
The Running Man : Jeux télévisés, violence et cynisme en prime time…
Verdict d’entrée
Sous ses atours de blockbuster futuriste musclé, The Running Man dissimule une satire acerbe des médias de masse et de la télévision-spectacle. Inégal dans son exécution mais souvent pertinent dans ses intentions, le film alterne divertissement brutal et charge ironique parfois plus fine qu’il n’y paraît.
Synopsis (sans spoiler)
Dans une Amérique futuriste autoritaire, la télévision est devenue l’outil central du pouvoir. Un jeu télévisé ultra-populaire met en scène des condamnés forcés de fuir des chasseurs professionnels sous l’œil avide des caméras. Accusé à tort, Ben Richards est propulsé dans cette arène médiatique où survivre signifie aussi déjouer une machine de propagande parfaitement huilée.
Les atouts majeurs
Réalisé par Paul Michael Glaser, The Running Man adopte les codes de l’aventure de science-fiction — gadgets futuristes, décors urbains clinquants, violence chorégraphiée — pour mieux les détourner. Le film fonctionne avant tout comme une parodie mordante de la télévision, drôle et cruelle, qui transforme la souffrance humaine en divertissement familial. Les jingles absurdes, les slogans martelés et les applaudissements enregistrés composent un univers où la manipulation médiatique devient un spectacle total.
Le choix de Arnold Schwarzenegger est ici plus subtil qu’attendu. Loin de son image d’icône invincible façon Commando (1985), il se montre relativement en retrait, presque écrasé par le dispositif qui l’entoure. Cette retenue sert le propos : Richards n’est pas un héros conquérant, mais un pion que le système tente de broyer. Face à lui, Richard Dawson livre une performance délicieusement vénéneuse en animateur-star, incarnation glaçante d’un cynisme souriant qui évoque déjà certaines dérives bien réelles de la télévision des années 1980.
Sur le plan économique, le succès public est réel : le film engrange 38 millions de $ aux États-Unis et au Canada, confirmant l’attrait d’un spectacle capable de combiner action populaire et discours satirique. Une réussite commerciale qui, paradoxalement, renforce son discours critique sur la consommation de masse.
Les faiblesses et limites
Cette ambition satirique se heurte toutefois à une écriture parfois trop schématique. Les antagonistes successifs, chacun affublé d’un gimmick, manquent de progression dramatique et donnent au récit une structure épisodique qui affaiblit la tension. Certaines séquences d’action, bien que spectaculaires, s’étirent au détriment de la réflexion, réduisant par moments la charge critique à un simple décor.
La mise en scène de Paul Michael Glaser, efficace mais rarement inspirée, reste fonctionnelle là où une approche plus radicale aurait pu accentuer la violence idéologique du propos. Comparé à la dystopie sèche et clinique de Robocop (1987) de Paul Verhoeven, sorti la même année, The Running Man apparaît plus consensuel, hésitant entre la farce et la dénonciation frontale.
Conclusion et recommandation
The Running Man s’adresse aux amateurs de science-fiction des années 1980 curieux de redécouvrir une œuvre qui dépasse son statut de série B musclée. Idéal en visionnage domestique, le film gagne à être abordé comme une satire médiatique avant d’être un simple film d’action. Dans la filmographie d’Arnold Schwarzenegger, il occupe une place singulière : celle d’un divertissement conscient de ses excès, annonciateur de réflexions toujours actuelles sur le pouvoir des images.
À ce titre, il n’est pas anodin que Edgar Wright ait proposé une nouvelle adaptation, plus fidèle au roman original, sortie en novembre 2025 avec Glen Powell dans le rôle principal. Preuve que, près de quarante ans plus tard, le cauchemar télévisuel imaginé en 1987 continue de résonner avec une acuité troublante.
En savoir plus sur CritiKs MoviZ
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Discussion
Pas encore de commentaire.