
L’enfermement comme vertige moral…
Verdict d’entrée
Brut, suffocant et frontal, Midnight Express s’impose comme une expérience de cinéma viscérale, moins intéressée par le suspense que par l’érosion progressive d’un individu confronté à un système carcéral inhumain. Alan Parker y orchestre un film-choc dont la force émotionnelle tient autant à sa mise en scène sensorielle qu’à ses partis pris idéologiques, parfois discutables.
Synopsis (sans spoiler)
Au début des années 1970, Billy Hayes, jeune Américain, est arrêté en Turquie pour tentative de trafic de drogue. Condamné à une peine de prison lourde et arbitraire, il découvre un univers carcéral brutal, régi par la violence, la corruption et l’absurdité administrative. Le film suit son long cheminement à travers l’enfermement, la peur et la perte progressive de repères.
Les atouts majeurs
La première réussite du film tient à sa capacité à instaurer une terreur envoûtante, presque physique. Alan Parker, alors surtout connu pour son travail dans la publicité et la télévision, adopte une mise en scène sèche, agressive, où chaque plan semble conçu pour enfermer le spectateur autant que son personnage principal. Les couloirs étroits, les cellules surpeuplées, les cris récurrents et la violence imprévisible composent un univers sensoriel étouffant, renforcé par la musique électronique obsédante de Giorgio Moroder, dont les nappes synthétiques créent un contraste glaçant avec le décor archaïque.
L’interprétation de Brad Davis constitue le cœur battant du film. Son Billy Hayes traverse une transformation progressive : de jeune homme arrogant et insouciant, il devient un être rongé par la peur, la rage et la désespérance. Alan Parker insiste clairement pour susciter l’empathie du spectateur envers lui, parfois de manière appuyée, mais l’endurance physique et psychologique du personnage reste crédible grâce à l’investissement total de l’acteur. Autour de lui, John Hurt apporte une humanité fragile et désespérée à un rôle secondaire mémorable, incarnation poignante de la folie née de l’enfermement prolongé.
Enfin, Midnight Express s’inscrit pleinement dans le cinéma carcéral des années 1970, aux côtés de Papillon (1973) de Franklin J. Schaffner ou L’Évadé d’Alcatraz (1979) de Don Siegel , mais s’en distingue par son refus du romanesque héroïque. Ici, l’épreuve n’est pas transcendée par l’aventure : elle broie.
Les faiblesses et limites
Le principal reproche que l’on peut adresser au film réside précisément dans cette volonté acharnée de nous faire éprouver de la sympathie pour Billy Hayes. Le scénario tend parfois à simplifier ses zones d’ombre, minimisant ses responsabilités initiales pour renforcer son statut de victime absolue. Cette approche manichéenne affaiblit ponctuellement la portée morale du récit, en réduisant la complexité psychologique au profit d’une identification forcée.
Plus problématique encore, la représentation des autorités et de la population turques a suscité – à juste titre – de vives critiques. Les personnages turcs sont presque exclusivement montrés comme brutaux, sadiques ou grotesques, sans véritable contrepoint humain. Cette caricature systématique confère au film une dimension idéologique discutable, qui dépasse le simple point de vue subjectif du prisonnier pour glisser vers une vision globalisante et stigmatisante d’un pays et de ses institutions.
Conclusion et recommandation
Œuvre marquante du cinéma américain des années 1970, Midnight Express reste un film puissant, à recommander à un public averti, intéressé par le cinéma politique et les expériences émotionnelles radicales. Il se révèle particulièrement efficace en visionnage concentré, idéalement en salle ou dans de bonnes conditions sonores, afin d’en ressentir pleinement l’impact sensoriel.
Réalisé pour un budget modeste de 2,3 millions de dollars, le film a connu un succès retentissant avec plus de 35 millions de dollars de recettes mondiales, preuve de la force de son dispositif narratif. Sa sortie fut néanmoins entourée de controverses, au point que le gouvernement turc tenta, en 1978, d’en empêcher la projection en Israël, sans succès.
Dans la filmographie d’Alan Parker, ce film inaugure une carrière marquée par l’intensité émotionnelle et le goût pour les récits extrêmes. Plus de quarante ans après, Midnight Express conserve son pouvoir de sidération, tout en appelant un regard critique sur ses choix de représentation.
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