
Money Train : le buddy movie lancé à pleine vitesse… sur une voie sans issue !
Verdict d’entrée
Bruyant, désordonné et étonnamment creux, Money Train repose presque exclusivement sur le capital sympathie de son duo vedette. Si l’alchimie entre Wesley Snipes et Woody Harrelson fonctionne encore par réflexe, le film peine à transformer son concept prometteur en véritable proposition de cinéma.
Synopsis (sans spoiler)
Charlie et John sont deux frères adoptifs travaillant comme policiers du métro new-yorkais. L’un est impulsif, l’autre plus réfléchi, mais tous deux partagent une relation conflictuelle avec leur supérieur hiérarchique. Lorsqu’un ambitieux projet de braquage visant le train transportant les recettes du métro prend forme, loyauté, rivalité et cupidité entrent en collision, sur fond de tunnels sombres et de violence urbaine.
Les atouts majeurs
Money Train s’inscrit clairement dans la tradition du buddy cops movie, un sous-genre popularisé par des succès comme 48 Heures (1982) de Walter Hill ou L’Arme fatale (1987) de Richard Donner . Sur ce terrain balisé, le film trouve sa principale force dans l’alchimie naturelle entre Wesley Snipes et Woody Harrelson, déjà éprouvée dans Les Blancs ne savent pas sauter. Leur dynamique repose sur une opposition classique mais efficace : énergie brute contre ironie désinvolte, tension dramatique contre humour désamorçant.
La mise en scène de Joseph Ruben se montre compétente dans les scènes d’action. Les poursuites dans le métro, les fusillades confinées dans des wagons métalliques et l’utilisation des infrastructures souterraines de New York offrent une physicalité crédible et parfois inventive. Joseph Ruben, déjà rompu au thriller tendu avec Sleeping with the Enemy (1991), sait cadrer l’espace et maintenir une lisibilité correcte malgré le chaos ambiant.
Le film bénéficie également de seconds rôles solides. Robert Blake, en antagoniste obsessionnel, incarne une figure d’autorité quasi caricaturale mais inquiétante, tandis que Jennifer Lopez, encore en début de carrière, apporte une présence fraîche et crédible, même si son personnage reste sous-exploité.
Les faiblesses et limites
Là où Money Train déraille, c’est dans sa cohérence globale. Le film hésite constamment entre comédie de potes, thriller policier et film de braquage, sans jamais trancher. Cette indécision se traduit par un ton instable : certaines scènes cherchent l’humour potache, quand d’autres basculent brutalement dans une violence plus sombre, sans transition ni véritable ligne directrice.
Le scénario accumule les sous-intrigues — rivalité fraternelle, romance, conflit hiérarchique, critique sociale du système policier — sans en mener aucune à maturation. Le braquage central, pourtant cœur du dispositif narratif, arrive tardivement et manque d’enjeu émotionnel, tant les motivations des personnages paraissent fluctuantes.
Enfin, malgré son ambition commerciale, le film n’a pas rencontré le succès espéré. Avec 35,4 millions de dollars de recettes nord-américaines, dont 10,6 millions lors de son premier week-end, Money Train fut rétrospectivement qualifié de « flop » par USA Today en 2005. Un constat d’autant plus sévère que Wesley Snipes et Woody Harrelson avaient chacun perçu 5,5 millions de dollars, misant clairement sur leur notoriété commune pour porter le projet.
Conclusion et recommandation
Money Train s’adresse avant tout aux amateurs de films d’action des années 1990, curieux de revisiter une époque où le star power primait parfois sur la rigueur scénaristique. À découvrir de préférence en streaming, dans un contexte détendu, sans attentes excessives. Dans la filmographie de Joseph Ruben, il apparaît comme une œuvre mineure, symptomatique des limites du buddy movie lorsqu’il se repose trop sur ses acteurs et pas assez sur une vision claire. Un divertissement bruyant, certes, mais qui illustre surtout la loi des rendements décroissants des duos vedettes.
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