
Un hors-la-loi à contre-emploi…
Verdict d’entrée
Avec Roofman marque un virage inattendu dans la carrière de Derek Cianfrance. Plus doux, plus ludique et étonnamment tendre, le film privilégie l’émotion et le décalage humain à la brutalité, au risque d’une narration parfois dispersée. Porté par un Channing Tatum d’un charme désarmant, Roofman séduit plus par sa singularité que par sa rigueur dramatique.
Synopsis (sans spoiler)
Inspiré d’une histoire vraie, Roofman retrace le parcours d’un petit criminel atypique, célèbre pour ses braquages non violents commis en passant par les toits. Fuyant la police, il tente de se fondre dans l’anonymat tout en nouant une relation sentimentale inattendue. Entre cavale feutrée, chronique romantique et observation sociale, le film suit un homme en décalage constant avec le monde qui l’entoure.
Les atouts majeurs
Le premier atout de Roofman réside dans son personnage central radicalement non violent. Contrairement aux figures criminelles classiques du cinéma américain, ce « hors-la-loi par effraction aérienne » n’est jamais animé par la pulsion destructrice. Derek Cianfrance filme cette absence de violence comme une posture morale, presque politique : les vols deviennent des gestes absurdes, davantage chorégraphiques que menaçants, soulignant le refus du protagoniste d’entrer dans une logique de brutalité.
Cette approche trouve un prolongement naturel dans le ton du film, étonnamment léger pour son réalisateur. Connu pour la sécheresse émotionnelle de Blue Valentine (2010) ou la noirceur de The Place Beyond the Pines (2012), Derek Cianfrance explore ici une veine romantique et souvent drôle, flirtant parfois avec la comédie sentimentale. Les situations reposent sur un humour discret, souvent situationnel, qui culmine dans plusieurs scènes franchement hilarantes, sans jamais tomber dans la farce.
Le film repose largement sur la performance de Channing Tatum, qui compose un personnage fragile, lunaire et profondément attachant. Son jeu minimaliste, fait de silences et de sourires maladroits, donne chair à cet anti-héros presque enfantin. À ses côtés, Kirsten Dunst apporte une chaleur émotionnelle essentielle, ancrant la romance dans une sincérité palpable. Les seconds rôles, notamment LaKeith Stanfield et Peter Dinklage, enrichissent le récit par touches discrètes mais précises.
Enfin, le fait divers réel qui inspire le film confère à l’ensemble une dimension presque documentaire. Derek Cianfrance s’intéresse moins au spectaculaire qu’à l’étrangeté humaine de cette trajectoire, prolongeant une tradition américaine du récit criminel empathique, dans la lignée de Dog Day Afternoon de Sidney Lumet (1975).
Les faiblesses et limites
Si Roofman charme par son ton, il souffre d’une structure narrative éclatée. Certaines sous-intrigues — notamment liées à la traque policière — semblent esquissées puis abandonnées, diluant la tension dramatique. Le film hésite constamment entre chronique romantique, comédie douce-amère et drame criminel, sans toujours parvenir à harmoniser ces registres.
Cette indécision formelle empêche parfois l’émotion de s’installer durablement. Là où The Place Beyond the Pines (2012) assumait une construction fragmentée au service d’un propos ample, Roofman donne parfois l’impression d’une errance narrative plus subie que pensée.
Conclusion et recommandation
Roofman s’adresse avant tout aux spectateurs curieux des variations de ton dans le cinéma américain contemporain, ainsi qu’aux amateurs de portraits humains atypiques. Idéal en visionnage à domicile, où son rythme feutré peut être pleinement apprécié, le film occupe une place singulière dans la filmographie de Derek Cianfrance : celle d’une parenthèse lumineuse, imparfaite mais sincère, où le crime devient prétexte à une fable romantique et profondément humaine.
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