
Courir plus vite que le sens : l’ivresse du mouvement selon Edgar Wright…
Verdict d’entrée
Avec The Running Man, Edgar Wright signe une adaptation nerveuse et spectaculairement maîtrisée, portée par un rythme qui neutralise presque toute tentation d’analyse critique à chaud. Si l’exercice est efficace et souvent jubilatoire, il laisse néanmoins l’impression d’une œuvre brillante dans sa mécanique, mais étonnamment en retrait sur le plan des idées.
Synopsis (sans spoiler)
Dans un futur proche où le divertissement télévisuel est devenu un outil de contrôle social, un jeu mortel transforme des candidats en proies traquées en direct par des millions de spectateurs. Acculé par un système qu’il ne maîtrise pas, un homme ordinaire se retrouve contraint de participer à cette chasse médiatisée, où survivre devient un acte de résistance autant qu’un spectacle.
Les atouts majeurs
La première qualité du film réside dans son rythme effréné, véritable moteur sensoriel. Edgar Wright orchestre une succession de poursuites, de ruptures de ton et de montages syncopés qui rappellent son goût pour la chorégraphie visuelle déjà à l’œuvre dans Baby Driver (2017). Cette cadence frénétique produit une montée d’adrénaline si continue qu’elle court-circuite toute interrogation sur la vraisemblance de l’univers présenté. Le spectateur est emporté, happé, et c’est précisément ce que le film recherche : une immersion physique avant toute réflexion intellectuelle. Jusqu’à un certain point, le dispositif empêche même d’examiner de trop près la vision du monde proposée. Et c’est sans doute mieux ainsi.
La mise en scène témoigne d’un savoir-faire technique irréprochable. Les mouvements de caméra sont lisibles malgré la vitesse, l’espace est constamment compréhensible, et le montage conserve une clarté rare dans le cinéma d’action contemporain. La distribution contribue également à cette efficacité. Glen Powell impose un protagoniste crédible, moins héroïque que fonctionnel, tandis que Colman Domingo et Josh Brolin incarnent avec aplomb des figures de pouvoir médiatique dont la prestance suffit à rendre menaçante la simple présence à l’écran.
Les faiblesses et limites
Là où le film déçoit davantage, c’est dans son traitement de la dystopie. Contrairement à Rollerball (1975) de Jewison ou à RoboCop (1987) de Paul Verhoeven , qui utilisaient l’excès pour nourrir une satire politique corrosive, The Running Man semble se contenter de motifs dystopiques désormais bien balisés. Les thèmes développés — société du spectacle, déshumanisation par le divertissement, voyeurisme de masse — sont esquissés mais rarement creusés, comme si le film refusait de ralentir suffisamment pour leur donner une véritable portée.
Cette relative superficialité thématique est d’autant plus sensible que la science-fiction contemporaine regorge déjà de visions pessimistes. De Children of Men (2006) d’Alfonso Cuarón à Snowpiercer (2013) de Bong Joon-ho, l’imaginaire dystopique est devenu l’air que respire notre cinéma. Edgar Wright semble conscient de cette saturation, mais choisit paradoxalement de ne pas s’en démarquer, préférant l’efficacité ludique à la singularité conceptuelle. Résultat : un univers qui fonctionne dramatiquement, mais qui peine à marquer durablement l’imaginaire.
Conclusion et recommandation
The Running Man s’adresse avant tout aux amateurs de cinéma d’action ultra-rythmé, sensibles à la virtuosité formelle et à l’énergie brute. Le film gagne à être découvert en salle, où sa dynamique sonore et visuelle déploie pleinement son potentiel. Dans la filmographie d’Edgar Wright, il apparaît comme une œuvre de transition : moins inventive que Shaun of the Dead (2004) ou Scott Pilgrim vs. the World (2010), mais toujours portée par une maîtrise technique impressionnante. Un spectacle solide, galvanisant, qui court peut-être trop vite pour laisser une trace profonde — mais qui, le temps de sa projection, remplit parfaitement sa mission.
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