lana Wachowski, Resurrections s’impose comme une œuvre charnière : imparfaite, émouvante, et profondément consciente de la tension entre héritage et renouvellement — une tension que seule une franchise comme Matrix pouvait incarner avec autant d’acuité.

 

 

 

 


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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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