
Danser sur les cendres : quand la grâce devient une arme…
Verdict d’entrée
Avec Ballerina, Len Wiseman signe un spin-off qui a l’intelligence d’embrasser les règles de l’univers John Wick tout en affirmant une identité propre. Longtemps en gestation rythmique, le film explose dans une seconde moitié d’une inventivité brutale, portée par une Ana de Armas impériale. Une extension convaincante, parfois bancale, mais résolument vivante.
Synopsis (sans spoiler)
Eve Macarro, formée dès l’enfance au sein d’une confrérie d’assassins, se lance dans une quête de vengeance méthodique. Son parcours l’entraîne à naviguer entre codes, dettes et rituels d’un monde souterrain déjà familier aux initiés, où chaque pas de danse peut devenir un coup fatal.
Les atouts majeurs
Le premier mérite de Ballerina est de comprendre pourquoi la saga John Wick fonctionne. Len Wiseman ne copie pas : il décline. Les règles, les hôtels sanctuaires, la géographie morale de cet univers sont respectés, mais filtrés par un autre regard. Là où John Wick (Stahelski, 2014) avançait comme une marche funèbre, Ballerina progresse par à-coups, alternant retenue et flamboyance.
La mise en scène trouve sa pleine mesure dans les combats, chorégraphiés comme des ballets dissonants. Le film ose l’absurde opératique — en particulier le combat au lance-flammes, séquence hallucinante où la destruction devient spectacle pyrotechnique. Rarement une arme aura été filmée avec une telle lisibilité spatiale et une créativité aussi décomplexée, évoquant la surenchère baroque de The Raid 2 (Gareth Evans, 2014), sans jamais perdre le fil narratif.
Ana de Armas s’impose par une physicalité crédible, loin de la simple imitation. Son jeu privilégie l’économie expressive : chaque mouvement raconte une blessure, chaque impact un choix. Face à elle, le casting vétéran (Anjelica Huston, Ian McShane) ancre le récit dans une continuité mythologique solide, tandis que Norman Reedus intrigue par une présence encore esquissée — mais promise à un développement futur, comme l’a confirmé Len Wiseman en 2025.
Les faiblesses et limites
La principale faiblesse de Ballerina réside dans sa première moitié, trop prudente. L’exposition, bien que claire, étire inutilement l’origine d’Eve, multipliant les scènes explicatives au détriment de l’élan dramatique. Certaines figures secondaires sont introduites puis mises en sommeil, créant une attente qui ne trouve pas toujours de résolution.
Le film hésite également sur sa tonalité émotionnelle : la gravité du trauma initial n’est pas toujours équilibrée par le ton parfois ludique des affrontements. Cette dissonance, volontaire ou non, peut freiner l’adhésion avant que la machine ne s’emballe vraiment.
Conclusion et recommandation
Ballerina s’adresse d’abord aux amateurs de l’univers John Wick, mais saura séduire ceux qui apprécient un cinéma d’action inventif, où la mise en scène raconte autant que le scénario. Idéalement à découvrir en salle, pour la puissance sensorielle de ses affrontements et la précision de son sound design.
Dans la filmographie de Len Wiseman, le film apparaît comme une synthèse plus maîtrisée que Underworld (2003), recentrée sur le geste et la lisibilité. Avec un box-office mondial de 137,2 millions de dollars, Ballerina confirme la vitalité d’un univers capable de se renouveler sans se diluer. Une danse dangereuse, mais exécutée avec suffisamment de grâce pour donner envie d’en voir le prochain acte.
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